Les décapitations d’otages en Irak sont l’œuvre de groupes qui, dans le but de dissuader les étrangers de venir travailler avec les forces d’occupation, se basent sur une interprétation contestée de l’islam, estiment des experts et des dignitaires religieux.
Depuis le début de la vague d’enlèvements, en avril dernier, plusieurs otages étrangers ont été décapités par des groupes d’obédience sunnite. Les corps des Américains Eugene Armstrong et Jack Hensley ont ainsi été découverts cette semaine à Bagdad, décapités par le groupe al-Tawhid wal Jihad de l’islamiste jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, au nom de « toutes les musulmanes » emprisonnées en Irak.
Ces assassinats, qui ont profondément choqué l’opinion publique dans le monde et dont des enregistrements vidéo sont diffusés sur des sites Internet islamistes, comportent un message clair : dissuader les étrangers de travailler en Irak avec le gouvernement proaméricain ou les forces d’occupation, estiment les analystes. « La religion devient l’instrument des intérêts politiques », affirme Shireen Hunter, du Centre pour les études stratégiques internationales, basé à Washington. « Il s’agit d’une interprétation sélective et rigoureuse de l’islam pour servir des buts politiques », ajoute-t-elle.
Dans certains pays, comme l’Arabie saoudite, la justice pratique les décapitations conformément à la charia, surtout dans les cas de viol, meurtre, apostasie ou d’attaque à main armée. Mme Hunter estime que les rebelles en Irak et les oulémas qui soutiennent leur cause ont élargi l’interprétation de la charia à ceux qu’ils considèrent comme leurs « ennemis » dans un pays en guerre, tout comme c’est le cas pour les groupes palestiniens armés qui considèrent les attentats-suicide visant les Israéliens comme « légitimes ».
Un responsable du Comité des oulémas, une organisation de dignitaires religieux sunnites irakiens qui jouit d’une influence notable auprès des rebelles, estime que la question des décapitations est « très complexe » et doit être examinée à la lumière de l’occupation de l’Irak. « Pourquoi ne mettons-nous pas en question la légitimité des meurtres d’Irakiens aux mains des troupes américaines, la destruction de villes entières et les autres crimes commis contre les Irakiens », dit Mouthanna Hareth al-Dari. Il assure néanmoins que le Comité désapprouve les décapitations qui, dit-il, font le jeu des détracteurs de l’islam. « Nous sommes opposés à cela car ce genre d’actions peut être utilisé pour porter atteinte à l’image de l’islam et de la résistance », note-t-il.
Mais il affirme que même s’ils sont des civils, les étrangers qui viennent travailler en Irak pour le compte des forces américaines et autres « aident et encouragent l’occupation, et la prolongent ». Et de s’interroger sur leurs motivations. « De tous les pays du monde, ne reste-t-il pour eux que l’Irak pour gagner leur pain ? » dit-il.
Pour un responsable des waqfs (l’administration des biens religieux) chiites, les décapitations constituent « un acte barbare » et sont totalement inadmissibles. Salah Abdelrazzak assure que la majorité des dignitaires religieux penche en faveur de la clémence et du respect de la vie humaine. « Les Romains, les Mongols et les Français l’ont fait, mais les temps changent et l’islam a évolué aussi », dit-il.
Critiqué pour ses déclarations enflammées, l’influent religieux musulman Youssef al-Qardaoui s’est dit début septembre opposé au principe des prises d’otages. « Les rapts, les enlèvements et les menaces de tuer des otages ne sont pas tolérés par la charia », a-t-il dit, niant avoir appelé à « tuer les civils » et relevant que « la charia n’autorise de tuer que ceux qui combattent » en Irak, en l’occurrence les militaires.
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Depuis le début de la vague d’enlèvements, en avril dernier, plusieurs otages étrangers ont été décapités par des groupes d’obédience sunnite. Les corps des Américains Eugene Armstrong et Jack Hensley ont ainsi été découverts cette semaine à Bagdad, décapités par le groupe al-Tawhid wal Jihad de l’islamiste jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, au nom de « toutes les musulmanes » emprisonnées en Irak.
Ces assassinats, qui ont profondément choqué l’opinion publique dans le monde et dont des enregistrements vidéo sont diffusés sur des sites...