Entre un traumatisme vietnamien qui, trente ans après, n’est pas complètement effacé et une économie nationale qui n’est pas complètement rétablie, il s’en faut, la convention républicaine de New York – ville résolument démocrate... – s’est ouverte hier sous de bien étranges auspices. L’officialisation, jeudi, de son acte de candidature, George Walker Bush aspire à la placer sous le signe de la sécurité renforcée, de la prospérité retrouvée et de la modération maintenue. En réalité, il lui serait difficile de prétendre avoir atteint ce triple objectif.
Au vu, pour ne citer que quelques exemples , des soubresauts qui continuent d’agiter l’Afghanistan, des tribulations des Marines en Irak, des difficultés chaque jour rencontrées dans la réalisation de l’ambitieux projet du « Grand Moyen-Orient » et du schisme de la « vieille Europe », il y a lieu de s’interroger, non seulement sur les moyens dont disposent les États-Unis pour réaliser leurs ambitions, mais aussi sur le choix même de leurs priorités. À la décharge de la présente Administration, on devrait cependant admettre que la mise en place du branlant échafaudage actuel a été dictée par les impératifs nés du coup de tonnerre du 11 septembre 2001. Il reste que si l’entreprise n’en est encore qu’à ses débuts, ceux-ci sont loin d’être prometteurs. Certains pourraient objecter que l’Amérique, sinon le monde, est plus sûre et qu’en définitive, c’est cela qui compte aux yeux de l’électeur. Mais les « boys » qui continuent de tomber à Bagdad ou à Kaboul, mais les perturbations dans l’extraction du pétrole qui provoquent une flambée des cours sans précédent depuis les années soixante-dix, mais tous ces clignotants rouges, en plusieurs points de la planète, annonciateurs de feux à venir ?
Le retour des années de vaches grasses, lui, n’est pas pour demain, comme l’indiquent les derniers chiffres officiels. Il y a eu ainsi l’an dernier 1,3 million de pauvres supplémentaires, ce qui porte le total à 35,9 millions (un Américain sur huit). Le nombre de personnes non assurées – dans un pays où les soins médicaux représentent des coûts astronomiques – a atteint 44,961 millions, soit une augmentation de 1,4 million de dollars. Aujourd’hui, une famille lambda verse 40 pour cent de ses revenus à l’Oncle Sam, malgré les coupes récemment décrétées, contre 20 pour cent il y a cinquante ans. Les prévisions pour l’année en cours, qui ne paraîtront qu’en 2005, c’est-à-dire quand le nouveau président aura été élu, s’annoncent plus alarmantes encore, alors que d’ores et déjà, le déficit budgétaire a atteint le chiffre astronomique de 500 milliards
Quant à la modération, on voit à chaque jour qui passe ce qu’un tel mot signifie dans le vocabulaire de l’équipe en place. Nul n’a oublié que la dernière campagne électorale avait été conduite en 2000 sous le signe du « compassionate conservatism », un slogan qui en avait rassuré plus d’un. Hillary Clinton vient de rappeler que la promesse s’est traduite aussitôt par la présence aux postes-clés, de John Ashcroft à Donald Rumsfeld, de représentants d’une extrême droite qui n’a pas honte de dire son nom. Les organisateurs de la convention du Grand Old Party n’en ont pas moins éprouvé le besoin de faire appel à des hommes comme le sénateur John McCain, le robocop (et aujourd’hui gouverneur de Californie) Arnold Schwarzenegger et l’ancien maire de New York Rudolf Giuliani, tous trois figures de proue d’un libéralisme bon teint propre à rassurer les hésitants.
Ah, ces 2,6 millions d’indécis, objet de toutes les sollicitations et qui risquent de fausser les pronostics au soir du 2 novembre. Ils sont concentrés pour la plupart dans les « Swing States », un chapelet d’États qui s’étire d’une côte à l’autre et que chacun des deux candidats s’est fait un devoir de visiter au moins une fois. L’écart dans tous les sondages est si minime qu’ils seront, eux, les véritables décideurs, secondés en cela par les partisans de l’obstiné Ralph Nader, toujours prêts à rééditer l’exploit de la précédente consultation.
Plus grave : alors que les traumatismes de ces trois dernières années auraient dû cimenter la cohésion populaire, le pays, à deux mois de l’élection, apparaît plus divisé qu’il ne l’a jamais été, à la recherche d’un homme possédant la trempe d’un véritable chef et capable de lui éviter des guerres inutiles au lieu de rechercher les occasions d’en déclencher. Deux qualités qui font cruellement défaut à l’actuel maître de la Maison-Blanche, et que, de son côté, son adversaire démocrate n’a pas réussi à prouver qu’il les possédait.
Dans un ouvrage au titre révélateur, Losing America, le sénateur de Virginie de l’Ouest Robert C. Byrd écrit : « Jamais, à mon sens, l’Amérique n’a été dirigée par un chef d’État aussi dangereux. » L’inquiétant, c’est que le danger ne concerne pas seulement les USA.
Christian MERVILLE
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Au vu, pour ne citer que quelques exemples , des soubresauts qui continuent d’agiter l’Afghanistan, des tribulations des Marines en Irak, des difficultés chaque jour rencontrées dans la réalisation de l’ambitieux projet du « Grand...