Entre le chant de la liberté, la satire tirée par les cheveux et la critique sociale, un petit bout d’homme mais qui a le verbe haut. Un verbe corrosif, acide, incendiaire et drôle. Car l’humour, la caricature, la dérision et l’ironie sont toujours au rendez-vous de ses coups de cœur, de trique, de sabre et de poignards… Avec du toupet et une audace parfois à couper le souffle. À vous laisser des fois aussi pantois. Le comique à boulets rouges. Bien sûr il n’est pas loin de la politique, puisque peu de choses nous choquent encore aujourd’hui... «Naturellement que c’est de la comédie politique, dit-il. D’ailleurs qui peut être indifférent à la politique par ici… Celui qui n’est pas politisé doit quitter le pays…» C’est clair, avec Charbel Khalil (on l’aura deviné, c’est lui l’âme et l’esprit de la virulente émission télévisée Bass matt watan ), le théâtre, la TV et l’écriture ce ne sont pas des jeux ou des amusements innocents.
Rencontre très décontractée avec un producteur, un acteur et un homme de théâtre qui avoue aujourd’hui préférer l’écriture à toute autre activité. Pourtant un artiste est fait de tout cela à la fois, et le brillant scénariste, marié et père de trois enfants (oui, absolument, il a tous les sens de la responsabilité: en insistant sur le pluriel du mot sens), n’en disconvient pas… Yeux pétillants, un chapelet de Medugorjé discrètement arboré au cou, une barbe noire de quelques jours sur un visage creusé par la fatigue d’une journée de «tournage», Charbel Khalil est de ceux qui vivent paisiblement dans le Kesrouan profond. Tout en provoquant partout des remous considérables! On se souvient de l’affaire «Ben Laden au grenier», blague lancée à la télévision qui a fait couler pas mal d’encre et occupé trop de monde. Eh bien c’était lui. Ce qui lui a valu un mois de suspension de son programme… Mais pour faire le tour d’un parcours qui cumule aujourd’hui plus de 200 émissions télévisées où le monde politique est férocement épinglé, s’impose un tour d’horizon avec un comédien mordu par les travers d’un univers qu’il ne cesse de mettre sur la sellette.
À trente-sept ans, Charbel Khalil parle avec détachement de ses études à l’Université libanaise où il a décroché un diplôme d’art dramatique de la faculté des beaux-arts. Et puis c’est le sourire en évoquant sa première apparition sur scène avec Philippe Akiki, en 1987, dans Maroun Abboud au cinéma Phoenicia (encore à Jounieh). « J’étais le hakawati, souligne-t-il, celui qui liait toute l’histoire… » Et puis se sont succédé des rôles avec Milad Daoud, Joseph Bou Nassar et surtout dans treize pièces pour enfants dont il a, pour la plupart, écrit les textes.
La politique, son inspiration
Succès plus grand et populaire avec Takrir, qui le révèle au petit écran. Quatre ans et demi sur la même chaîne nationale et puis à nouveau le changement. Aujourd’hui, au bout de cinq ans, l’émission de Bass matt watan a toujours l’audimat non seulement élevé mais en crescendo. C’est évident, le public se régale de ces sketchs fantaisistes et un peu potaches parfois (excellente troupe composée d’amis d’enfance et de faculté – Jean Bou Gédéon –, de copain du village – Claude Khalil –, tous des professionnels rompus à la tâche) où les politiciens sont pris pour cible tout en commentant, très pince-sans-rire et sans faire de cadeaux à personne, l’amère et inénarrable réalité politique…
Un artiste perdu dans la politique ou un engagé politique perdu dans le monde du théâtre, Charbel Khalil? Ni l’un ni l’autre, fait-il remarquer et de dire: «Je suis un artiste qui croit que l’art est une des plus grandes causes nationales… Dans le temps, chez les Grecs ou les Anglais, le théâtre avait la vertu de provoquer une révolution… Travailler dans l’art ou le théâtre, c’est améliorer la société.»
Et que pensez-vous du théâtre au Liban? «Ya harrram… dit-il (ce serait déjà tout dire!). Pauvre théâtre qui est bien mort! Comment peut-on encore parler de théâtre quand il n’y a ni culture ni prise de conscience chez le public? Pour les Libanais, s’il n’y a pas au programme un verre et du tabboulé, ils ne vont pas au théâtre… Un narguilé avec les tickets arrangerait les choses», lâche-t-il en riant sous cape… Très style Charbel Khalil d’ailleurs, pour les connaisseurs!…
Des chansonniers (Les rigolos c’est lui!) au théâtre (Hamlet bi warta, Moubadarat Izraïl… Abbas bil Habess...). Autant de titres applaudis par le public, en passant par les couplets de «zajal». Dans son émission, Charbel Khalil a le don des mots qui font mouche, des situations cocasses et surtout des personnages taillés sur mesure pour caricaturer ce que l’on veut nous faire passer pour très sérieux et intouchable… « Je ne suis pas un réformateur social, dit-il, mais je suis la voix de ceux qui n’osent pas parler… Je tente une lecture (ma maison est d’ailleurs littéralement envahie par les journaux qui sont ma véritable source d’inspiration) différente des réalités politiques pour une meilleure prise de conscience. Je suis malheureux de voir que les Libanais qui se prévalent de six mille ans d’histoire et de civilisation n’aient pas le courage de tout dire... Ils attendent toujours que leur zaïm parle…»
Plus drôle, folkorique dans sa débandade et «libanaisement molièreresque» est cette émission du petit écran où une brochette de bons acteurs s’éclatent et nous amusent jusqu’à nous faire pouffer de rire. Allez les retrouver (vous ne le regretterez pas!). Car Charbel Khalil donne là libre cours à sa verve, faite d’un mélange détonnant de candeur caricaturale, de fausse innocence et surtout d’un certain vitriol.
Edgar DAVIDIAN
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