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Actualités - Analyse

ÉCLaIRAGE Les désarrois du Premier ministrable Hariri

Maintenant que le mal est fait, quelles qu’en soient les raisons ; maintenant qu’il a signé le projet de loi visant à l’amendement de l’article 49 de la Constitution en vue de la reconduction du mandat de son ennemi politique intime (qu’il est censé rencontrer dans les tout prochains jours) ; maintenant qu’il a voté, place de l’Étoile, en faveur de cette insensée prorogation, Rafic Hariri se retrouve dans une situation certes moins douloureuse mais encore plus compliquée qu’il y a quelques semaines. Toutes les sources concordent : le tuteur syrien, qui lui aurait, dit-on, gentiment suggéré d’aller demander à Jacques Chirac d’assouplir la position de Paris à la veille de la réunion du Conseil de sécurité sur le suivi de l’application de la résolution 1559, souhaite revoir le maître de Koraytem rempiler au Sérail. Damas lui aurait même réitéré, outre les « conseils d’amis », des assurances qu’il estime sans doute, à tort ou à raison, être assez suffisantes pour lui redonner le tonus, l’encourager à jouer à fond ce rôle de rassembleur – de prosélyte – auprès d’une opposition plurielle. Qu’il devra convaincre de participer au futur gouvernement dit d’union nationale, afin de légitimer, de libaniser, aux yeux du monde, la prorogation ; afin, aussi, de montrer, au lendemain de la publication du rapport Annan sur la 1559, tous les signes extérieurs d’une bonne volonté syrienne. De prime abord, il n’y a pas conflit d’intérêts entre Damas et Koraytem. Parce que si Rafic Hariri, les yeux dans le vide et la main écœurée, a signé, ce n’est pas pour (s’)enfoncer jusqu’au cœur le clou : lui aussi, pour d’autres évidentes raisons, voudrait absolument s’assurer le concours des joumblattistes, des sfeiristes, de Kornet Chehwane et des autres. Même si ces derniers, et il le sait pour l’avoir vécu durant de nombreuses années, sont loin de cautionner sa politique. Mais au moins, le Premier ministre, qui a frôlé, à de nombreuses reprises, durant sa cohabitation, l’apoplexie ou la neurasthénie, aurait ainsi une sorte de garantie, de garde-fou, d’assurance-maladie. Dans tous les cas, KC évoquera jeudi à l’évêché d’Antélias la requête de Rafic Hariri, plus que soucieux de se réunir avec une délégation du Rassemblement. Wissam el-Hosn, de Koraytem, en a fait officiellement part au secrétaire général de KC, Samir Abdel-Malak, précisant que le Premier ministre aurait souhaité que cette rencontre ait lieu avant son départ pour Paris. Ce que le Rassemblement aurait estimé, notamment par la bouche de Gebrane Tuéni, techniquement impossible. Quoi qu’il en soit, le bon pèlerin Hariri a du pain sur la planche. Et sans doute est-il en train, en même temps qu’il prêche la bonne parole, à Bkerké, avec Walid Joumblatt, plus tard auprès de KC, de faire et de refaire ses calculs. Peut-il envisager un retour à la tête du gouvernement sans le seigneur de Moukhtara ? Des sources autorisées assurent que non, du moins pas au-delà des législatives 2005. Pense-t-il que l’« on » réussira à convaincre le bey de revenir sur sa sage décision de ne pas participer à un gouvernement non seulement d’union nationale mais qui sera flanqué a priori d’une nécessaire déclaration ministérielle qui reprenne l’essence du manifeste de Clemenceau ? Rafic Hariri aurait-il, lors de son escapade damascène incognito, pu persuader Damas de faire cet indispensable « pas stratégique en arrière » qui consiste à promouvoir une pareille déclaration ministérielle ? Laquelle devrait donc logiquement comprendre, entres autres, la quasi-impossible mission qui consistera à rééquilibrer les relations libano-syriennes – un défi que seul un Fouad Boutros, qui bénéficie de la confiance de tous, serait éventuellement à même de relever, s’il le souhaitait, et officiellement cette fois... Sans compter que le maître de Koraytem n’a pas pu éviter de penser à une éventuelle absence de la vie politique (la lui autorisera-t-on, lui qui connaît désormais le poids des pressions en tout genre, aussi scandaleuses soient-elles ?). Absence provisoire et salutaire, puisqu’elle lui évitera de retomber encore et encore dans le piège retors de la cohabitation, cette ratière dévoreuse de popularité, et qu’elle lui permettra de parier sur un nouveau raz-de-marée aux législatives du printemps prochain. Surtout que Rafic Hariri, comme chaque Libanais, a les yeux désormais rivés sur New-York, où dans trois petits jours seulement sera délivré le rapport Annan. Qui pourrait porter en lui, comme l’a soulevé il y a quelques jours Farès Souhaid, les germes de l’illégitimité et de l’illégalité mêmes de la reconduction d’Émile Lahoud. Comment réagirait le Premier ministre ? En attendant, et dans le futur proche, il ne lui reste plus qu’à transformer ses désarrois en atouts. Lui qui a eu plusieurs fois l’opportunité de commencer à prendre des décisions d’homme d’État – et qui ne l’a pas fait. Lui dont l’étoile semble tellement bonne qu’elle ne se prive décidément pas de lui représenter, pas rancunière, chaque quelque temps, les mêmes occasions... Ziyad MAKHOUL

Maintenant que le mal est fait, quelles qu’en soient les raisons ; maintenant qu’il a signé le projet de loi visant à l’amendement de l’article 49 de la Constitution en vue de la reconduction du mandat de son ennemi politique intime (qu’il est censé rencontrer dans les tout prochains jours) ; maintenant qu’il a voté, place de l’Étoile, en faveur de cette insensée prorogation, Rafic Hariri se retrouve dans une situation certes moins douloureuse mais encore plus compliquée qu’il y a quelques semaines.
Toutes les sources concordent : le tuteur syrien, qui lui aurait, dit-on, gentiment suggéré d’aller demander à Jacques Chirac d’assouplir la position de Paris à la veille de la réunion du Conseil de sécurité sur le suivi de l’application de la résolution 1559, souhaite revoir le maître de Koraytem...