par l’équipe des marchés de FFA
Les spéculations vont bon train sur un possible raid du groupe français Total sur son rival anglo-néerlandais Royal Dutch Shell affaibli par le scandale de la surestimation de ses réserves. Total n'a pas souhaité commenter « les rumeurs de marché ». Néanmoins, son directeur financier, Robert Castaigne, a souligné que les acquisitions n'étaient pas opportunes en période d'augmentation soutenue du prix du pétrole, confirmant des déclarations du groupe du 5 août à l'occasion de la publication des chiffres du deuxième trimestre.
À Paris comme à Londres, les analystes financiers relèvent qu'une offre hostile est « possible », notamment en raison de la bonne santé financière de Total. Ils l'estiment cependant « improbable », avançant la complexité de la structure du groupe, le problème de concurrence déloyale ou des raisons financières. La structure du quatrième groupe pétrolier mondial est en effet duale : les actionnaires de Royal Dutch, basé aux Pays-Bas, détiennent 60 % du groupe, et ceux de Shell, basé au Royaume-Uni, 40 %.
Coté à la Bourse d'Amsterdam, Royal Dutch détient 60 % de Shell et vaut 83,7 milliards d'euros. Shell Transport (qui détient les 40 % restants), coté à Londres, vaut 38 milliards de livres (56 milliards d'euros). L'ensemble est chapeauté par une direction exécutive que contrôlent les conseils de surveillance des deux maisons mères. Cette spécificité poserait un problème sans précédent en cas d'OPA lancée uniquement sur Shell, selon la Commission britannique de la concurrence. « N'importe quel régulateur se garderait bien de se prononcer, à ce stade, sur le fait de savoir s'il faut considérer Shell et Royal Dutch comme une seule entité ou non et si l'on peut lancer une OPA sur un seul des deux ou non », estime un porte-parole de la Commission. Une OPA hostile se traduit toujours par des possibilités de contre-OPA, et à ce petit jeu, Royal Dutch Shell est mieux placé financièrement pour faire une OPA sur Total que Total sur Royal Dutch Shell. Même en cédant tout le non-stratégique autour de Total, on est dans des zones de financement qui restent très complexes pour atteindre 150 milliards d'euros. Sans endettement fort, il faudrait faire appel au marché; or, les conditions du marché ne sont pas favorables. De plus il y a l'enjeu politique : quid d'un actionnariat qui serait britannique à 40 % ? Du fait que l'opération paraît très compliquée, il est recommandé de s’abstenir de spéculer sur cette affaire qui a déjà fait beaucoup de bruit et qui en a tenté plus d'un.
* Cette analyse est donnée à titre indicatif. Elle ne saurait engager la responsabilité de « L’Orient-Le Jour ».
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