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La vendetta en Albanie, un phénomène difficile à éradiquer

Depuis sept ans, Lule Loci et ses cinq enfants vivent cloîtrés à Tirana, comme le sont dans toute l’Albanie 650 familles, menacées de mort au nom d’une vendetta séculaire, un phénomène que les autorités peinent à éradiquer. « En Albanie, la vendetta se développe en raison d’un système judiciaire faible qui pousse les gens à régler leurs comptes eux-mêmes », commente Gjin Marku, 48 ans. Depuis 11 ans, il tente de réconcilier les familles assoiffées de vengeance après le meurtre d’un parent, commis souvent pour un motif en apparence futile – querelle ou vol –, et qui parfois a même été oublié. À la tête d’une ONG, le Comité de réconciliation nationale, il dirige 1 500 « missionnaires » qui s’efforcent de convaincre les vengeurs de renoncer à faire leur propre justice alors qu’actuellement 650 familles sont confinées dans leurs demeures, 73 enfants sont directement menacés et 150 autres ne vont plus à l’école. Convaincre est d’autant plus difficile que la vendetta fait partie de la tradition albanaise. Des irréductibles ont même abattu il y a plus d’un mois le missionnaire Emin Spahia. La « Gjakmarrja », vengeance par le sang, remonte au XVe siècle. Elle fait partie du « Kanun » – à la fois code civil et code d’honneur – établi par un seigneur du Nord, Lek Dukagjini, pour réglementer la vie quotidienne. « Il faut des nouvelles lois pour contrôler et limiter la vendetta », estime Gjin Marku. « L’État doit s’impliquer davantage », ajoute-t-il. « L’État s’en fiche », déclare crûment un missionnaire. « Nous n’avons plus d’espoir : seul un miracle peut nous sauver », déclare de son côté Lule, 44 ans. Sans cesse, elle enroule nerveusement autour d’un doigt le cordon de la clé de sa maison qu’elle n’oublie jamais de fermer à double tour. Pour échapper à la vengeance, elle a dû changer plusieurs fois d’abri. Malade, son mari, cible principale des vengeurs pour avoir été le cousin d’un meurtrier, a dû être transporté à l’hôpital sous escorte policière. Auparavant il lui avait fallu se déguiser en femme pour pouvoir assister à l’enterrement de sa mère. « Mes filles peuvent aller à l’école, mais il est hors de question que mes fils sortent », dit Lule. En vertu du « Kanun » les femmes sont épargnées, même si des entorses à cette règle ont récemment été enregistrées. « Mes filles ne sont pas entièrement à l’abri : elles pourraient être prises en otages pour obliger les mâles à sortir », explique Lule. « La vendetta est un crime contre la Constitution, la stabilité et la sécurité du pays », a déclaré récemment le président albanais Alfred Moisiu, alors que l’éradication de la violence – vendetta et crime organisé – est une des conditions incontournables pour que l’Albanie intègre l’Europe. « La vendetta inquiète les investisseurs et les touristes, et augmente les tensions sociales », a souligné le président. « Nous préparons une série de lois contre la vendetta qui prévoient des sanctions sévères et la saisie des biens des meurtriers », indique Mark Bello, ministre chargé des problèmes humanitaires et de la lutte contre la corruption. « L’État doit être plus présent », reconnaît-il tout en évoquant des réalisations récentes comme la transformation à Poliçan (sud) d’un hôpital en centre d’accueil pour enfants menacés. Certains en Albanie, même parmi les intellectuels, préconisent un rétablissement de la peine de mort, abolie pour aligner le pays sur les standards européens. « L’abolition a été trop rapide. Cela a encouragé les meurtriers », estime Gjin Marku. Une application très sévère de la peine de mort avait permis au régime communiste de contrôler le phénomène de la vendetta, réapparu après sa chute en 1992.

Depuis sept ans, Lule Loci et ses cinq enfants vivent cloîtrés à Tirana, comme le sont dans toute l’Albanie 650 familles, menacées de mort au nom d’une vendetta séculaire, un phénomène que les autorités peinent à éradiquer.
« En Albanie, la vendetta se développe en raison d’un système judiciaire faible qui pousse les gens à régler leurs comptes eux-mêmes », commente Gjin Marku, 48 ans.
Depuis 11 ans, il tente de réconcilier les familles assoiffées de vengeance après le meurtre d’un parent, commis souvent pour un motif en apparence futile – querelle ou vol –, et qui parfois a même été oublié.
À la tête d’une ONG, le Comité de réconciliation nationale, il dirige 1 500 « missionnaires » qui s’efforcent de convaincre les vengeurs de renoncer à faire leur propre justice alors...