Yasser Arafat a pendant un demi-siècle incarné la Palestine, donnant une crédibilité internationale à l’espoir d’un État palestinien sans jamais parvenir à concrétiser cette ambition ni accomplir son rêve de prier à Jérusalem.
Combattante opiniâtre, dotée d’un solide sens politique et grande communicatrice, cette personnalité hors du commun a sans conteste réussi la gageure d’imposer dans les agendas internationaux la cause de son peuple. Mais sans toutefois pouvoir concrétiser son principal objectif et ce, malgré sa ténacité légendaire : la création d’un État en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, avec pour capitale Jérusalem-Est annexée en 1967 par Israël.
Les Israéliens auront beau essayer de le liquider à plusieurs reprises, de l’écarter en l’enfermant pendant ces trois dernières années dans son quartier général de Ramallah en Cisjordanie, ou encore de le menacer d’expulsion, Yasser Arafat a su montrer qu’il reste incontournable. « Ils (les Israéliens) peuvent me tuer avec leurs bombes, je ne partirai pas », affirmait-il en septembre 2003 après une décision israélienne de l’expulser de Cisjordanie.
Depuis décembre 2001, le « vieux », comme l’appellent familièrement les Palestiniens, n’avait plus quitté son QG de Ramallah, contraint de voir l’Autorité palestinienne perdre lentement sa substance sous les coups de butoirs des opérations militaires en représailles aux attentats palestiniens.
Né Mohammed Abdel Raouf Arafat al-Qoudwa al-Husseini en août 1929 au Caire, il rejoint à 17 ans les groupes armés palestiniens qui luttent contre la création d’un État juif en Palestine et participe aux combats de 1947-48 entre juifs et Arabes.
Brisé par la victoire israélienne, Arafat retourne à l’Université du Caire, où il étudie le génie civil et s’implique davantage dans les milieux politiques palestiniens. S’attirant les foudres du président égyptien Gamal Abdel Nasser, il part au Koweït, où il prospère à la tête de son entreprise, ce qui lui permet de financer la création en 1958 du Fateh. En 1964, il devient un révolutionnaire à plein-temps, installé en Jordanie pour y organiser des raids du Fateh contre Israël.
En 1969, deux ans après la déroute arabe de la guerre des Six-Jours, Abou Ammar, son nom de guerre, est élu président du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), dont le Fateh constitue le groupe dominant. Il se fait alors connaître sur la scène internationale par son keffieh à damier et l’habit militaire qu’il ne quittera plus.
Sous son autorité tatillonne, l’OLP se démarque de ses tuteurs arabes, devenant un État dans l’État en Jordanie, jusqu’à la rupture de Septembre noir en 1970, chassée par l’armée du roi Hussein.
Le scénario se répète au Liban, ravagé par la guerre civile libanaise puis l’invasion israélienne. Arafat est évacué par mer, échappant une fois de plus à la mort le 30 août 1982 quand un tireur embusqué israélien, qui le tenait dans son viseur, attendra en vain l’ordre par radio d’appuyer sur la gâchette.
En novembre 1983, c’est l’évacuation de Tripoli, une fois encore par la mer, chassé par l’armée syrienne et des groupes palestiniens dissidents.
Le « général » Arafat, comme il aime parfois se présenter, a perdu une bataille de plus, ses troupes sont dispersées aux quatre coins du monde arabe, il s’installe à Tunis.
Le combat politique et diplomatique remplace graduellement la lutte armée. Après le déclenchement en 1987 de la première intifada, qu’il inspire et contrôle, Arafat opte pour des négociations avec Israël.
Il dénonce publiquement le terrorisme en décembre 1988, peu après que l’OLP eut reconnu le droit d’Israël à exister dans des frontières sûres et reconnues aux côtés d’un État palestinien indépendant.
En 1993, il signe à la Maison-Blanche les accords d’Oslo sur l’autonomie palestinienne, avec le Premier ministre, Yitzhak Rabin, et son ministre des Affaires étrangères Shimon Peres, ce qui leur vaut de recevoir le prix Nobel de la paix en 1994.
En juillet 1994, Arafat effectue un retour triomphal dans les territoires palestiniens et est élu président de l’Autorité palestinienne en 1996.
Boycotté par le Premier ministre Ariel Sharon, déclaré politiquement mort par le président George W. Bush, Arafat a continué à les défier jusqu’à la dégradation de son état de santé.
Son souhait de « mourir en martyr » en Palestine ne sera pas satisfait et son rêve d’aller prier à Jérusalem-Est, à la mosquée al-Aqsa, jamais accompli.
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