Vous avez été désigné à un poste dont vous dites, avec humilité, tout ignorer. C’est peut-être un atout pour un cartésien comme vous. Ainsi avec des yeux tout neufs, vous pourriez trouver comment ce tonneau des Danaïdes, qu’est l’EDL, fuit de toutes parts. Également, comment notre pays, censé être le réservoir du Moyen-Orient, ne peut guère subvenir aux besoins en eau de ses propres fils.
Puissent les quelques lignes qui suivent vous aider, tant soit peu, dans votre nouvelle tâche qui, il faut l’avouer, est bien ardue.
Il y aurait au Liban, d’après les journaux, 500 000 générateurs. Au prix moyen de 80 000$, le coût de ces générateurs serait de 40 milliards de dollars. Soit l’équivalent du déficit du Trésor. N’oublions pas que les générateurs sont des machines qui n’ont pas une vie éternelle, il faudrait donc les remplacer après un temps déterminé. Une autre hémorragie de devises en perspective !
Pour les faire fonctionner, il faut acheter du combustible. Avec des dollars – et au prix actuel du pétrole –, ce n’est pas donné.
L’usager qui règle ses factures à l’EDL doit donc aussi payer les propriétaires de ces générateurs de quartier pour un jus qui n’est stable ni en voltage, ni en cycles, ni en valeur ; car ces mafiosi le lui font payer à leur guise.
Pour en revenir aux factures de l’EDL, une bonne partie de celles-ci est composée de la taxe de « réhabilitation ». Réhabilitation de quoi ? Et de la taxe de location du compteur. Si celui-ci avait été en or massif, il aurait été déjà amorti.
Après l’électricité, il y a l’eau. Une eau qui arrive rarement aux robinets ou pas du tout. L’usager doit donc régler la redevance à l’Office des eaux et acheter de plus une eau polluée qui lui est livrée par camion-citerne, par des gens peu scrupuleux ou pas du tout, pour dire la vérité.
Résumons-nous donc : au coût faramineux initial des générateurs, puis celui de leur renouvellement inéluctable, à quoi il faut ajouter le prix du combustible, des milliards de dollars partent en fumée, c’est le cas de le dire. Sans oublier la pollution engendrée par un demi-million de générateurs qui ne génèrent pas que de l’électricité.
Si l’EDL avait fourni aux usagers un courant « normal », comme dans tous les pays normaux, nous aurions évité tout ce gaspillage.
Et si les Offices de l’eau avaient eux aussi accompli leur tâche honnêtement, le gâchis actuel n’aurait pas eu lieu.
De ce qui précède, on peut conclure que l’usager paye dix fois ce qu’il aurait dû payer seulement deux fois. En effet, l’électricité fournie par les générateurs lui coûte le quadruple de celle de l’EDL et l’eau polluée des camions-citernes de même. Donc si l’usager n’était plus contraint de s’acquitter de ces frais supplémentaires intempestifs, un effort pourrait lui être demandé pour une augmentation des tarifs officiels, à la condition expresse que l’électricité et l’eau lui soient fournies de manière constante. Il ne faudrait pas oublier qu’en cas de privatisation, les tarifs pourraient augmenter substantiellement.
Enfin quelques mesures de taille seraient à prendre :
– achever au plus tôt la pose du pipe-line qui nous amènera le gaz syrien ;
– déplacer l’usine de Jiyeh qui devait fonctionner initialement au gaz à proximité de l’arrivée du pipe-line de gaz, au cas où l’approvisionnement de cette usine en gaz serait impossible ;
– terminer le réseau de distribution des 220 kilovolts ;
– une fois ce réseau terminé, acheter du courant aux pays signataires de l’accord de coopération de la région méditerranéenne ;
– augmenter le recouvrement des factures graduellement jusqu’à ce qu’il atteigne les 100 %. Pour cela exiger le recouvrement immédiat de tous les arriérés dus par les administrations publiques, les usines, etc. ;
– trouver une solution pour interrompre l’éclairage des rues de jour.
Un sursaut étatique s’est produit il y a quelque temps dans une tentative pour faire payer tous les récalcitrants et pour faire cesser les branchements illicites. Ce sursaut a fait long feu.
Nous avons une armée dont les effectifs sont vraiment importants. Si celle-ci voulait coopérer pour sauver le pays de la ruine, elle pourrait prêter 10 % de ces effectifs à l’EDL, jusqu’à ce que nos concitoyens se réhabituent au civisme. En effet, avant 1975, tout le monde s’acquittait de ses devoirs de citoyen. Il est temps que cela reprenne.
Maurice MASSABKY
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Vous avez été désigné à un poste dont vous dites, avec humilité, tout ignorer. C’est peut-être un atout pour un cartésien comme vous. Ainsi avec des yeux tout neufs, vous pourriez trouver comment ce tonneau des Danaïdes, qu’est l’EDL, fuit de toutes parts. Également, comment notre pays, censé être le réservoir du Moyen-Orient, ne peut guère subvenir aux besoins en eau de ses propres fils.
Puissent les quelques lignes qui suivent vous aider, tant soit peu, dans votre nouvelle tâche qui, il faut l’avouer, est bien ardue.
Il y aurait au Liban, d’après les journaux, 500 000 générateurs. Au prix moyen de 80 000$, le coût de ces générateurs serait de 40 milliards de dollars. Soit l’équivalent du déficit du Trésor. N’oublions pas que les générateurs sont des machines qui n’ont pas une vie éternelle,...