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EN DENTS DE SCIE - Le glaive, la balance et Darwin

Vingt-septième semaine de 2004. Au cours de ces sept derniers jours, trois ans de prison ont été requis contre Maher Mokdad pour troubles publics et rébellion contre agents. Accusé par le Hezbollah d’être impliqué dans les émeutes de Hay el-Sellom du 27 mai dernier « pour le compte de la chancellerie des États-Unis », il avait pourtant prouvé que, ce jour-là, il était dans la Békaa et qu’il n’avait rejoint la banlieue sud qu’après avoir appris que son frère avait été atteint d’une balle. Cette semaine, le Conseil des ministres a fait comprendre que le mariage à Los Angeles du Libanais Michel Atallah et de l’Israélienne (maronite) Nathalie Diab est « une transaction de toute autre nature » qui tombe sous le coup de la loi de boycottage d’Israël. Cette semaine, et sans avertissement préalable, le procureur général a ordonné l’arrestation de deux anciens conseillers ministériels (ils l’étaient pendant plus de dix ans), Maged Constantine et Rudy Baroudi, accusés de trafic d’influence, de dilapidation de fonds publics et d’enrichissement illicite. Au cours de ces sept derniers jours également, une causerie-débat à l’initiative du Centre international de rencontre et de dialogue a rappelé aux Libanais l’état catastrophique des prisons du pays ; une enquête a mis la lumière sur un dysfonctionnement majeur – 70 % des CD sont piratés au Liban –, et une lettre a été adressée par la Jamaa islamiya aux ulémas d’Irak, les exhortant à faire en sorte que les ravisseurs de Wassef Ali Hassoun jugent cet ex-Marine US d’origine libanaise, kidnappé il y a quelques jours, au lieu de se hâter de l’occire. Vingt-septième semaine de 2004. À l’heure où le monde a les yeux braqués sur le retentissant procès de Saddam Hussein en se demandant combien de dictateurs à la tête d’États sans pétrole continuent de cultiver l’horreur, la justice au Liban continue cette semaine, comme au cours de toutes celles qui ont précédé, de faire jaser dans les chaumières : le rythme sinusoïdal de ses réactions, son excessive rigidité parfois, ou bien son laxisme élastique par rapport à la loi, sa paresse, son empathie pour les influences, etc. Portant en elle les stigmates rouge sang des avanies infligées par tous ceux qui n’ont de cesse de la manipuler, de la triturer, de la politiser ou de l’asservir ; défendue bec et ongles pourtant par une majorité de magistrats à l’irréprochable intégrité ; brandie en étendard par une noria de candidats à la présidentielle, soucieux de la dépolitiser définitivement et de lui redonner son entière indépendance, la justice au Liban est devenue une espèce mutante, obéissant à l’impitoyable théorie de l’évolution biologique de Darwin et de Lamarck. Directement ou indirectement conditionnée, modelée par le milieu qui l’entoure et les circonstances extérieures – l’environnement politique libanais, pas des plus sains, surtout en ces temps de fin de mandat –, mais en même temps tendant vers le perfectionnement, plus par les pressions de la société civile que par une quelconque spontanéité, la justice libanaise tente de s’adapter, chaque jour depuis des années, à ce milieu dans lequel elle s’exerce. En s’adaptant ainsi, ses besoins et ses habitudes changent, se transforment, et l’usage ou le manque d’exercice développent cette justice, la bonifient. Ou bien l’atrophient. Quand elle conserve les influences nuisibles, elle se détourne de son objectif, de sa mission. Quand elle les élimine pour n’en garder que les favorables, elle fonce vers l’équité. C’est le mécanisme de la sélection naturelle. Le successeur d’Émile Lahoud aura fort à faire pour contrôler ce mécanisme, l’aiguiller, l’épurer. Vingt-septième semaine de 2004. Le Conseil des ministres sera en congé pour deux, trois, voire quatre semaines. Le Parlement ira en vacances pendant tout le mois d’août. Le citoyen lambda n’a que quinze jours ouvrables en moyenne. Encore la sélection naturelle ? Ziyad MAKHOUL

Vingt-septième semaine de 2004.
Au cours de ces sept derniers jours, trois ans de prison ont été requis contre Maher Mokdad pour troubles publics et rébellion contre agents. Accusé par le Hezbollah d’être impliqué dans les émeutes de Hay el-Sellom du 27 mai dernier « pour le compte de la chancellerie des États-Unis », il avait pourtant prouvé que, ce jour-là, il était dans la Békaa et qu’il n’avait rejoint la banlieue sud qu’après avoir appris que son frère avait été atteint d’une balle.
Cette semaine, le Conseil des ministres a fait comprendre que le mariage à Los Angeles du Libanais Michel Atallah et de l’Israélienne (maronite) Nathalie Diab est « une transaction de toute autre nature » qui tombe sous le coup de la loi de boycottage d’Israël.
Cette semaine, et sans avertissement préalable, le...