Israël va perdre un ennemi bien commode en la personne de Yasser Arafat, présenté comme le principal obstacle à une reprise du processus de paix gelé depuis le déclenchement de l’intifada en septembre 2000 et au dialogue avec les Palestiniens.
Les Israéliens ne pleureront certainement pas la disparition d’un homme que leur Premier ministre Ariel Sharon voue aux gémonies depuis des décennies, qu’il a maintenu assiégé dans son QG de Ramallah en Cisjordanie depuis près de trois ans et qu’il a régulièrement menacé d’expulsion sinon pire.
Sans aller forcément aussi loin que lui, une majorité d’Israéliens considèrent le leader historique palestinien à l’agonie comme un autocrate, à la tête d’un système corrompu, un ex-chef terroriste qui n’a pas réussi sa reconversion en homme d’État.
Aussi M. Sharon n’a eu aucune difficulté à convaincre l’opinion en Israël et dans une certaine mesure à l’étranger, en particulier aux États-Unis, que la mise à l’écart de Yasser Arafat était la condition absolument nécessaire à toute relance de la négociation.
Il pourrait cependant s’avérer qu’elle n’est pas suffisante et qu’une disparition d’Arafat va, de fait, placer Israël au pied du mur, face à une direction palestinienne plus pragmatique et dont personne ne remettrait en cause la légitimité.
« Que ferons nous quand nous nous rendrons compte qu’Arafat, ce vilain de service, n’est plus, qu’il n’y a plus personne pour jouer si admirablement ce rôle ? » s’interroge, ironique, le sociologue et historien Meron Benvenisti dans le quotidien Haaretz. « Dans un sens, Arafat était un ennemi commode, qu’il était facile de récuser et ce sera bien plus dur avec ses successeurs », relève de son côté le quotidien à grand tirage Yediot Aharonot.
« Ce sera en effet plus difficile de résister aux pressions internationales pour renouer le dialogue avec les héritiers de Arafat, que ce soit l’actuel Premier ministre Ahmed Qoreï ou son prédécesseur Mahmoud Abbas », le numéro deux de l’OLP, renchérit le chercheur israélien Menachem Klein.
Mais, selon lui, la position d’Israël ne devrait pas changer sur le fond et il va s’avérer « que le refus de négocier avec une autorité dirigée par Yasser Arafat n’était qu’un prétexte pour masquer le refus d’Israël de faire les concessions indispensables en Cisjordanie pour parvenir à un accord ». « Il est possible que le commandement militaire souhaite exploiter une disparition de Arafat en vue d’un rapprochement avec les Palestiniens, mais il reste prisonnier de sa conception de l’Autorité comme étant une entité terroriste », ajoute-t-il.
Selon la télévision publique israélienne, l’armée a sorti de ses tiroirs ses plans pour l’après-Arafat qui ont pour nom de code « Une nouvelle page », recommandant que le retrait unilatéral de la bande de Gaza décidé par le gouvernement se fasse en coordination avec les Palestiniens.
M. Klein estime que faute de concessions politiques israéliennes, une nouvelle direction palestinienne sera incapable d’imposer un arrêt des attentats et qu’Israël en tirera argument pour « fermer la porte entrouverte du dialogue ».
L’orientaliste Avraham Sela est tout aussi pessimiste dans son analyse des rapports de forces internes palestiniens. « La direction future ne dispose ni du charisme ni du prestige de Arafat pour forcer, même si elle le veut, les groupes armés à cesser le feu », estime-t-il. Aussi doute-t-il qu’Ariel Sharon accepte que le retrait de la bande de Gaza amorce un retrait de la Cisjordanie et un règlement global avec les Palestiniens.
Le plan de séparation de M. Sharon, récemment entériné par la Knesset, prévoit d’ici à 2005 l’évacuation de la bande de Gaza et de ses 21 colonies juives ainsi que celle de 4 colonies isolées du nord de la Cisjordanie. M. Sharon avait motivé l’aspect unilatéral de son plan de séparation unilatérale par l’absence, selon lui, chez les Palestiniens de partenaire crédible pour des négociations de paix.
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Les Israéliens ne pleureront certainement pas la disparition d’un homme que leur Premier ministre Ariel Sharon voue aux gémonies depuis des décennies, qu’il a maintenu assiégé dans son QG de Ramallah en Cisjordanie depuis près de trois ans et qu’il a régulièrement menacé d’expulsion sinon pire.
Sans aller forcément aussi loin que lui, une majorité d’Israéliens considèrent le leader historique palestinien à l’agonie comme un autocrate, à la tête d’un système corrompu, un ex-chef terroriste qui n’a pas réussi sa reconversion en homme d’État.
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