Mis sur la sellette pour n’avoir pas su anticiper l’envolée de la demande de brut, les pays producteurs multiplient les promesses d’accroître leurs capacités, mais les mois à venir n’annoncent aucune détente, et certains analystes jugent même que le marché inaugure une nouvelle ère.
La demande de pétrole devrait connaître au cours des années 2003 et 2004 sa plus forte augmentation depuis 25 ans en bondissant de plus de 4 millions de barils par jour (mbj) pour atteindre quelque 84 mbj.
Sur ces 4 mbj, un tiers est à mettre au compte de la seule Chine, ont rappelé des experts lors d’un séminaire sur le pétrole organisé cette semaine à Vienne par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep).
Dans l’immédiat, le problème n’est pas tant celui de la quantité de pétrole en circulation, de l’avis général suffisante pour approvisionner le marché, que celui des capacités excédentaires des pays producteurs, communément qualifiées de « coussin de sécurité » en cas de perturbation chez l’un d’entre eux.
Or chacun s’accorde à dire que cette marge n’a jamais été si faible : entre 0,5 et 1,2 mbj en juillet, selon les estimations, dont une partie seulement serait réellement mobilisable. Début 2002, elle s’élevait encore à plus de 7 mbj.
Pour l’heure, seule l’Arabie saoudite, le chef de file de l’Opep, dispose d’une certaine marge de manœuvre: le cartel, réuni cette semaine dans la capitale autrichienne, a toutefois répété à l’occasion son engagement d’accroîre ses capacités excédentaires à moyen terme.
Quant aux promesses des autres pays producteurs, mieux vaut les accueillir avec prudence, ne serait-ce que parce que les chiffres et prévisions en la matière sont notoirement peu fiables, a jugé, lors du séminaire, Adrian Lajous, président du Oxford Institute for Energy Studies, un centre de recherches situé en Grande-Bretagne. «Même si ces estimations sont prises pour argent comptant, il est clair que l’industrie pétrolière sera vraiment sous pression cet hiver» en raison de la hausse saisonnière de la demande en produits de chauffage, note-t-il.
Que les cours demeurent ou non à des niveaux aussi élevés qu’aujourd’hui (quelque 45 dollars le baril à New York), il y a peu de chances pour que la demande reflue, a souligné Claude Mandil, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) : «La demande de pétrole est presque inélastique», a-t-il souligné.
Ce déséquilibre entre l’offre et la demande, qui paraît sans issue dans l’immédiat et offre peu de visibilité pour la suite, inquiète les professionnels du pétrole: «Quelque chose de plus profond est-il en train de se passer?» s’est ainsi interrogée la ministre norvégienne du Pétrole, Thorhild Widvey. Sans directement répondre à sa propre interrogation, elle a conclu en disant: «Je pense que nous continuerons de voir des prix relativement élevés à l’avenir. » Lee Raymond, patron du géant pétrolier américain Exxon Mobil, interrogé sur le même thème, a prudemment répondu : « Cela reste à voir. »
« Les signaux de rigidité de l’offre abondent », dit pour sa part Adrian Lajous, parlant d’«une phase de changement fondamental». «Les producteurs doivent prendre acte de ces nouvelles conditions et s’y adapter rapidement. Dans leur approche du marché et la définition de leur stratégie, il est impératif qu’ils opèrent une transition rapide d’une logique de surproduction chronique vers une logique de rareté à court terme et peut-être à moyen terme», prévient-il.
« Les priorités devront être redéfinies: l’investissement dans l’extension des capacités de production de pétrole brut est désormais une préoccupation vitale », a-t-il conclu.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Mis sur la sellette pour n’avoir pas su anticiper l’envolée de la demande de brut, les pays producteurs multiplient les promesses d’accroître leurs capacités, mais les mois à venir n’annoncent aucune détente, et certains analystes jugent même que le marché inaugure une nouvelle ère.
La demande de pétrole devrait connaître au cours des années 2003 et 2004 sa plus forte augmentation depuis 25 ans en bondissant de plus de 4 millions de barils par jour (mbj) pour atteindre quelque 84 mbj.
Sur ces 4 mbj, un tiers est à mettre au compte de la seule Chine, ont rappelé des experts lors d’un séminaire sur le pétrole organisé cette semaine à Vienne par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep).
Dans l’immédiat, le problème n’est pas tant celui de la quantité de pétrole en circulation, de...