Le véritable bras de fer n’est pas celui qui oppose les Libanais, reconductionnistes ou constitutionnalistes. Mais celui qui met en lice la Syrie et les USA. Lorsque Damas avait prôné la libanisation de l’échéance, il ne s’attendait sans doute pas à ce que le nombre de députés hostiles à l’amendement de l’article 49 fût aussi élevé. Les Syriens ont donc dû intervenir pour rééquilibrer la balance. Pour garder toutes les cartes, toutes les possibilités, en main, afin de disposer d’un maximum d’atouts jouables dans leurs pourparlers avec les Américains. En définitive, la décision concernant la présidentielle libanaise dépendra donc de ces échanges. Soit qu’il y ait accord, soit qu’il y ait mésentente. Au départ, donc, si Damas avait laissé les Libanais trancher par un refus de la question de la reconduction, il se serait privé d’un avantage face à Washington. Et aurait eu moins de chances d’obtenir un allégement des exigences américaines. Auxquelles, dans les circonstances régionales actuelles, il affirme ne pouvoir souscrire.
Mais, dans cette logique, la Syrie se trouve frappée d’un étrange handicap. En effet, elle se heurte à une évidente indifférence américaine concernant la présidentielle libanaise. Washington le dit clairement : pour lui, il n’y a rien de négociable dans cette échéance. Qui ne représente, à ses yeux, qu’un support d’exigences supplémentaires. Dans ce sens qu’il somme la Syrie de ne pas y intervenir. En ajoutant, pour faire bonne mesure, que la reconduction est hors de question. Car il faut respecter la Constitution libanaise, ainsi que le principe démocratique de l’alternance. De plus, à cette même occasion, les Américains se rappellent avec encore plus de force qu’il faut enjoindre à la Syrie de retirer ses troupes du Liban.
Ils bénéficient, pour ce qui est de la présidentielle, du plein appui de la France.
Les conditions
Les USA laissent entendre, comme d’autres nations libres, qu’il faut suivre les règles démocratiques suivantes :
– Pas d’amendement de la Constitution en vue de la reconduction ou de la prorogation.
– Par conséquent, élection d’un nouveau président de la République, en base du principe de l’alternance.
– Pas d’immixtion dans un processus qui concerne le Liban tout en intéressant la Syrie. Ces propos, tenus par Richard Armitage, signifient que les USA n’ont pas de candidat qu’ils appuient. Mais laissent volontiers le gouvernement libanais s’entendre avec le gouvernement syrien sur un nouveau président.
– Étant toutefois entendu que le nouveau régime devra neutraliser le Hezbollah et s’engager à ne soutenir aucun groupe qualifié de terroriste par Washington.
– Dans le même esprit, les forces régulières libanaises devront prendre en charge, seules, l’ensemble du territoire national. Se déployer à la frontière sud, ainsi que dans les régions que les troupes syriennes, qui devront se retirer sans tarder, auront quittées.
À partir de là, comme le confirment diverses sources fiables, les États-Unis ne se soucient pas de savoir qui sera président au Liban. Seul le programme qu’ils présentent compte à leurs yeux, et il faudra l’exécuter. Pour en être sûrs, ils veulent une équipe de pouvoir libanais libérée de la tutelle syrienne ou d’autres pressions. Ils estiment donc que les Syriens doivent se retirer, conformément à Taëf. Et que l’on doit éradiquer le mal endémique des îlots d’insécurité, balayer les formations armées, libanaises ou non.
La Syrie de son côté, répétons-le, semble espérer que les Américains voudront bien de son offre : participer avec elle au choix du nouveau président libanais ; et fermer les yeux, en contrepartie, sur des exigences comme celles relatives au Hezbollah et au retrait syrien.
Du côté libanais, une évidence s’impose : même s’il devait être choisi par les Américains, aucun président ne pourrait rétablir la pleine autonomie de ce pays par rapport à Damas, tant que les circonstances restent les mêmes. Il importe donc plus de voir ces conditions modifiées que de changer les personnes. Car autrement, on ne pourrait pas, sur le plan interne, gommer vraiment la corruption.
Quoi qu’il en soit, un ancien responsable estime qu’en fin de compte, Syriens et Américains devraient s’entendre sur la présidentielle libanaise. Il rappelle qu’ils l’ont toujours fait par le passé. Car ils y trouvent pareillement leur intérêt. Un désaccord mettrait le battu apparent en mauvaise posture. Dans ce sens que toute partie frustrée pourrait facilement mettre des bâtons dans les roues du pouvoir libanais mis en place. Dans le domaine politique, certes, mais aussi, éventuellement, sur le plan économique. Selon cette source, il est clair qu’il ne peut y avoir de président faisant l’objet d’un veto américain, et encore moins d’un rejet syrien.
Émile KHOURY
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