Municipales par-ci, municipales par-là, municipales à toutes les sauces, matin, midi et soir, municipales la nuit, à l’heure où les citoyens tentent de se reposer de leurs journées harassantes.
Municipales, rien qu’à entendre ce mot, des démangeaisons nous prennent, une urticaire nous envahit.
Le tapage médiatique ? De grâce, arrêtez les calomnies, les logorrhées verbales, les accusations ridicules et insidieuses. Arrêtez le massacre tout court. D’un tel candidat, on dit qu’il est magouilleur, acoquiné avec Un tel ; de tel président sortant qui se représente, on raconte qu’il a grappillé dans les caisses de sa municipalité à des fins personnelles ; d’un tiers, mais voyons, il est de notoriété publique qu’il prélève des commissions à la pelle, histoire de se garnir les poches, sans manquer de faire profiter ses proches.
Mais l’électeur, lui, n’en a cure et continue, impassible, d’accomplir son « devoir électoral ». Drôle de terme lorsqu’on sait pertinemment bien que de devoir, il n’en est point, car l’électeur ne choisira que le candidat qui saura l’appâter par de menus services.
Seuls les partisans, enfoncés jusqu’au cou, défendront corps et âme leur candidat, quitte à rosser leur voisin, cousin ou frère. Disputes familiales ou querelles politiques ? Allez savoir. Et puis qui s’en fiche ?
L’affichage anarchique qui sévit du Nord au Sud, en passant par la capitale ? Désagréable au regard du citoyen avide d’ordre et de propreté, ridicule et risible lorsque le candidat se présente la tête à l’envers, dérangeant surtout lorsqu’on se demande ce qui est advenu d’une certaine loi instaurée juste avant les élections, censée réglementer l’affichage. Mais qui s’en souvient ? Qui veut s’en souvenir ?
Les façades d’immeubles, murs, poteaux électriques, arbres et même les poubelles sont dignes d’un catalogue de mode. À la différence qu’un catalogue de mode vante des créatures aussi belles qu’agréables à regarder. Et non de sinistres individus aux mines patibulaires et aux cols empesés qui promettent monts et merveilles aux citoyens, mais qui deviennent amnésiques une fois installés dans leur fauteuil.
Les rues, bords des routes, trottoirs et rigoles sont désormais transformés en dépotoirs où viennent s’amonceler tracts de l’opposition, programmes prétendus des loyalistes, photos officielles en prime et coupures de journaux.
Les balcons, eux, servent de porte-banderoles, accrochées à l’initiative des uns ou des autres. De quoi donner un torticolis aux automobilistes et aux passants dont la majorité ne daignera pas jeter le moindre regard à ce charabia bariolé.
Et puis le bruit, le bruit encore, le bruit toujours. Ce bruit incessant, avant, pendant et après les élections. Ce bruit dont sont friands les Libanais à toutes les occasions. Vacarme des voitures aux vitres teintées, décorées de photos de candidats, qui sillonnent les rues à folle allure, font crisser leurs pneus et hurler leurs freins pour rameuter une population excédée.
Hystérie des sirènes et klaxons incessants, au rythme de chants patriotiques scandés par les partisans, qui redoublent de fureur une fois la nuit tombée et les citoyens endormis.
Pétarades des feux d’artifice, qui ne manquent pas de rappeler aux citoyens, une fois encore, les affres d’une guerre qu’ils ont enfouie au plus profond d’eux-mêmes.
Même les cloches des églises se mettent de la partie et carillonnent en plein milieu de la nuit pour célébrer la victoire d’un candidat. Comme si le Bon Dieu faisait la différence entre les uns et les autres.
À croire que le Libanais a une peur panique de l’obscurité. À croire qu’il cherche à combattre sa peur avec force bruit.
L’anarchie, la saleté, le bruit, la violence... très peu pour l’honnête citoyen.
Alors de grâce, ne mentionnez plus les municipales devant lui.
Pétard ! Voilà cette urticaire qui refait des siennes !
Anne-Marie EL-HAGE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Municipales par-ci, municipales par-là, municipales à toutes les sauces, matin, midi et soir, municipales la nuit, à l’heure où les citoyens tentent de se reposer de leurs journées harassantes.
Municipales, rien qu’à entendre ce mot, des démangeaisons nous prennent, une urticaire nous envahit.
Le tapage médiatique ? De grâce, arrêtez les calomnies, les logorrhées verbales, les accusations ridicules et insidieuses. Arrêtez le massacre tout court. D’un tel candidat, on dit qu’il est magouilleur, acoquiné avec Un tel ; de tel président sortant qui se représente, on raconte qu’il a grappillé dans les caisses de sa municipalité à des fins personnelles ; d’un tiers, mais voyons, il est de notoriété publique qu’il prélève des commissions à la pelle, histoire de se garnir les poches, sans manquer de faire...