Dis ton mot et marche, conseille un adage local. Une fois pour toutes, dès son avènement, le président Émile Lahoud avait proclamé qu’il ne demanderait jamais rien pour lui-même. Et qu’il ne l’avait d’ailleurs jamais fait. Fidèle jusqu’au bout à ce précepte, il semble aujourd’hui ne vouloir répondre ni à ceux qui le pressent de préciser qu’il refuse la reconduction ni à ceux qui l’invitent, au contraire, à faire acte de candidature en exposant son programme.
En fait, le système libanais n’impose pas que l’on se déclare. De plus, nul n’ignore que jusqu’à nouvel ordre la décision reste aux mains des grands électeurs étrangers, le régional et l’international. C’est d’ailleurs ainsi que le chef de l’État, à l’instar de nombre de ses prédécesseurs, a accédé à la première magistrature.
Il est donc inutile, au fond, que le président Lahoud traite de la question, multiplie les contacts avec les blocs ou les partis, et se laisse engluer dans de vaines polémiques sur l’amendement de l’article 49. Il doit en effet savoir que tout dépend en définitive de la Syrie. Si elle retient l’option reconduction, la majorité parlementaire nécessaire serait assurée en un clin d’œil, d’un claquement des doigts. Nul besoin donc de se fatiguer à courir après un tel objectif. Le président ne cherche donc pas à complaire à tel pôle ou à telle formation pour se gagner leurs suffrages.
Il est en outre persuadé que la décision syrienne sera dictée par des considérations déterminées qu’aucun plaidoyer ne saurait infléchir. Il ne tente donc pas de promouvoir l’idée de la reconduction.
Par contre, sur un autre plan, le président ne peut pas passer sous silence les attaques personnelles dirigées contre lui. Surtout quand elles lui imputent d’avoir fermé les yeux sur l’épidémie de la corruption.
Spéculations
En tout cas, la question essentielle en matière de présidentielle reste de savoir ce que la Syrie compte faire. Les spéculations vont bon train à ce sujet. Certains pensent qu’aucune décision ne serait prise avant la dernière ligne droite, au mois de novembre prochain. Cela à la lumière des relations syro-américaines qui prévaudraient alors, de la situation en Irak et des pronostics sur la présidentielle US.
D’autres estiment que le président Bachar el-Assad a déjà donné une indication capitale, en affirmant qu’on allait s’en remettre au choix des Libanais eux-mêmes. Ils pensent toutefois que les prises de position locales devraient servir, surtout, à étayer, à justifier en somme, une décision qui resterait fondamentalement syrienne. Soit en faveur de la reconduction, soit pour l’élection d’un nouveau président. Une perspective qui leur paraît plus plausible. Car, à leur avis, si le chef de l’État syrien avait la prorogation en vue, il n’aurait pas invité les Libanais à s’exprimer. Du moment qu’ils sont majoritairement pour le respect de la Constitution et pour l’alternance démocratique. Effectivement, la plupart des pôles et des blocs mahométans et chrétiens se dressent ouvertement contre l’amendement de l’article 49. Ils vont si loin dans cette voie qu’il leur serait difficile de se rétracter, même sous la pression syrienne, car ils se trouveraient discrédités aux yeux de l’opinion. D’ailleurs Damas aurait mauvaise grâce à leur imposer quoi que ce soit, après les avoir expressément invités à choisir eux-mêmes et à s’exprimer librement.
Cependant les reconductionnistes ne désarment pas. Ils misent sur des développements extérieurs qui forceraient leurs adversaires à accepter l’amendement de l’article 49. Il pourrait s’agir d’une explosion sécuritaire en Irak, d’une détérioration accrue des rapports syro-américains, de heurts répétés entre Israéliens et Palestiniens, d’une balance penchant en faveur de la réélection de Bush. Bref, d’éléments amenant les Syriens à se mobiliser à plein, en se montrant prudents. Ce qui les conduirait à faire reconduire un régime libanais qui sait, mieux que tout autre, protéger leur flanc.
Émile KHOURY
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Dis ton mot et marche, conseille un adage local. Une fois pour toutes, dès son avènement, le président Émile Lahoud avait proclamé qu’il ne demanderait jamais rien pour lui-même. Et qu’il ne l’avait d’ailleurs jamais fait. Fidèle jusqu’au bout à ce précepte, il semble aujourd’hui ne vouloir répondre ni à ceux qui le pressent de préciser qu’il refuse la reconduction ni à ceux qui l’invitent, au contraire, à faire acte de candidature en exposant son programme.
En fait, le système libanais n’impose pas que l’on se déclare. De plus, nul n’ignore que jusqu’à nouvel ordre la décision reste aux mains des grands électeurs étrangers, le régional et l’international. C’est d’ailleurs ainsi que le chef de l’État, à l’instar de nombre de ses prédécesseurs, a accédé à la première...