Telle est la façon dont on pourrait résumer le débat entre les deux candidats à la présidence, selon M. Cohen du New York Times. Cette phrase a été servie par Kerry à Bush qui, durant le débat, a étalé sa certitude d’avoir raison et en a pris argument.
Il y a effectivement lieu de douter de la valeur des certitudes de Bush. Il a été successivement certain de pouvoir détruire Oussama Ben Laden, que celui-ci avait des liens avec Saddam Hussein, que ce dernier avait des ADM, qu’il formerait une large coalition pour le destituer, que sa chute ferait fleurir la démocratie en Irak, que, par suite, celle-ci se propagerait dans tout le monde arabe, et qu’enfin le tout conjugué aboutirait à juguler le terrorisme international.
De toutes ces certitudes, aucune ne s’est vérifiée. Pis, les événements se sont chargés d’offrir un démenti cinglant à chacune d’entre elles. Pis encore, beaucoup de gens, dont de nombreux dirigeants de pays occidentaux, avaient pu deviner, bien avant que ce ne soit démontré, que ces certitudes étaient fallacieuses, pour ne pas dire illusoires. Plus encore, ces certitudes ont eu un effet exactement inverse à celui escompté dans la plupart des cas. Oussama court toujours et l’Irak, pas plus que le reste du monde arabe du reste, n’est devenu le paradis de la démocratie.
Est-ce à dire pour autant que Bush se soit systématiquement trompé ainsi que tous ses innombrables conseillers ? Les premières fois on aurait pu croire à l’erreur, mais la persévérance dans l’erreur finit par paraître suspecte. Errare humanum est, sed perseverare diabolicum. D’autant plus qu’il n’est pas le seul à s’obstiner dans l’erreur.
Une bonne partie du peuple américain s’apprête à voter pour lui malgré ses échecs répétés.
On peut ainsi dire que les Américains aiment, à l’image de leur président, se bercer de certitudes fallacieuses tout en sachant d’avance qu’elles vont provoquer l’inverse de l’effet escompté, c’est-à-dire une haine démesurément amplifiée chez leurs ennemis et moins de sécurité pour eux-mêmes.
Les choses prennent une tournure encore plus surprenante lorsqu’une certaine publicité télévisée convainc ces mêmes Américains de douter du courage de Kerry et de son héroïsme lors de la guerre du Vietnam. Ce qui les amène à accorder leurs suffrages, dans les sondages, à Bush dont il est pourtant reconnu qu’il a fui la conscription.
On peut donc dire que ces mêmes Américains ont choisi l’illusion des « certitudes » dangereuses et ont préféré un président réputé pusillanime à un candidat réputé courageux. En réalité, on peut supposer qu’ils craignent un président qui serait trop courageux. Ils craignent que son courage ne le rende insouciant. Seul un être craintif, trop craintif, va frôler le danger de près, allant même jusqu’à le susciter, pour ne pas risquer d’être surpris par lui. À tous ces « avantages » Bush ajoute celui de pouvoir affirmer avec « certitude » qu’il est courageux, c’est-à-dire simuler le courage en dépit de sa peur.
Nous avons ici affaire à une maladie collective qui est directement issue du traumatisme du 11 septembre. Certains l’appellent névrose traumatique et d’autres stress post-traumatique. Pour la soigner, il faut la désigner et la nommer. Kerry a déjà fait un premier pas en disant : « On peut être sûr de choses qui sont pourtant erronées. » Mais le cheminement reste long.
Il y a donc de fortes chances que Bush soit réélu et que, survolté par sa victoire, il pousse très loin l’aventurisme qui consiste à résister à sa peur dans une fuite en avant de plus en plus accélérée. On a eu quelques exemples d’un tel comportement, au siècle dernier, qui donnent froid dans le dos.
Karim Richard JBEILI
Canada
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Telle est la façon dont on pourrait résumer le débat entre les deux candidats à la présidence, selon M. Cohen du New York Times. Cette phrase a été servie par Kerry à Bush qui, durant le débat, a étalé sa certitude d’avoir raison et en a pris argument.
Il y a effectivement lieu de douter de la valeur des certitudes de Bush. Il a été successivement certain de pouvoir détruire Oussama Ben Laden, que celui-ci avait des liens avec Saddam Hussein, que ce dernier avait des ADM, qu’il formerait une large coalition pour le destituer, que sa chute ferait fleurir la démocratie en Irak, que, par suite, celle-ci se propagerait dans tout le monde arabe, et qu’enfin le tout conjugué aboutirait à juguler le terrorisme international.
De toutes ces certitudes, aucune ne s’est vérifiée. Pis, les événements se sont chargés...