Rechercher
Rechercher

Actualités

Vient De Paraître «Awdat Lilith», de Joumana Haddad, ou les propos d’une insoumise…(photo)

La poésie comme exutoire, tribune d’expression libre, cri de révolte et jouissance littéraire. Mais aussi comme quête du plaisir des mots, passion des images baroques et séduction fatale des sonorités chaotiques dans une musicalité insolite. Joumana Haddad a la tentation d’écrire, mais ne taille pas dans la dentelle et les broderies d’usage. Ses propos, ses partitions et ses formulations ont toujours été ceux d’une insoumise. Une talentueuse insoumise. Elle a taquiné la muse, avec élégance, en français et a publié, à compte d’auteur, en 1995, Le temps d’un rêve. Sans révéler totalement sa véhémence et ses humeurs belliqueuses, c’était déjà dire sa détermination à conquérir le mont du Parnasse. Et puis brusquement, en 1998, virage à l’arabe, sa langue d’origine qui lui fait une belle cuirasse d’amazone guerrière avec, en guise d’improbables fioritures, des accents gutturaux et âpres. Elle se devait d’appartenir ouvertement, et avec la franchise crue qu’on lui connaît, à cette région marquée par le sang et embrasée par les guerres et la violence. Et où la femme a tant à dire, à faire pour une meilleure intégration et valorisation. Pour cette jeune femme poète, sans nul doute versée, nourrie et informée de l’inspiration surréaliste, apparaissent alors des recueils au verbe flamboyant et à la personnalité «tête dure» qui sortent des chemins battus. En devanture des librairies, ses ouvrages retiennent l’attention du public et de la critique (il est vrai les deux réunis ne forment qu’un cercle d’amis bien étroit mais, hélas, pour la honte de notre inculture, c’est notre destinée et réalité du monde littéraire arabe), Daawa ila al-achaa al-serri (Invitation à des agapes secrètes),1998, Dar an-Nahar, Yadane ila hawiyat (Deux mains tendues vers l’abîme), 2000, Dar an-Nahar et Lam artakeb ma yakfi (Pas suffisamment compromise), 2004, Dar Kaf Noun – Le Caire. Parcours singulier et solitaire pour un verbe curieusement ramagé et incendié où une femme revendique ses droits à la vie, au plaisir, au mal d’être, à la justice injuste des hommes, à sa parité et son indépendance, sans le jugement de la loi des mâles. On le sait, les poètes ne sont pas de la race des timorés, des résignés, des soumis. Tons péremptoires et style emphatique Et leurs voix, des larmoyantes lamentations aux imprécations les plus colériques, ont toujours porté et trouvé quelque part oreilles attentives… Et aujourd’hui, faisant tomber tous les masques et tous les voiles, avec force tons péremptoires et style emphatique, sans craindre parfois le grotesque d’une surcharge théâtrale, Joumana Haddad invoque en profondeur l’esprit féminin, sombre face de Janus, dans sa rébellion absolue et sans retour. Awdat Lilith (Le retour de Lilith),100 pages, Dar an-Nahar, est un recueil empli de cris et de fureur pour retrouver une identité. Mais aussi beaucoup de drames sous le feu des mots qui crépitent comme des mitraillettes... Cette identité est celle qui habite chacun de nous poli par la civilisation et la société. Qui est Lilith, cette femme légendaire née des mythologies les plus anciennes? C’est la première femme qui s’est ennuyée au paradis et qui a défié Dieu et l’homme… Chassée et vouée aux gémonies, elle appartient au noir de l’ombre où, comme les serpents, elle s’est tapie… Pour ressurgir plus cruelle et forte que jamais, annonçant le règne nouveau de ce qui a été banni. C’est la part indomptable, invisible et invincible en chacun de nous. Et qui, un jour ou l’autre, sans crier gare, risque de sortir de son domaine abyssal et d’ameuter la planète par ses clameurs et ses revendications… C’est cette figure emblématique et quelque peu crainte que fait surgir Joumana Haddad à travers des pages habitées par un esprit frondeur et libérateur. Sept femmes habitent cet auteur qui invoque Salomé, Néfertiti, Balkis, la reine de Saba…Fastueuse et victorieuse nomenclature de celles qu’on n’ordonne pas, mais qui refont le monde et le désir à leur façon. Sept voiles pour une danse, sept jours pour la création du monde, sept vies pour une vie, voilà une «poétesse des diables et une diable de poétesse» pour tordre le cou au langage facile, à la mièvrerie des tentations des fleurs et des songes inutiles au clair de lune. Sensuelle, subversive, intransigeante, d’une encre à la fois acide et tendre est cette poésie (libre et moderne, mais coulée dans une prosodie impeccable, en prose somptueuse et chatoyante comme des accords ronflants d’orgue, et moins réussie, en dialogue dramaturgique serré et grave) qui plonge ses racines dans les zones interdites ou inavouées de l’être… Elle ne doit pas être facile à vivre cette femme qui transgresse tous les interdits et qui en a eu marre d’Adam et du paradis. Mais ne sommes-nous pas tous comme ça des jours? N’avons-nous pas envie, parfois, des moments, de tout plaquer et d’être ailleurs et différents? Insolente invite qu’on doit prendre au sérieux surtout quand la présentatrice du plateau des juteux fruits défendus est une séductrice née qui, par-delà ses flèches acérées, ses dards et ses artifices, sait, par un brillant trait de plume, réserver aux mots les caresses les plus voluptueuses. Edgar DAVIDIAN

La poésie comme exutoire, tribune d’expression libre, cri de révolte et jouissance littéraire. Mais aussi comme quête du plaisir des mots, passion des images baroques et séduction fatale des sonorités chaotiques dans une musicalité insolite. Joumana Haddad a la tentation d’écrire, mais ne taille pas dans la dentelle et les broderies d’usage. Ses propos, ses partitions et ses formulations ont toujours été ceux d’une insoumise. Une talentueuse insoumise. Elle a taquiné la muse, avec élégance, en français et a publié, à compte d’auteur, en 1995, Le temps d’un rêve. Sans révéler totalement sa véhémence et ses humeurs belliqueuses, c’était déjà dire sa détermination à conquérir le mont du Parnasse. Et puis brusquement, en 1998, virage à l’arabe, sa langue d’origine qui lui fait une belle...