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GROS PLAN - Yasmina Reza, un vibrant amour de la vie

Elle règne en souveraine sur le théâtre contemporain. Petites pièces à la musique mystérieuse, grinçante, tendre et faussement pudique, mais où chaque mot est attachant. Et cela compte énormément dans l’univers des feux de la rampe. Elle, c’est bien entendu Yasmina Reza qui, depuis Conversations après un enterrement (1987), n’arrête plus de faire un tabac à chaque lever de rideau. De Paris à New York, en passant par Londres ou Genève, son nom attire les foules et même son espace s’élargit actuellement au-delà des happy few des débuts. Elle a tâté du scénario (Le pique-nique de Lulu Kreutz, realisé par Didier Martiny) et du roman (HammerKlavier, prix de la nouvelle de l’Académie française – 1997, Une désolation – 1999, et Adam Haberberg – 2003). Ses œuvres théâtrales (La traversée de l’hiver, Art, L’homme du hasard et Trois versions de la vie) sont adaptées dans plus de trente-cinq langues et jouées à travers le monde dans des centaines de productions aussi diverses que la Royal Shakespeare Company, le théâtre de l’Alméida ou la National de Londres, le Schiller Theater ou la Schaubuhne à Berlin, le théâtre Royal de Stockholm ainsi que dans les théâtres les plus renommés de Moscou à Broadway. L’avis du critique Hugue le Tanneur, dans un article du quotidien français Le Monde, à propos de cette femme qui a conquis les planches en un temps éclair et sans crier gare: «L’écriture de Yasmina Reza se déploie comme un paysage, dessinant une convergence de destins dans un espace et un temps précis. Ce sont des flux contradictoires, où la tonalité tragique est atténuée par un vibrant amour de la vie.» D’ailleurs Yasmina Reza confie en toute simplicité: «Tous mes personnages sont au milieu de leur vie, avec le sentiment de basculer vers la mort.» Elle a obtenu les deux prix anglo-saxons les plus prestigieux: le Laurence Olivier Award et le Tony Award. Sa dernière œuvre dramaturgique, Une pièce espagnole, créée au Théâtre de la Madeleine à Paris avec Bulle Ogier, Marianne Denincourt, Dominique Reymond, André Marcon et Thierry Fortineau, est nominée pour les Molières. Titre piquant la curiosité (déjà la griffe Reza) pour cette œuvre bien dans la stridence et la folie de vivre actuelle avec un soupçon de poésie chargée d’une certaine mélancolie. Une auberge espagnole cette pièce espagnole? Un peu de tout cela sans nul doute, mais avec un plus: du piment et une saveur à la Reza! «Les acteurs sont lâches. Les acteurs n’ont pas de courage. Moi la première. Les qualités humaines habituelles dans le monde normal sont contraires au bien de l’acteur…», ainsi s’exprime l’auteur à travers ses créatures fantoches plus vraies que nature… Cinq acteurs répètent une comédie: une réunion de famille au cours de laquelle une mère présente à ses deux filles et à son gendre le nouvel homme de sa vie, un veuf gérant d’immeuble… Et l’on imagine le reste, ou Reza l’imagine pour nous… Pour notre surprise et pour notre plaisir! Avec des mots qui vont droit au cœur, des mots-flèches qui bousculent convenance et morosité avec une pointe d’ironie et d’humour qui laisse rêveur… Oui on rêve de voir un soir cette pièce espagnole donnée dans un théâtre beyrouthin. Et pourquoi pas? Edgar DAVIDIAN Extrait d’«Une pièce espagnole» «Je répète une pièce espagnole dans laquelle je joue une actrice qui répète une pièce bulgare. J’enseigne le piano à un homme marié dont je m’éprends. Nous travaillons un prélude de Mendelssohn, une œuvre peu connue, extraite des six préludes et fugues écrits en hommage à Bach, sur une longue période, sans plan, sans désir de faire une œuvre. L’homme ne travaille pas son piano, il ne fait aucun progrès. Au fur et à mesure, je n’ai plus de raison de venir, je suis de moins en moins légitime, car aimer ne signifie pas être légitime. Lui ne me dit jamais de ne plus venir, j’ai peur de cette phrase, je la redoute à chaque fois. Nous travaillons un piano qui n’avance pas. C’est une pièce sur la solitude et le temps qui passe, deux sujets irréparablement liés. Mon mari dans la pièce espagnole trouve cette pièce bulgare sinistre, ma mère voudrait que je joue des choses gaies. J’aime jouer des choses gaies, les choses gaies ne sont pas inférieures aux choses tristes. Mais quand même, les choses tristes restent plus en vous, longtemps...»
Elle règne en souveraine sur le théâtre contemporain. Petites pièces à la musique mystérieuse, grinçante, tendre et faussement pudique, mais où chaque mot est attachant. Et cela compte énormément dans l’univers des feux de la rampe. Elle, c’est bien entendu Yasmina Reza qui, depuis Conversations après un enterrement (1987), n’arrête plus de faire un tabac à chaque lever de rideau. De Paris à New York, en passant par Londres ou Genève, son nom attire les foules et même son espace s’élargit actuellement au-delà des happy few des débuts. Elle a tâté du scénario (Le pique-nique de Lulu Kreutz, realisé par Didier Martiny) et du roman (HammerKlavier, prix de la nouvelle de l’Académie française – 1997, Une désolation – 1999, et Adam Haberberg – 2003). Ses œuvres théâtrales (La traversée de...