Le ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier, a donné hier une leçon d’humilité aux diplomates du Quai d’Orsay en soulignant que la France n’était jamais grande lorsqu’elle était arrogante, et qu’elle avait aussi besoin des autres pour rester influente dans le monde. « La France n’est pas grande quand elle est arrogante, elle n’est pas forte si elle est solitaire », a déclaré M. Barnier devant la 12e conférence annuelle des ambassadeurs, qui rassemble à Paris les quelque 300 ambassadeurs et chefs de représentation diplomatique français. « Je vous engage à faire que notre pays, et d’abord sa diplomatie, ajoute à sa culture traditionnelle de souveraineté une culture d’influence et de partenariat », a-t-il ajouté.
Il a demandé à ce propos aux participants de réfléchir aux « stratégies d’influence » que la France doit mettre en œuvre pour conserver son rang et qui, selon lui, passent principalement par Bruxelles. La France a certes sa « propre action diplomatique à mener, sans jamais s’effacer, mais elle a de plus en plus besoin des autres. Et la première réponse, je le dis sans détours, doit être européenne », a déclaré M. Barnier, qui, il y a six mois, était encore commissaire européen à Bruxelles. Rappelant l’objectif de la mise en place d’un service diplomatique européen, il a encouragé les diplomates français à renforcer « sincèrement » leurs relations de travail sur le terrain avec les délégués de la Commission européenne.
Il a promis qu’un « plan d’action » serait proposé à l’automne pour accroître l’influence de la France en Europe.
La France s’était retrouvée isolée le 30 juillet à Genève au sein du Conseil des ministres de l’Union européenne (UE), où aucun des 24 autres États membres n’a voulu la suivre dans son opposition au nouveau projet d’accord à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). De même, au dernier sommet européen, les 17 et 18 juin, le candidat franco-allemand à la présidence de la Commission européenne, le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, avait été rejeté par les autres pays européens. Cette défaite du couple franco-allemand, lors du premier sommet de l’UE élargie, avait été jugée par une partie de la presse européenne comme significative du nouveau mode de fonctionnement d’une Europe à 25 où Paris et Berlin devront nécessairement trouver de nouveaux alliés.
M. Barnier a souligné à ce propos que le dialogue « irremplaçable » entre la France et l’Allemagne doit « servir au progrès du projet européen tout entier, sans exclure quiconque ». « Nous devons, nous allons jouer collectif, parce que, au Conseil des ministres à Bruxelles, tous les États comptent, quelle que soit leur taille », a-t-il souligné. M. Barnier n’a pas caché qu’il serait sans doute difficile pour les diplomates français de garder l’Europe à l’esprit tout au long de leur action. « Je sais que cette évolution n’est pas inscrite dans la longue et prestigieuse histoire de notre ministère », a-t-il reconnu, mais « il y va de l’influence de notre pays », a-t-il ajouté.
Le ministre français a également évoqué les thèmes qui, a-t-il dit, seront au cœur de son action : la protection de l’environnement et plus généralement « les défis du développement ».
« Aujourd’hui, a-t-il dit, un milliard de personnes n’ont pas d’accès à l’eau potable, et deux milliards et demi à l’assainissement. Imaginer et espérer que cela ne jouerait aucun rôle dans les troubles politiques et sociaux qui agitent de nombreuses régions est une très grave illusion et une forme d’irresponsabilité. »
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