Des habitants de Gaza affirmaient hier se méfier des réelles intentions du Premier ministre israélien Ariel Sharon et jugeaient trompeur son plan de retrait unilatéral de la bande de Gaza approuvé mardi par la Knesset.
« Ce plan n’est qu’une tempête dans un verre d’eau, et le principal objectif de Sharon est d’usurper la plus grande partie possible des terres de la Cisjordanie », en contrepartie d’un retrait de Gaza, affirme Adnane Kharoubi, un médecin de 45 ans. « Je suis bien sûr favorable à tout retrait israélien d’un territoire occupé, mais Gaza n’est pas la Palestine. La Palestine, c’est la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est, et nous rejetons toute tentative de séparer ces trois zones », ajoute-il. Il estime que même si M. Sharon mettait effectivement en œuvre son plan, il ferait tout pour « provoquer une situation de chaos dans la bande de Gaza » après un retrait. Affirmant lui aussi être favorable à tout retrait israélien « même d’un seul pouce de territoire occupé », l’avocat Assad Younès, 42 ans, affirme que l’évacuation de la bande de Gaza doit se faire « en coordination avec l’Autorité palestinienne et s’inscrire dans le cadre de la “feuille de route” », le dernier plan de paix international en date, une coordination que rejette catégoriquement M. Sharon.
M. Younès, qui habite dans le quartier de Tal al-Sultan à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, estime qu’un retrait total de toutes les localités du territoire ainsi que du couloir de Philadelphie frontalier de l’Égypte, pourrait être « un pas positif ». « Le retrait de la bande de Gaza doit être total, de l’axe routier de Philadelphie (Sud) jusqu’à Beit Hanoun (Nord) afin d’ôter tout prétexte à des organisations palestiniennes pour mener des attaques anti-israéliennes et provoquer des représailles israéliennes contre les civils palestiniens », dit-il.
L’armée israélienne a multiplié les opérations dans la bande de Gaza ces derniers mois, détruisant plus de mille maisons et faisant des dizaines de morts notamment à Rafah (Sud) et Jabaliya (Nord). Israël affirme que ces offensives visent à mettre fin aux tirs de roquettes et d’obus de mortier sur son territoire et sur les colonies, ainsi qu’à la contrebande d’armes par des tunnels en provenance de l’Égypte. Israël mène aussi régulièrement dans la bande de Gaza des raids aériens contre des activistes des groupes armés palestiniens, notamment le Hamas, dont plusieurs dirigeants de premier plan ont ainsi été assassinés depuis le début de l’année.
Pour M. Younès, si le retrait israélien est effectué sans problèmes, ces scènes de violences ne seront plus qu’un mauvais souvenir. Bassam al-Aqrah, du camp de réfugiés de Jabaliya, estime toutefois que le plan Sharon a pour objectif de transformer la bande de Gaza en une « grande prison ». « Ce plan n’est qu’un programme que Sharon soumet à son gouvernement comme si les Palestiniens n’étaient pas du tout concernés », affirme-t-il.
Khaled Mahmoud Abou Jabal, directeur d’un hôtel à Gaza, estime pour sa aprt que la situation « sera catastrophique » dans la bande de Gaza si Israël en ferme les accès après son retrait. « Il y aura des réactions palestiniennes auxquelles Sharon ne s’attend pas », affirme-t-il. « Depuis qu’il a annoncé son plan de séparation, Sharon poursuit les massacres et les destructions, et la création de nouveaux postes militaires dans la bande de Gaza, ce qui indique qu’il n’est pas sérieux et qu’il ne veut pas vraiment se retirer », ajoute l’hôtelier.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats