Avantages pour quelques enseignes au détriment des autres, impact sur le commerce du centre-ville : les analystes et les professionnels imaginent déjà le scénario d’une guerre des prix en France en cas de réforme de la loi Galland.
«La libéralisation du jeu concurrentiel pourrait, à court terme, durcir les pressions concurrentielles en France » car « les leaders auront la possibilité de réinvestir davantage dans leurs prix afin de créer un différentiel tarifaire qui pourrait engendrer des transferts de parts de marché », a pronostiqué début octobre Laurence Hoffmann, de la Société Générale.
« Carrefour (26,5 % de part de marché en France) et Leclerc (23,54 %) pourraient, dans ces conditions, être les gagnants à moyen terme. Les plus petits compétiteurs (Casino 13,4 %), Intermarché 13,3 %, Auchan (13,1 %) et Cora (4,7 %) risquent de subir soit un tassement durable de leurs marges s’ils s’alignent en prix, soit des baisses de part de marché, aux effets tout aussi destructeurs à long terme », a-t-elle ajouté.
À moyen terme, Carrefour pourrait être, avec Leclerc, l’un des grands gagnants d’une libéralisation des règles concurrentielles en France, mais à court terme (2005), le secteur risque de connaître une situation de « guerre des prix, dommageable pour tous », a-t-elle conclu.
Dans une étude de juillet dernier, Ben Britz, de la société Morgan Stanley, se demande avec pessimisme si « la France deviendra une nouvelle Allemagne », avec une spirale vers le bas: accélération de la montée en puissance du hard discount et efforts déjà constatés de baisse de prix des grands distributeurs.
Réforme de la loi Galland ou non, Morgan Stanley souligne aussi la morosité de la consommation en France, que les baisses de prix volontaire des accords Sarkozy n’ont pas aidé à relancer en volume. Emmanuel Ferry chez Exane se réjouit au contraire de l’idée d’une déréglementation qui permettra aux distributeurs de baisser leurs prix, estimant que la loi Galland a entraîné une spirale inflationniste sur les prix des marques qui a dopé le hard discount. Il estime d’ailleurs que les distributeurs sauront préserver leurs marges. En cas de réforme de la loi Galland, « l’avantage concurrentiel des distributeurs devrait alors s’exprimer sur les marges avant les remises sur facture et non plus sur les marges arrière, les distributeurs retrouveraient dans un tel contexte une certaine latitude dans la fixation des marques nationales dans les linéaires. D’un cercle vicieux, fixé par la loi Galland, nous passerions à un cercle vertueux », a commenté Emannuel Ferry.
Analystes et professionnels de la distribution estiment cependant que tous les groupes ne sont pas armés pour soutenir une guerre des prix, qui sera difficile pour les plus petits ou ceux qui ne se sont jamais positionnés sur les prix. D’où la chute du titre Casino de 1,9 % hier et de 2,55 % de Rallye. Plusieurs prédisent la prochaine disparition de leurs rivaux...
Autre impact, celui d’un décalage désormais beaucoup plus marqué entre les prix des commerces du centre-ville, qui ont connu un beau renouveau des dernières années, et les grandes surface de périphérie désormais autorisées à baisser nettement leurs prix. Cette concurrence accrue pourrait menacer les grandes surfaces au centre-ville, comme les grandes surfaces spécialisées dans les loisirs qui ont fleuri ces dernières années.
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