Le Premier ministre israélien Ariel Sharon était extrêmement gêné hier par un retard d’un semestre dans l’édification de la barrière en Cisjordanie dû à un arrêt de la Cour suprême.
M. Sharon a convoqué ses ministres de la Défense Shaoul Mofaz et de la Justice Joseph Lapid ainsi que des experts, après l’arrêt rendu la veille et qui exige de modifier le tracé de la barrière de séparation sur 30 km au nord de Jérusalem pour tenir compte des droits fondamentaux de 35 000 Palestiniens.
Dans le même temps, la Cour suprême d’Israël a ordonné hier à l’armée de suspendre la construction d’un segment de la barrière de séparation près du village de Noumane, dans les faubourgs de Jérusalem-Est. La Cour a interdit en outre provisoirement à la police, et jusqu’à ce qu’elle rende un avis définitif, d’arrêter des habitants du village sous motif « d’entrée illégale en Israël ». La ligne de séparation dans ce secteur met les habitants de ce petit village dans une situation impossible, les assignant pratiquement à résidence.
L’armée leur interdit en effet de franchir le « mur », en cours d’achèvement à quelques centaines de mètres au sud du village, pour se rendre dans la zone palestinienne proche de Bethléem où ils ont des emplois et où étudient des jeunes.
De son côté, la police leur interdit de se rendre à Jérusalem-Est, annexée depuis 1967, au nord du village, car ils n’ont pas été reconnus comme résidents de la ville.
Juché au sommet d’une colline pierreuse entre Bethléem et le quartier de colonisation juif de Har Homa, le village de 250 habitants est soumis à des pressions de plus en plus fortes depuis quelques mois de la part des autorités pour les pousser à partir.
La Cour suprême avait ordonné mercredi de modifier une partie du tracé de la ligne de séparation construite par Israël en Cisjordanie afin de préserver les droits de Palestiniens qui sont lésés.
L’arrêt sans précédent qui ne concernait pas Noumane a été rendu à la suite d’un recours présenté par les conseils municipaux de huit villages palestiniens affectés par la barrière au nord-ouest de Jérusalem.
Les bulldozers israéliens étaient cependant à l’ouvrage en cours de matinée dans le secteur situé près d’Abou Dis au nord de Jérusalem. « Nous pensions achever d’ici à la fin de l’année un tronçon de la barrière allant jusqu’aux abords sud de Hébron (...) À présent, il y aura un retard de près de six mois », a estimé le directeur général du ministère de la Défense, Amos Yaron, après l’arrêt. Le colonel Danny Tirtza, responsable en chef pour la planification du projet, a été sévèrement blâmé jeudi par le conseiller juridique du gouvernement, pour avoir dénoncé l’arrêt. Le conseiller juridique qui est à la tête du parquet, Menahem Mazuz, a adressé une lettre au colonel de réserve le colonel Tirtza l’avertissant que ses propos étaient « inadmissibles venant d’un serviteur de l’État s’occupant du dossier » et pourraient lui valoir des sanctions administratives dans l’avenir.
Le colonel de réserve avait qualifié la décision de « journée noire pour Israël », accusant la plus haute instance juridique de « se moquer des victimes du terrorisme ».
Dans le même esprit, le député Gilad Erdan, du parti Likoud de M. Sharon, a déposé au Parlement un projet de loi, en vertu duquel la barrière serait proclamée « projet national urgent » dépendant uniquement d’un juge de district tenu de répondre aux éventuels appels dans les sept jours.
Plusieurs ministres, Danny Naveh (Santé), Nathan Chtcharansky (sans portefeuille) et Zvoulon Orlev (Bien-Être social), ont suggéré de passer outre à l’arrêt de mercredi et de maintenir le tracé prévu de la barrière « pour des raisons sécuritaires » en promulguant une loi en ce sens. Le ministère de la Défense a en revanche indiqué qu’il entendait obtempérer à la décision de la plus haute instance juridique de l’État.
Sur le plan diplomatique, le chef de la diplomatie israélienne Sylvan Shalom s’est rendu dans la nuit aux États-Unis pour évoquer le plan israélien de séparation unilatérale d’avec les Palestiniens et le rôle sécuritaire que l’Égypte est susceptible d’assumer dans la perspective d’un retrait de Gaza.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats