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Actualités - Reportage

Ce qu’ils en pensent - Crise a la municipalité de Beyrouth

Après un week-end mouvementé, la crise à la municipalité de Beyrouth s’est terminée par un faux compromis, qui donne la pleine mesure de la situation réelle du conseil municipal. Vingt membres avaient menacé de démissionner parce que le mohafez, usant de ses prérogatives légales, selon l’article 77 de la loi, avait confié la présidence de la commission foncière à M. Saadeddine Wazzan, qui avait d’ailleurs obtenu le nombre le plus élevé de voix aux élections, 9 000 de plus que le président de la municipalité, M. Abdel Moneim Ariss. Celui-ci étant déjà président de deux commissions, celle des adjudications et celle des travaux publics et de la circulation, il était normal qu’il ne préside pas la troisième, qui estime la valeur des biens fonciers et délivre les permis de construction. Mais au-delà de cette nomination d’autant plus justifiée que M. Wazzan est lui-même expert foncier, c’est le conflit entre le mohafez Yaacoub Sarraf et le président du Conseil, M. Rafic Hariri, qui est à l’origine de la tempête, calmée grâce à l’intervention du ministre de l’Intérieur, Élias Murr. Finalement, M. Ariss a pris la tête de la commission. Nous avons demandé à M. Wazzan ce qu’il en pense. Saadeddine Wazzan, membre du conseil municipal et président éphémère de la commission foncière Q : Avez-vous démissionné de votre plein gré ou vous a-t-on poussé à le faire ? R : « Personne ne m’a obligé à démissionner. Je l’ai fait parce que j’ai senti que si je restais à la tête de cette commission, cela pourrait nuire au pays. Les autres membres du conseil municipal insistaient pour présenter leur démission, et il aurait fallu organiser, dans ce cas, de nouvelles élections. En pleine saison estivale, cela aurait pu avoir des conséquences néfastes pour le pays. J’ai donc préféré me retirer. » Q : Que s’est-il passé au juste ? Pourquoi votre nomination a-t-elle provoqué une telle réaction chez vos collègues ? R : « Ma nomination par le mohafez, qui est un homme dont nul ne peut nier l’intégrité, a eu lieu vendredi. Samedi matin, le conseil municipal avait organisé un séminaire à l’hôtel As-Safir, pour examiner les prérogatives du conseil et celles du mohafez, notamment l’article 67. Je suis arrivé vers 10 heures et j’ai tout de suite senti que quelque chose n’allait pas. Il y avait plein de conciliabules, et lorsque j’ai voulu savoir de quoi il s’agissait, on a commencé par me dire que je n’étais pas concerné. Puis on m’a dit que onze membres du conseil comptaient présenter leur démission. J’ai essayé de les calmer, puis je suis parti vers 14 heures pour entreprendre des contacts et tenter de trouver une issue honorable à la crise. Ils n’étaient encore que onze membres à vouloir présenter leur démission. Mais rien n’avait été décidé. Soudain, on m’apprend que la LBCI avait donné en flash la nouvelle de la démission de 19 membres du conseil. J’ai compris qu’on voulait amplifier l’affaire et qu’il ne s’agissait plus d’une question interne. Des personnes qui me sont proches se sont alors rendues chez le président du conseil, qui a dit que le mohafez avait outrepassé ses prérogatives et que c’était inacceptable. Il a ajouté qu’il s’agissait d’un conflit entre le mohafez et le conseil. Nous avons essayé de trouver une issue, dans le cadre de la loi, qui précise que le président de la commission ne doit pas être le chef de la municipalité. De toute façon, avant M. Ariss, jamais le chef de la municipalité n’avait présidé cette commission. Mais le nombre de candidats à la démission augmentait et l’organisation de nouvelles élections dans un délai d’un mois, comme le stipule la loi, s’annonçait plutôt compliquée en pleine saison estivale. Nous avons laissé d’autres parties tenter de trouver une solution. » Q : Pensez-vous que le conseil est encore crédible ? R : « Je ne sais pas. C’est aux Beyrouthins de le dire. Moi, je n’ai voulu que servir leurs intérêts. Mais je ne comprends pas pourquoi non seulement M. Ariss a pris la présidence de cette commission, en plus des deux autres, sans même consulter ses collègues, mais il a exclu les trois membres qui m’ont appuyé (le représentant du Hezbollah et ceux du Tachnag) de toutes les commissions. La page est aujourd’hui tournée et j’espère que les membres du conseil parviendront à surmonter cette crise, dans l’intérêt des Beyrouthins. » Élisabeth Rebeiz, candidate à l’élection municipale à Beyrouth Q : En tant qu’ancienne candidate, que pensez-vous de ce qui s’est passé au sein du conseil fraîchement élu ? R : « Il me paraît regrettable de constater que les droits du citoyen beyrouthin sont, une fois de plus, bafoués. Le veut-on aveuglé par des considérations confessionnelles au point de ne plus distinguer l’arbre de la forêt ? Après avoir donné sa confiance à une coalition qui a brigué les sièges du conseil municipal de sa ville, le Beyrouthin est abasourdi par ce comportement irresponsable et désordonné, qui a généré des discours confessionnels primaires. J’ai dit confiance ? Lors du décompte des voix, on peut constater qu’elle est mitigée. Preuve que le Beyrouthin n’est ni un imbécile ni le dindon d’une farce qui continue. La démission, ou plutôt la menace médiatisée provoquée par un conflit interne autour de la présidence de la commission d’évaluation est, à mes yeux, la preuve par vingt de la pathologie systémique de ce conseil, frère siamois du précédent. » Q : Pensez-vous que si vous aviez été élue, la situation aurait été différente ? R : « Si nous avions formé tout le conseil municipal, certainement. Le but de notre campagne était justement d’arrêter les pratiques verticales et d’aboutir à un développement pour toute la ville et non pas pour certaines zones, alors qu’on en cache d’autres comme si elles étaient des parentes pauvres. Ce conseil n’est pas crédible. Ses membres devraient être là pour servir les citoyens, et non pas pour exécuter des décisions parachutées... » Scarlett HADDAD
Après un week-end mouvementé, la crise à la municipalité de Beyrouth s’est terminée par un faux compromis, qui donne la pleine mesure de la situation réelle du conseil municipal. Vingt membres avaient menacé de démissionner parce que le mohafez, usant de ses prérogatives légales, selon l’article 77 de la loi, avait confié la présidence de la commission foncière à M. Saadeddine Wazzan, qui avait d’ailleurs obtenu le nombre le plus élevé de voix aux élections, 9 000 de plus que le président de la municipalité, M. Abdel Moneim Ariss. Celui-ci étant déjà président de deux commissions, celle des adjudications et celle des travaux publics et de la circulation, il était normal qu’il ne préside pas la troisième, qui estime la valeur des biens fonciers et délivre les permis de construction. Mais au-delà de...