Numéro un de la perche française, Romain Mesnil, 28 ans, possède le potentiel pour réussir aux Jeux une surprise à la Quinon, champion olympique en 1984, ou à la Galfione, champion olympique en 1996. Après une olympiade jalonnée d’occasions ratées, le Français, champion d’Europe Espoirs en 1999, va jouer son va-tout à Athènes.
S’il s’entraîne toujours sous la houlette de Georges Martin, « le meilleur technicien du monde », cet éternel espoir gaulois s’appuie aussi cette saison sur les lumières de Pierre Quinon.
À Sydney en 2000, Romain Mesnil fut éliminé lors des qualifications à 5m40. En 2003, après une septième place aux championnats du monde en salle avec 5m60, il arrive aux championnats du monde à Paris lesté de la meilleure performance mondiale de l’année avec un saut à 5m95, son record personnel. Mais au Stade de France, l’Albigeois rate en qualifications trois essais à 5m70 et voit donc la finale lui échapper.
Selon lui, Athènes peut « sans problèmes se gagner à 5m90 au premier essai. Passer 5m90 au second essai pourrait vous envoyer à la quatrième place », avance-t-il. Depuis le début de cette saison, Romain Mesnil est conseillé par Pierre Quinon, 41 ans, gérant d’une rôtisserie au Lavandou et ex-élève de Georges Martin de 1981 à 1984.
« Doué, talentueux,
intelligent »
Comme son élève, Quinon vécut de nombreux échecs avant de connaître la plus haute marche d’un podium. Seulement 12e des championnats d’Europe en 1982, puis auteur d’un zéro en qualifications des championnats du monde en 1983, il s’était rattrapé en devenant, le 8 août 1984, avec 5m75, le premier Français champion olympique de perche.
Selon Pierre Quinon, Romain Mesnil, qui arrive désormais à maturité, possèderait un seul et unique défaut. « Il a un potentiel physique extraordinaire. Intellectuel doué, talentueux, intelligent, il sait prendre du recul dès que cela s’impose. Il sait être calme et pondéré face aux turbulences et parfois même, trop fataliste, regrette le conseiller de luxe. Son talon d’Achille est sa trop grande intelligence. Parfois, il gagnerait à savoir être un peu plus primaire, à sauter plus avec ses tripes qu’avec une addition de probabilités. »
L’intéressé rétorque : « Certes, je n’ai pas une tête de guerrier. J’incarne plutôt la force tranquille. Mais, au fond de moi, je suis un bagarreur. »
Et, au passage, il avoue aussi « être nul sur 100 m, avec 11’’03, et nul à la longueur avec 6m21. Mais bizarrement, je marche à la perche ».
Diplômé de l’Institut national des sciences appliquées, Romain Mesnil, gueule d’amour marié depuis peu, brigue un poste d’ingénieur mis actuellement entre parenthèses afin de se consacrer à ses montées de barre.
Avant de venir « par hasard » à la perche, l’Albigeois est passé par la gymnastique, « afin de canaliser (sa) turbulence ». « Pendant dix ans, j’y ai assouvi mon côté casse-cou et je m’y suis découvert un côté acrobate. À la perche, découvert par hasard à l’adolescence, j’ai pu pousser plus loin et plus haut l’envie de voler. D’entrée, la sensation d’être catapulté m’a vraiment conquis », se souvient-il. À Athènes, sa perche lui tend une médaille et l’occasion de faire basculer sa carrière, enfin, du bon côté.
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