Avec la mort à l’âge de 87 ans, dimanche en Suisse, de la comédienne Madeleine Robinson, c’est l’un des derniers « monstres sacrés » de la scène française qui disparaît. Son extraordinaire énergie et son perfectionnisme lui avaient valu d’obtenir en 1965 le prix de la meilleure actrice de théâtre pour son rôle dans Qui a peur de Virginia Woolf.
Douée d’un tempérament volcanique, ses démêlés avec ses metteurs en scène et ses partenaires alimentaient régulièrement les rubriques spécialisées. En 1952, celle qu’on appelait avec respect « La Robinson » abandonnait ainsi son rôle dans Une grande fille toute simple à la suite d’un désaccord avec la directrice du théâtre Daunou. En 1953, elle renonçait encore à jouer La Dame de trèfle après une violente altercation avec son metteur en scène et partenaire Michel Vitold. En 1955, c’est Adorable Julia qui tournait au pugilat entre elle et son partenaire principal Maurice Teynac. Dix ans plus tard, elle entretenait une polémique par voie de presse avec son partenaire Raymond Gérôme, qui s’achevait par un procès... qu’elle perdit.
Des quelque soixante films qu’elle a tournés – beaucoup pour des « raisons alimentaires », confessait-elle –, certains sont devenus des classiques du cinéma français des années 40/50 : Lumière d’été (1943), de Jean Grémillon, Douce (1943), d’Autant-Lara, Les Frères Bouquinquant (1947), de Louis Daquin, Une si jolie petite plage (1948), d’Yves Allégret, À Double tour (1959), de Claude Chabrol, Le procès (1962) d’Orson Welles.
Sa carrière fut d’ailleurs récompensée à plusieurs reprises : « Victoire Cinémonde en 1951 », « Coupe Volpi » à Venise en 1959.
Plus récemment, on l’avait vue à l’écran dans J’ai épousé une ombre (1983) et Camille Claudel (1988).
Mais c’est au théâtre qu’elle aura donné le meilleur de son talent. Après Une grande fille toute simple, d’André Roussin, qui l’avait lancée à la Libération, elle devait connaître des succès triomphaux entre 1950 et 1970, dans notamment Adorable Julia, de Marc-Gilbert Sauvageon, Noix de coco, de Marcel Achard, Un Tramway nommé Désir, de Tennessee Williams, Qui a peur de Virginia Woolf ? d’Edward Albee, Les Parents terribles, de Jean Cocteau, ou encore Mère Courage, de Brecht.
Madeleine Robinson, de son vrai nom Madeleine Svoboda (« liberté » en tchèque), était née à Paris le 5 novembre 1916 d’un père émigré de Tchécoslovaquie à 19 ans pour devenir pâtissier, et d’une mère française, parente du violoncelliste Paul Tortelier.
Orpheline à 14 ans, elle doit s’occuper de ses deux frères et travaille dans une usine de matériel électrique. Attirée par le théâtre, elle entre au cours de Charles Dullin où ses condisciples s’appellent Jean Marais, Michel Vitold, Jean Vilar, Jacques Dufilho. La chance croise sa route sous les traits du cinéaste Leonide Moguy qui l’engage au pied levé en 1936 pour remplacer la vedette défaillante de son film Le Mioche. Madeleine Svoboda, devenue Madeleine Robinson, a trouvé sa voie.
Installée en Suisse depuis 1968, Madeleine Robinson avait pris une semi-retraite. Mariée trois fois, notamment avec Jean-Louis Jaubert, l’animateur des Compagnons de la Chanson, et José-Luis de Villalonga, elle était mère de deux enfants.
Officier de la Légion d’honneur, de l’Ordre national du Mérite, et commandeur des Arts et des Lettres, la comédienne, auteur d’un livre Les Canards majuscules, avait reçu un Molière d’honneur en 2001.
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