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Actualités - Opinion

Éclairage Des insurgés invisibles imposent leur loi à Mossoul

Le lieutenant-colonel Ammar Abdel Hadi, qui commande le garde nationale dans la ville septentrionale de Mossoul, est assis dans le bureau qu’avait quitté précipitamment son prédécesseur après le massacre de ses parents par les insurgés. La découverte ces derniers jours d’au moins 57 corps, en majorité des soldats irakiens, jetés sur la chaussée, fait craindre une véritable débandade parmi les forces de sécurité irakiennes, démoralisées et apeurées. Les commandants américains semblent toujours avoir un temps de retard sur des rebelles déterminés, qui ont attaqué le 11 novembre plusieurs postes de police faisant fuir 80 % des 5 000 policiers de cette ville de 1,5 million d’habitants. Face à cette guérilla islamiste, les officiers avouent avoir commencé à étudier la guerre menée par l’État algérien contre les fondamentalistes depuis 1992 et qui a fait plus de 100 000 morts. Selon eux, la collecte de renseignements et les perquisitions menées conjointement avec des commandos dirigés par des chefs de la sécurité de l’ancien régime sont le seul moyen d’écraser la guérilla à Mossoul. « Ils agissent de manière coordonnée et par surprise », reconnaît le général Carter Ham, commandant de la Force multinationale pour le nord de l’Irak, en commentant les attaques contre les commissariats. Selon lui, les rebelles utilisent désormais la même tactique pour intimider la garde nationale et l’armée. « Ces groupes d’insurgés sont très liés entre eux et il est difficile de récolter des informations sur eux mais nous misons sur les Irakiens », dit-il. Au moins 115 suspects ont été interpellés dans la vieille ville. Les commandos, forts de 500 hommes venus de Bagdad il y a deux semaines pour aider à rétablir l’ordre, sont tombés dans une embuscade le jour de leur arrivée et ont perdu 15 hommes. Pour les officiers américains, ces opérations constituent un baptême du feu pour ces commandos et ils comptent sur le général Rachid Falaih et d’autres anciens officiers du renseignement pour imposer la discipline et insuffler du courage aux corps de sécurité irakiens. « Ceux qui nous traitent de collaborateurs ne savent pas de quoi ils parlent. Que dois-je faire quand les Américains nous tendent la main et nous disent qu’ils veulent nous aider à bâtir un pays démocratique et sûr ? » lance le lieutenant-colonel Abdel Hadi, qui commande le 106e bataillon de la garde nationale. Deux officiers américains, qui entraînent ses hommes, discutent dans son bureau de l’opportunité d’une prime de 50 dollars à chaque nouvelle recrue et de 90 dollars pour ceux qui décident de rester dans la garde nationale. À l’extérieur, les supplétifs échangent les mauvaises nouvelles : une maison a été incendiée, des familles sont attaquées ou menacées par les insurgés. « La moitié des hommes de cette force quitteront après avoir reçu la paie début décembre », prédit un garde, qui ne veut pas être identifié. Car non seulement les insurgés démoralisent les troupes, mais les infiltrent. Les forces américaines ont arrêté récemment trois gardes nationaux qui aidaient les insurgés à enlever leurs collègues et des soldats en établissant de faux barrages dans la ville. Beaucoup d’habitants refusent de condamner ces meurtres par peur de représailles et certains y sont même favorables. « Les enseignements de l’islam sont clairs : vous pouvez tuer ceux qui collaborent avec les forces d’oppression comme les Américains », affirme un jeune barbu. Pour les officiers américains, leurs forces font face à un ennemi dangereux composé d’anciens affidés de Saddam Hussein et de groupes islamistes qui recrutent dans les quartiers pauvres de la ville. « Il y a une tension qui n’existait guère il y a trois mois », déclare le général Ham, en commentant la situation à Mossoul. Sam DAGHER (AFP)
Le lieutenant-colonel Ammar Abdel Hadi, qui commande le garde nationale dans la ville septentrionale de Mossoul, est assis dans le bureau qu’avait quitté précipitamment son prédécesseur après le massacre de ses parents par les insurgés. La découverte ces derniers jours d’au moins 57 corps, en majorité des soldats irakiens, jetés sur la chaussée, fait craindre une véritable débandade parmi les forces de sécurité irakiennes, démoralisées et apeurées. Les commandants américains semblent toujours avoir un temps de retard sur des rebelles déterminés, qui ont attaqué le 11 novembre plusieurs postes de police faisant fuir 80 % des 5 000 policiers de cette ville de 1,5 million d’habitants. Face à cette guérilla islamiste, les officiers avouent avoir commencé à étudier la guerre menée par l’État algérien...