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Actualités - Opinion

Le point La paix en hibernation

Entre un point et un autre, le chemin le plus long est la ligne zigzagante – en politique surtout. Ariel Sharon semble avoir fait sien cet axiome, s’agissant de la « feuille de route » à l’origine conçue pour régler le problème palestino-israélien mais qui, depuis, n’aura fait que le compliquer un peu plus, son exécution prenant des allures de véritable valse-hésitation où chaque partie ne trouve, comme dans les auberges espagnoles d’autrefois, que ce qu’elle y apporte. C’est bien pourquoi, entre les confidences faites à un journal par l’ancien chef de cabinet du Premier ministre et les assurances officielles données hier à Washington, il n’y a de contradiction qu’apparente puisque chacun prétend voir dans le texte ce qui sert ses intérêts propres. Qu’a dit au Haaretz Dov Weisglass ? Que le plan de séparation en cours à Gaza revient dans la pratique à geler pour une période indéterminée le processus prévu par le quartette ; que ce faisant, on empêche la création d’un État palestinien ; enfin – c’est là le plus grave, car l’auteur de ces propos fut longtemps l’homme du Likoud auprès de l’actuelle Administration républicaine – que tout cela a été approuvé par les Américains eux-mêmes. Que dit la présidence du Conseil dans sa mise au point ? Que seule ladite « feuille de route » permet « de progresser vers un accord viable » et que le chef du gouvernement en soutient la teneur, ce qui, à y regarder de près, l’engage fort peu. D’autant plus qu’à la mi-septembre, il choisissait d’emprunter une voie diamétralement opposée. Dans une interview au Yediot Aharonot, il rendait publique en effet son intention de ne pas respecter le plan de paix et, après le retrait de la bande de Gaza, de maintenir la présence israélienne dans une grande partie de la Cisjordanie autant de temps qu’il faudra. Ce désengagement, lui demandait-on alors, ne ressemble-t-il pas à celui que prônait il y a peu Amram Mitzna ? Réponse : « L’opposition parlait d’un démantèlement des colonies basé sur la “feuille de route”, ce qui nous aurait placés dans une situation difficile. Nous ne sommes plus disposés à suivre cette voie. » On le constate, le principe de la géométrie variable n’est pas l’apanage des seules usines Dassault. Depuis sa création, l’État hébreu est constamment parvenu à l’appliquer, au grand dam des Arabes qui ont vu ainsi s’effilocher les maigres promesses arrachées au prix de mille reniements consentis en application soit des innombrables résolutions onusiennes, soit encore des défunts accords d’Oslo. La tactique demeure inchangée, si les moyens pour l’appliquer diffèrent. À chaque fois, les engagements pris par Tel-Aviv soulèvent un tel tollé interne que l’État se met aussitôt en marche arrière, prenant prétexte pour cela de la vague de violence – intifadas, attentats... –, mais sans jamais modifier un discours lénifiant, propre à apaiser les craintes qui se manifestent à l’échelle internationale. Weisglass ayant fait valoir que ses propos avaient été retirés de leur contexte, on en attend avec impatience la publication intégrale, promise pour aujourd’hui vendredi. Et surtout cette petite phrase qui en a fait sursauter plus d’un : « Pour une période indéterminée, la partie de l’accord prévoyant la création d’un État palestinien, avec tout ce qu’une telle initiative comporte, ne figure plus sur notre agenda. Nous avons obtenu pour cela la bénédiction du président (George W. Bush) et l’aval des deux Chambres du Congrès. » Entre-temps, les divisions s’accentuent dans les rangs de la caste politique, aggravées par toutes ces révélations. Shimon Pérès, éternel faux témoin de la vie publique et qui n’a plus rien à perdre d’un nouveau dédit, a annoncé son intention de « demander des explications ». Pour autant, il n’a pu entraîner dans son sillage d’autres chefs de l’opposition travailliste. Étrangement, ce sont les colons appelés à abandonner les 21 points de peuplement de Gaza ainsi que quatre autres implantations sur la rive occidentale du Jourdain qui ne décolèrent pas. Alors même que chaque famille vient d’obtenir la promesse d’un premier versement de 100 000 dollars pour lui permettre de s’installer ailleurs. Une fois le désengagement achevé, a déjà annoncé Sharon, « il est probable qu’un long moment s’écoulera sans qu’il se passe quoi que ce soit ». Une manière comme une autre de dire que la balle sera alors dans le camp adverse. Lequel, si l’on veut bien suivre les Israéliens et les Américains dans leur logique, devra entreprendre de faire le ménage chez lui et se débarrasser de la vieille caste, Yasser Arafat en tête, incapable, à les en croire, de mettre au pas ses jusqu’au-boutistes. La réponse à cette drôle de main tendue ? Elle prendra probablement la forme d’un attentat à venir du Hamas... Christian MERVILLE
Entre un point et un autre, le chemin le plus long est la ligne zigzagante – en politique surtout. Ariel Sharon semble avoir fait sien cet axiome, s’agissant de la « feuille de route » à l’origine conçue pour régler le problème palestino-israélien mais qui, depuis, n’aura fait que le compliquer un peu plus, son exécution prenant des allures de véritable valse-hésitation où chaque partie ne trouve, comme dans les auberges espagnoles d’autrefois, que ce qu’elle y apporte. C’est bien pourquoi, entre les confidences faites à un journal par l’ancien chef de cabinet du Premier ministre et les assurances officielles données hier à Washington, il n’y a de contradiction qu’apparente puisque chacun prétend voir dans le texte ce qui sert ses intérêts propres.
Qu’a dit au Haaretz Dov Weisglass ? Que le plan de...