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Actualités - Reportage

CORRESPONDANCE Libérer Charlotte et Emily de l’industrie Brontë (photos)

WASHINGTON – Irène MOSALLI Comme s’il ne suffisait pas qu’elles aient eu un sombre destin, les sœurs Brontë ont été vues tantôt sanctifiées, tantôt affublées de mille maux. Pour leur rendre leur dû et les débarrasser de ce poids superflu apporté par les fantasmes de certains biographes, l’écrivain américaine Lucasta Miller vient de publier un livre intitulée Le Mythe Brontë. Elle y trace, avec beaucoup de précision et d’acuité, les différentes manières dont on a interprété les Brontë depuis la fin du XIXe siècle jusqu’aujourd’hui. Cette démarche, basée sur de minutieuses recherches, remet parallèlement en question l’art du biographe. Selon le facteur (freudien, féministe, structuraliste ou autres) qu’il privilégie, ce dernier peut aisément transgresser la réalité. Et créer à nouveau les faits et les événements. Il faut dire que les sœurs Brontë, énigmatiques au départ, offraient le parfait profil à moult spéculations: Charlotte (1816-1855, auteur de Jane Eyre), Emily (1818-1848, Les Hauts de Hurlevent) et Anne (1820-1849, Agnes Grey) étaient fragilisées de par leurs modestes conditions sociale (elles étaient de simples gouvernantes et institutrices) et familiale (mère décédée jeune et un père peu communicatif), leur isolement dans les landes du Yorkshire et leurs ambitions littéraires difficiles à réaliser dans ce contexte. À l’ère victorienne, l’écriture était «une affaire d’homme», dixit Robert Southey, un poète de ces temps-là. Sans compter que toutes trois sont décédées à un jeune âge: Anne à 29 ans, Emily à 30 ans et Charlotte à 40 ans (la seule à s’être mariée). «L’École de la bruyère mauve» À partir de là, s’était créée toute une fantasmagorie et toute une industrie des Brontë. À commencer par un ouvrage intitulé La vie de Charlotte Brontë, publié en 1857, deux ans après la mort de l’écrivain et rédigé par Elizabeth Gaskell. Un livre haut en couleur, en descriptions poétiques, en portraits psychologiques et qui devait contribuer à transformer les Brontë en icônes de la littérature féminine. Il avait fait sensation et avait inauguré ce que l’on a appelé «l’École de la bruyère mauve», qui psychanalysait, «radioscopait» et transformait en roman les trois sœurs, prétendant leur trouver des secrets non révélés. Est venue s’ajouter à cette approche brumeuse et fictive, une véritable «brontemania»: à commencer par une société défendant le trio contre toute critique, par la transposition de leurs œuvres sur scène et sur le grand écran et des biographies tenant de l’hagiographie, en passant par du savon, du chocolat, des biscuits, une eau minérale et des salons de thé portant leur nom. Le récent ouvrage de Lucasta Miller vient donc mettre le holà à ces reconstitutions à caractère mythique. Après avoir déblayé ce Bronteland planté de thèses folles et qu’avant elle, Henry James avait qualifié de «la plus grande confusion littéraire qui ait jamais existé», elle donne tout simplement le conseil suivant: oubliez les bizarreries et les excès auxquels ont donné lieu la vie et la carrière de ces trois femmes écrivains et axez-vous sur leurs seuls écrits.

WASHINGTON – Irène MOSALLI

Comme s’il ne suffisait pas qu’elles aient eu un sombre destin, les sœurs Brontë ont été vues tantôt sanctifiées, tantôt affublées de mille maux. Pour leur rendre leur dû et les débarrasser de ce poids superflu apporté par les fantasmes de certains biographes, l’écrivain américaine Lucasta Miller vient de publier un livre intitulée Le Mythe Brontë. Elle y trace, avec beaucoup de précision et d’acuité, les différentes manières dont on a interprété les Brontë depuis la fin du XIXe siècle jusqu’aujourd’hui.
Cette démarche, basée sur de minutieuses recherches, remet parallèlement en question l’art du biographe. Selon le facteur (freudien, féministe, structuraliste ou autres) qu’il privilégie, ce dernier peut aisément transgresser la réalité. Et créer à...