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Actualités - Chronologie

À Bagdad, la population s’inquiète plus des criminels que des terroristes

Alors que la guérilla irakienne fait les gros titres de la presse mondiale, alternant attentats et enlèvements, la rue de Bagdad s’efforce de mener une vie normale, avant tout préoccupée par la menace croissante du crime de droit commun. « Pendant la guerre contre l’Iran, un missile est tombé à côté de chez moi, alors... », répond Abdel Amir Ali, libraire et vendeur de « ouds » (luths) sur l’avenue al-Mansour, lorsqu’on l’interroge sur la violence terroriste. De jour comme de nuit, Bagdad est régulièrement secouée par des attentats, explosions et affrontements entre insurgés et coalition, dont une partie seulement est rapportée par la presse ou les forces américaines et irakiennes. Mais dans l’intervalle, la vie suit son cours, tant bien que mal, entre coupures de courant, embouteillages aggravés par les barrages de sécurité, et files d’attente aux pompes à essence, où la vente est alternée selon l’immatriculation : un jour pour les numéros pairs, le lendemain pour les impairs. La plupart des magasins sont ouverts et approvisionnés, de nombreux restaurants ouvrent tard le soir et les rues sont encore animées après minuit. Cela n’empêche pas d’être mis en joue, au passage d’un convoi de personnalités en plein centre-ville, par un « agent de sécurité », l’un de ceux auxquels l’armée américaine sous-traite certaines opérations. « Je ne laisse plus ma fille sortir seule », explique Lemis Mohammed, épouse d’un chirurgien plasticien, qui fait ses emplettes dans un magasin chic d’al-Mansour, le « Palais de mademoiselle ». « Bien sûr, on a peur des attentats, mais si je l’accompagne, c’est parce qu’il y a des enlèvements », ajoute cette femme élégante, la tête recouverte d’un léger voile noir. « Il y a des gangsters qui enlèvent les enfants des familles riches, contre rançon. Cela n’a rien de politique », dit-elle. Le gouvernement intérimaire a promis une lutte sans merci contre les « criminels » de tous poils, dénonçant la collusion entre « terroristes » et malfaiteurs. Un garde de sécurité affecté à l’équipe de la BBC à Bagdad assure que le danger ici n’est pas que « terroriste », et qu’un « étranger, quel qu’il soit, vaut 15 000 dollars » dans l’échelle des prix des kidnappeurs. « Nous sommes armés. Bien sûr, nous avons plus peur des bandits que des terroristes », affirme un bijoutier chrétien, qui a embauché deux gardes. Au siège d’Iraqna, une entreprise de téléphonie mobile, trois gardes de sécurité, armés chacun d’un pistolet-mitrailleur et d’un revolver, contiennent une foule impatiente.
Alors que la guérilla irakienne fait les gros titres de la presse mondiale, alternant attentats et enlèvements, la rue de Bagdad s’efforce de mener une vie normale, avant tout préoccupée par la menace croissante du crime de droit commun.
« Pendant la guerre contre l’Iran, un missile est tombé à côté de chez moi, alors... », répond Abdel Amir Ali, libraire et vendeur de « ouds » (luths) sur l’avenue al-Mansour, lorsqu’on l’interroge sur la violence terroriste. De jour comme de nuit, Bagdad est régulièrement secouée par des attentats, explosions et affrontements entre insurgés et coalition, dont une partie seulement est rapportée par la presse ou les forces américaines et irakiennes. Mais dans l’intervalle, la vie suit son cours, tant bien que mal, entre coupures de courant, embouteillages aggravés par les...