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Actualités - Reportage

Ce qu’ils en pensent - Fermeture des portables

Dans le désert stérile que devient actuellement le débat politique, une initiative populaire et syndicale émerge comme une lueur d’espoir. Très vite, l’idée lancée par les associations socioprofessionnelles a fait boule de neige et, à en croire les Libanais moyens, tous seraient prêts à fermer leurs téléphones portables du mercredi à minuit jusqu’au jeudi à minuit. Si la démarche réussit, ce sera la première fois que les Libanais auront recours à ces méthodes démocratiques de pression et de protestation. Une façon de relever le niveau de vie, face à une classe politique obsédée par une échéance dans laquelle elle n’a même pas – ou si peu – son mot à dire. Nous avons demandé au ministre du Développement administratif ce qu’il en pense. Karim Pakradouni, ministre du Développement administratif Q : Comptez-vous fermer votre cellulaire jeudi ? R : « Certainement. En tant que chef du parti Kataëb, j’ai même demandé à tous les partisans de faire de même. Le coût du téléphone portable au Liban est le plus cher du monde. D’abord, dans la façon de comptabiliser la durée de la communication : que l’on parle cinq secondes ou une minute, au Liban, cela revient au même, car c’est compté une minute. Quand on pense que le Libanais moyen parle 500 minutes par mois, on imagine un peu l’importance de ses factures. Par ailleurs, au Liban, le coût de la minute est de 13 cents américains, alors qu’en Syrie, il s’élève à neuf, en Jordanie à 8 et aux Émirats à 6. De plus, le Liban est le seul pays au monde à ne pas avoir plusieurs tarifs, selon les heures. Que l’on parle à deux heures du matin ou à midi, on paie toujours 13 cents la minute. Enfin, au Liban, l’abonnement fixe est de 25 dollars, alors qu’il est de 12 dollars en Syrie, de 5 dollars aux Émirats et il a été annulé en Jordanie. Nous avons donc le service de communications par cellulaire le plus cher du monde. Et pour un pays qui mise sur ces secteurs économiques, c’est grave, d’autant que les télécommunications ainsi que l’informatique ont une importance capitale dans la relance économique. » Q : Pourquoi maintenant ? R : « Comme il y a deux nouvelles sociétés qui sont en train de gérer le secteur, c’est le moment de poser le problème. C’est maintenant qu’il faut réviser les coûts à la baisse. » Q : N’êtes-vous pas en train de récupérer une initiative non politique ? R : « Pas du tout. Notre rôle est de l’appuyer et d’essayer de la faire réussir. Je crois que l’idée en elle-même montre déjà une grande maturité au sein de la population et nous voulons qu’elle porte ses fruits. Quand on pense que ceux qui se dotent de cartes prépayées, croyant faire ainsi des économies, doivent en changer tous les mois, alors que dans tous les autres pays, elles peuvent être utilisées pendant six mois et même un an, on comprend un peu mieux combien ce service est cher au Liban. » Q : Pensez-vous que vos collègues ministres vont aussi fermer leurs portables ou bien vous ne vous parlez pas au téléphone ? R : « Je ne sais pas s’ils vont fermer leurs portables ou non. Nous nous parlons en Conseil des ministres et pour cela, nous n’avons pas besoin de téléphones. » Élias Azzam, employé de banque Q : Allez-vous fermer votre portable jeudi et que pensez-vous de cette initiative ? R : « Certainement. À mon avis, c’est une excellente initiative et, de plus, elle fait l’unanimité. Il y a donc de fortes chances qu’elle soit efficace, car elle ne demande pas trop d’efforts. Et c’est une première au Liban. » Q : Pensez-vous que cela puisse être le début d’une action sociale unifiée et efficace ? R : « Malheureusement, je ne le pense pas. Les Libanais sont divisés sur des questions autrement plus fondamentales et élémentaires comme la souveraineté, l’indépendance, l’allégeance, etc. La discorde est structurelle et profonde et la question du téléphone portable fait l’unanimité parce qu’elle touche aux revenus et aux dépenses et parce qu’elle est totalement apolitique. Mais l’entente ne va pas plus loin, même s’il s’agit d’autres problèmes sociaux, car au Liban, tout est malheureusement politisé. D’ailleurs, si l’action pour baisser le coût des communications cellulaires s’étale dans le temps, elle sera à son tour politisée. Elle n’a de chances d’être efficace que si elle est rapide. » Q : Si vous apprenez demain que les ministres ont aussi fermé leurs portables, quelle sera votre réaction ? R : « Je dirai qu’ils l’ont fait pour des questions de propagande et d’intérêts électoraux. Après tout, la plupart d’entre eux sont en place depuis longtemps et cela fait dix ans qu’ils assistent sans rien dire au duopole des deux sociétés dans le secteur du cellulaire. Comment expliquer leur soudain réveil, après une longue période d’inertie ? À mon avis, il y aurait de la récupération dans l’air... » Scarlett HADDAD
Dans le désert stérile que devient actuellement le débat politique, une initiative populaire et syndicale émerge comme une lueur d’espoir. Très vite, l’idée lancée par les associations socioprofessionnelles a fait boule de neige et, à en croire les Libanais moyens, tous seraient prêts à fermer leurs téléphones portables du mercredi à minuit jusqu’au jeudi à minuit. Si la démarche réussit, ce sera la première fois que les Libanais auront recours à ces méthodes démocratiques de pression et de protestation. Une façon de relever le niveau de vie, face à une classe politique obsédée par une échéance dans laquelle elle n’a même pas – ou si peu – son mot à dire. Nous avons demandé au ministre du Développement administratif ce qu’il en pense.

Karim Pakradouni, ministre du Développement...