Par Charbel CORDAHI *
Les importateurs libanais, qui subissent depuis plus d’un an les effets de la hausse de l’euro, ont les moyens de réagir. Les sociétés qui sont en situation de monopole peuvent répercuter l’intégralité des variations de change sur leurs prix de vente. D’autres peuvent diversifier leurs sources d’achat et nouer de nouvelles relations commerciales avec des pays en dehors de la zone euro. Quant aux importateurs soucieux de préserver leurs parts de marché ou offrant des produits identiques aux produits offerts par les producteurs nationaux, ils peuvent recourir à des produits classiques de couverture contre les risques de change.
Les trois plus grands fournisseurs du Liban sont l’Italie, la France et l’Allemagne, qui représentent 26 % du total des importations. La hausse de 30 % de la valeur de la monnaie européenne sur un an par rapport au dollar et, donc, par rapport à la livre libanaise, ne s’est reflétée que partiellement par une hausse des prix à des produits importés. Les importateurs répercutent en effet une partie des variations de changes sur leurs marges, déjà affectées par une faible demande.
Les importateurs de produits différenciés peuvent protéger leurs marges et répercuter la baisse du dollar sur leurs prix. Cette stratégie est applicable lorsque le degré de substitution entre les biens importés et les biens locaux est faible ou lorsque la relation entre les produits proposés et les clients est historique, car souvent les clients anciens sont fidèles et ne se précipitent pas pour acheter les produits concurrents à la moindre différence de prix.
Les importateurs peuvent aussi diversifier leurs sources d’achat. Les États-Unis sont devenus le pays le moins cher pour le consommateur libanais, mais les frais de transport restent très élevés. De même, les importations japonaises et chinoises sont devenues très bon marché, à cause des fluctuations du yen et du yuan face à la monnaie européenne. Cependant, en modifiant la structure de leurs échanges internationaux, les importateurs doivent prendre en compte les modifications cycliques et parfois rapides des taux de change. Passer intégralement d’un fournisseur français à un fournisseur américain est une stratégie dangereuse, car en plus des frais encourus pour commercialiser d’autres produits sur le marché local, les importateurs encourent le risque de voir la situation se renverser, avec un retour à la hausse du dollar. Ainsi, la meilleure stratégie est la diversification des sources d’achat, en créant un portefeuille de fournisseurs situés dans des pays différents et utilisant des monnaies différentes non liées entre elles.
Quant aux entreprises qui vendent des produits identiques aux biens proposés sur le marché local ou qui cherchent à protéger leurs parts de marché, elles peuvent se prémunir des risques de change en recourant à des opérations d’achat à terme (où le cours correspond au cours au comptant corrigé du différentiel de taux d’intérêt entre le dollar et l’euro), des achats d’options-call (en payant la prime, l’importateur s’assure le droit d’acheter un montant d’euros déterminé à l’avance à la date d’échéance fixée) et des achats d’options sur moyenne (où le prix d’exercice est comparé au cours moyen pour la période considérée, et non pas au cours de change à l’échéance).
La stabilité relative actuelle du cours de l’euro autour de 1,20 dollar semble donner raison aux importateurs qui, il y a plus d’un an, ont pris au sérieux les études macroéconomiques et financières, et ont acheté des contrats à terme et des options en anticipation d’une appréciation de l’euro sur les marchés de change.
* Économiste, chercheur au « Centre de recherches et d’études doctorales » de l’Esa.
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