L’Université Saint-Esprit de Kaslik (Usek) organise, jeudi 28 et vendredi 29 octobre, un colloque sous le signe du dialogue des cultures, dont le titre est en soi révélateur : « La renaissance arabe : le modèle de la Nahda vaut-il encore pour aujourd’hui comme exemple du dialogue islamo-chrétien ? ». Le colloque doit réunir des personnalités académiques telles que Gérard Dedeyan (Université de Montpellier III), Georges Corm, Henri Michel (Université de Montpellier III), Jean Charaf (Usek), Antoine Hokayem (Université libanaise) et Antoine Noujaim (Usek).
L’historien, politologue, professeur à l’Université Saint-Joseph et journaliste Samir Kassir signe demain samedi, au Salon Lire en français et en musique, au Biel, son nouvel ouvrage – le quatrième en un an – intitulé : Considérations sur le malheur arabe.
De la « renaissance » au « malheur » arabe, près d’un siècle – de plus en plus décadent sur le plan des idées et de la pensée – nous contemple, pour reprendre à notre compte la formule napoléonienne devant les pyramides. Et les Boutros el-Boustany, Ahmed Farès Chidiac, Yaacoub Sarrouf, Ibrahim el-Yazigi, Négib Azouri nous manquent cruellement.
De la « renaissance » au « malheur » arabes, il y a un passage d’un monde arabe en pleine évolution, en pleine mutation, à un monde dévasté, fragmenté, ravagé par l’inculture de la violence et du terrorisme. Terrorisme d’État, terrorisme psychologique, terrorisme intellectuel, terrorisme tribal. La boucle est bouclée. Une inculture en trompe-l’œil, qui cherche à se dissimuler derrière la célèbre formule d’André Malraux : « Le XXIe siècle sera religieux ou bien ne sera pas. » Qui cherche à se matérialiser dans les concepts pseudo-prophétiques d’un Samuel Huntington.
La « renaissance » et le « malheur » arabes, le Liban les connaît bien. Il a beaucoup contribué, par le biais de plusieurs de ses écrivains et de ses traducteurs, à la dynamique qui a abouti à la « Nahda ». Une dynamique qui allait déboucher, à long terme, sur la mise en place d’une spécificité culturelle libanaise, bien encastrée dans son milieu culturel arabe. Les tanzimâts, ces firmans réformistes ottomans élaborés par la Sublime Porte, devaient précipiter la course des peuples vers l’autodétermination par rapport au despotisme oriental. Et puis il y a eu le mandat français, l’indépendance, et... la chute. Le « malheur » s’est ensuite abattu sur le monde arabe et sur le Liban, un malheur décidement infini. Et ce n’est pas terminé, à voir la situation dans laquelle se débat actuellement le pays, et qui n’augure rien de vraiment bon. D’autant que nul ne semble, cette fois, prêt à faire des tanzimâts pour précipiter son pays vers la modernité.
En attendant, les jeunes ont un rôle capital à jouer : celui de reproduire l’élite intellectuelle du pays. Une élite prête à agir. La condition sine qua non pour que le Liban cesse d’être une terre fertile maintenue en jachère.
Michel HAJJI GEORGIOU
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