Placé sous l’égide de l’institut Cervantès, un récital de duo de piano et violon a offert l’occasion d’écouter un programme exceptionnel et profondément ibérique, où virtuosité de l’archet, éclats des beaux accords de clavier et couleurs de l’Espagne ont envoûté les auditeurs rassemblés sous le chapiteau de l’Assembly Hall de l’AUB…
Sur scène, deux musiciens aux tempes grises, rompus au métier de donner vie et sons aux partitions : Agustin Léon Ara pour le violon et Albert Attenelle pour le piano. Au menu, concis mais profondément ibérique, des pages de Pablo Casals, Alberto Amargos et Joaquin Rodrigo.
Ouverture avec une sonate en trois mouvements (allegro, scherzo-presto et lento) de Pablo Casals, plus connu pour ses interprétations virtuoses que ses compositions. Comme on pouvait se douter, priorité est donnée à l’emphase sonore avec un archet omniprésent virant du côté tzigane pour effet de séduction absolue. Mais cette œuvre demeure attachante à plus d’un titre : pour l’esprit flamboyant qui l’anime d’abord, pour ses innombrables couleurs en arc-en-ciel et ses tons ramagés ensuite, et surtout pour la virtuosité d’un archet qui tient ferme l’auditoire sous sa coupe magique. Lyrisme débridé incluant véhémence et rêverie, angoisse et plainte prolongée, euphorie et torrent de larmes, rythmes saccadés et douceurs harmoniques des excercices périlleux. Passionnée et prise dans un tourbillon de notes échevelées, cette sonate est un reflet évident de la personnalité « paganinienne » de Pablo Casals, qui étonnait et médusait les foules dès qu’il se saisissait d’un violon…
Trémolos et dissonance harmonique
Pour prendre le relais, une pièce intitulée En el aire d’Alberto Amargos, que les mélomanes libanais ont eu le plaisir de découvrir. Œuvre qui commence par un piano jouant à découvert, vite rejoint d’ailleurs par un violon aux tirades plaintives et dont les phrases se terminent en vibrants trémolos. Entre des sonorités déchirantes et des moments d’une extrême tendresse, cette œuvre compacte et intense, jouée d’une traite, est comme un cri dans la nuit, comme ces déchirures des aubes qui ne doivent pas se lever… Dialogue vif et pertinent de deux instruments utilisant avec brio toutes leurs ressources de séduction, avec des images sonores originales et osées.
Pour terminer, une Sonata pimpante de Joaquin Rodrigo, que le public connaît mieux que les autres compositeurs qui l’ont précédé. Trois mouvements (allegro, adagio-allegro vivace et allegro molto) pour traduire toute l’impétuosité et les parfums de l’Espagne, où l’amour et la mort sont fastueusement magnifiés… Longue et somptueuse narration bruissante de la terre de Lorca et où tout commence sur une harmonie dissonante en usant des sifflements aigus et des tonalités stridentes. Éruptive et incendiaire, cette œuvre agitée et passionnée se déploie sur fond d’une marche lente et majestueuse, où plane l’ombre de la mort… Chevauchée fantastique de notes incandescentes comme les scories des volcans, pour finir en lumineux et torrentiels chromatismes où archet et clavier foncent à tombeau ouvert vers des zones sonores d’une grande beauté…
Deux gerbes de fleurs, applaudissements et un bis. La magie de l’Espagne est encore là.
Edgar DAVIDIAN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Placé sous l’égide de l’institut Cervantès, un récital de duo de piano et violon a offert l’occasion d’écouter un programme exceptionnel et profondément ibérique, où virtuosité de l’archet, éclats des beaux accords de clavier et couleurs de l’Espagne ont envoûté les auditeurs rassemblés sous le chapiteau de l’Assembly Hall de l’AUB…
Sur scène, deux musiciens aux tempes grises, rompus au métier de donner vie et sons aux partitions : Agustin Léon Ara pour le violon et Albert Attenelle pour le piano. Au menu, concis mais profondément ibérique, des pages de Pablo Casals, Alberto Amargos et Joaquin Rodrigo.
Ouverture avec une sonate en trois mouvements (allegro, scherzo-presto et lento) de Pablo Casals, plus connu pour ses interprétations virtuoses que ses compositions. Comme on pouvait se douter,...