par Franco Frattini,
ministre italien des AE
Nous vivons des heures dramatiques, marquées par de nombreux enlèvements et meurtres, marquées aussi par une anxieuse attente sur le sort des deux jeunes volontaires italiennes, actives dans le domaine de l’assistance humanitaire en Irak, enlevées à Bagdad avec leurs collègues irakiens. Il est nécessaire de trouver des raisons d’optimisme parce que ce malheureux plan des terroristes, visant à semer mort et destruction en Irak, au Moyen-Orient et partout ailleurs, n’a pas réussi et ne réussira pas à nous ôter l’espoir, le bien le plus précieux.
L’espoir de pouvoir restituer au peuple irakien la perspective de liberté, de stabilité et de bien-être dont il est privé depuis trop longtemps. L’espoir de pouvoir étreindre de nouveau nos otages, alimenté et renforcé par plusieurs appels et messages de solidarité que nous avons recueillis ces derniers jours.
Nous ne nous sentons pas seuls, et en cela nous sommes reconnaissants aux autorités civiles et religieuses en Irak et dans les pays arabes. Nous exprimons notre gratitude aux femmes, aux enfants, aux jeunes et aux personnes âgées de bonne volonté qui nous ont apporté, de différentes manières, la preuve admirable de leur amitié, qui ont condamné avec force l’action barbare de l’enlèvement et qui ont demandé avec fermeté la libération des quatre otages.
Nous ne nous sentons pas seuls, et nous ne le sommes pas, grâce à vos manifestations de solidarité et d’affection continues. La solidarité que beaucoup d’Irakiens ont manifestée pour demander la libération de Simona Pari et de Simona Torretta, et de leurs amis irakiens aussi entre les mains des kidnappeurs, une initiative sans précédent. C’est une solidarité qui représente une expression de reconnaissance pour l’engagement profond de nos deux jeunes filles pour la reconstruction de l’Irak. La solidarité exprimée par les femmes, les hommes et par les enfants irakiens reconnaissants envers les deux jeunes Italiennes connues pour leur amour envers le peuple irakien.
Leur amour se reflète dans l’attachement sincère, partagé par tous, femmes et hommes aujourd’hui présents en Irak pour la Mission autorisée par les Nations unies. Présents à la demande des Irakiens. Présents parce que les Irakiens nous demandent de ne pas nous en aller et de les aider à construire un futur meilleur.
Notre aide au peuple irakien est un geste d’amitié envers les femmes et les hommes qui ont longtemps souffert de la tyrannie de Saddam Hussein, et qui ont aujourd’hui le droit de vivre en paix et de gérer enfin leur propre destin.
Nous construisons des écoles et des hôpitaux, déminons les champs, ramenons eau et électricité dans les foyers, sauvons le patrimoine archéologique millénaire irakien contribuant à la reconstruction du musée de Bagdad. Dans l’hôpital de Bagdad, des Italiens volontaires, comme Simona Pari et Simona Torretta, continuent à soigner des dizaines de milliers d’Irakiens, surtout femmes et enfants, dont bon nombre sont retournés dans les bras de leurs parents après leur guérison.
Qui fait du mal à nos otages fait donc aussi du mal à leurs familles, à leurs amis, à leur patrie qui attend avec confiance leur retour. Qui leur fait du mal fait surtout du mal au peuple irakien.
Nous sommes prêts à quitter l’Irak lorsque nos amis irakiens le demanderont. Nous partirons quand le peuple irakien nous dira qu’il n’a plus besoin de nous, de nos médecins, de nos volontaires, de nos ingénieurs, de nos soldats qui reconstruisent routes et ponts, qui garantissent le déroulement des élections municipales, qui entraînent la police irakienne pour qu’elle soit capable, jour après jour, de faire régner l’ordre et la loi.
Quand le gouvernement irakien nous dira que notre présence n’est plus nécessaire, ce sera un jour heureux. Heureux parce que le pays sera autonome, heureux parce que nous fêterons le retour de nos hommes, de nos femmes qui ont choisi dans la vie la mission de porter la paix et l’aide dans le monde.
L’Italie a toujours cru au dialogue entre les religions et les civilisations, comme réponse politique essentielle et gagnante face à la violence aveugle du terrorisme, qui nous vise sans distinction, chrétiens et musulmans, Occidentaux et Orientaux, pays occidentaux et arabes.
Nous œuvrons à ce que l’Europe développe simultanément dialogue et stratégies politiques avec les pays arabes dans le respect de la dignité des diverses positions et sensibilités.
Nous le faisons parce que l’Italie est unie à ses amis et frères arabes par des liens anciens et profonds. Nous partageons une histoire millénaire qui nous unit sur les rives de la Méditerranée, plate-forme de la politique étrangère italienne, foyer et lieu de rencontre des cultures et des religions. Unis au nom de la tolérance, du respect de la diversité comme valeur, du refus de toute violence, du développement de la société et de la paix. Unis dans le respect de la vie humaine et de sa dignité comme valeur suprême.
Aujourd’hui plus que jamais, l’actualité d’un vieux proverbe se confirme : les vrais amis se reconnaissent dans les moments difficiles. En ce moment si difficile, l’Italie est confortée par le soutien actif de nombreux amis qui lui tendent la main en Irak et dans le monde arabe. L’Italie n’oubliera jamais ce que ses amis font pour elle.
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