Public restreint mais chaleureux, recueilli et amical. Après une longue absence, voilà Billy Eidi le chimiste dans l’alchimie des notes en «pianiste poète », comme le désigne la presse étrangère, pratiquant le dithyrambe et le superlatif dans son art consommé de donner vie aux trésors à découvrir. Comprendre par là un répertoire méconnu et des auteurs restés sous le boisseau... Billy Eidi, tout de noir vêtu, une mèche blanche, complice du temps qui passe, dans ses cheveux sagement peignés avec leur raie droite bien dessinée, est devant son clavier, pour son plaisir et celui des pianophiles libanais. Avec, en cadeau, un programme somptueux et singulier qui sort sans nul doute des chemins battus et qui atteste d’une culture musicale raffinée et de haut vol.
Au menu de ce concert unique organisé par Ninar (espace culturel libanais) à l’amphithéâtre Aboukhater (USJ), des pages de Liszt, Smetana, Séverac et Albeniz. Magnifique voyage sonore à travers des rives ensoleillées qui longent l’Italie et arrivent en Espagne, en passant par les pays slaves...
Ouverture avec les trente dernières années de Liszt, dont la vie fut plus mouvementée et palpitante qu’un roman... On écoute, un peu médusé, un peu porté à la méditation, des bijoux de morceaux pianistiques dans un écrin de velours avec l’interprétation mesurée, pleine de sensibilité et maîtrisée de Billy Eidi. De Gondoliera aux Jeux d’eaux à la Villa d’Este en passant par Saint François d’Assise, la prédication aux oiseaux et Cinq petites pièces, toute la virtuosité, l’esprit romantique, la poésie, le mysticisme et la beauté de l’écriture de Liszt reviennent à la surface d’une multitude d’images faisant miroiter avec un talent fou les ondes, les passions et l’odeur de sainteté chez un musicien qui s’est dérobé à toute classification...
Avec Smetana, un autre esprit du terroir surgit de ces deux Danses tchèques (du 2e cahier-Hulan n° 7 et Furiant n° 1), où le folkore slave se fond en accords impétueux et rythmes corsés tandis que, sinueuse et chargée d’optimisme, se déploie une mélodie à l’essence rare.
Après l’entracte, les mélomanes ont pu découvrir et savourer la musique de Déodat de Séverac. Deux pièces de Cerdana évoquant avec humour et bonhomie les muletiers. Debussy disait de la musique de Séverac qu’elle « sentait bon ». Personne ne lui donnerait tort tant on respire un certain air catalan... Comme un sillage naturel à ce parfum ibérique, voilà pour terminer du Albéniz. Deux pièces d’Iberia (Alméria et Malaga) en clôture. Œuvres flamboyantes et incandescentes avec des rythmes à l’espagnole, c’est-à-dire marqués et forts, pour traduire la fougue et la force vive de l’Andalousie. Noms de villes magnifiés à travers des partitions chatoyantes et somptueuses.
Applaudissements nourris d’un public enthousiaste et reconnaissant pour tant de talent et de beauté, malgré une atmosphère générale un peu trop tendue à cause, justement, d’un programme trop éclectique et laissant peu de place à la complaisance ou la facilité.
En bis, comme pour prolonger les frémissements d’un rêve qu’en aucun cas on ne voudrait perturber, du Schubert. Le second moment musical. Un moment qu’on souhaite secrètement éternel ! Tous les rêves d’amour ont une fin et un réveil, ça on ne le sait que trop... Nouveaux applaudissements et salut de l’artiste, très sérieux, souriant à peine, comme pour des retrouvailles qu’on sait graves, car importantes.
Edgar DAVIDIAN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Public restreint mais chaleureux, recueilli et amical. Après une longue absence, voilà Billy Eidi le chimiste dans l’alchimie des notes en «pianiste poète », comme le désigne la presse étrangère, pratiquant le dithyrambe et le superlatif dans son art consommé de donner vie aux trésors à découvrir. Comprendre par là un répertoire méconnu et des auteurs restés sous le boisseau... Billy Eidi, tout de noir vêtu, une mèche blanche, complice du temps qui passe, dans ses cheveux sagement peignés avec leur raie droite bien dessinée, est devant son clavier, pour son plaisir et celui des pianophiles libanais. Avec, en cadeau, un programme somptueux et singulier qui sort sans nul doute des chemins battus et qui atteste d’une culture musicale raffinée et de haut vol.
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