Mais que se passe-t-il donc à l’Université libanaise? À voir tous les conflits qui agitent actuellement la Ligue des enseignants titularisés et l’ensemble du parcours de l’UL sur l’année écoulée, il est bien légitime de se poser des questions. L’établissement public serait-il damné? Pour les spectateurs non avertis, l’affaire de l’UL ressemble à un interminable feuilleton, un mauvais sitcom sans queue ni tête, dont la dynamique serait des salves cycliques de revendications. Tantôt les étudiants, dans le cadre des querelles intermittentes avec certains doyens, tantôt les professeurs... D’où la naissance, de temps à autres, de mouvements de protestation et de manifestations de rue, qui aboutissent ensuite à des pourparlers avec le pouvoir, avec une marge de succès relatif.
Mais pour bien des « acteurs » impliqués dans la vie universitaire à l’UL, professeurs et étudiants, il n’en est rien, et l’établissement ne fait que subir les contrecoups de la déliquescence générale qui touche la sphère publique dans le pays. Pire encore, cette fois, la Ligue des enseignants titularisés serait vraiment en danger, affirment-ils. Loin du virus de la « complotite », ces personnes affirment qu’il existe actuellement une volonté nette du pouvoir d’établir sa mainmise sur la Ligue des enseignants titulaires de l’UL pour aboutir à la paralysie de ce mouvement de revendication des professeurs. Ce qui explique les soubresauts que connaît actuellement la Ligue des professeurs, surtout depuis que les partis politiques loyalistes et prosyriens ont réussi à s’assurer la quasi-totalité des sièges au sein du comité exécutif de l’instance.
Selon le professeur Issam Khalifé, ancien président de la Ligue des enseignants titularisés, cette dernière « est désormais dominée par les partis au pouvoir et les services de renseignements » depuis les dernières élections. Et depuis, les membres du comité exécutif de la ligue ne parviennent même plus à élire un bureau, tant ils sont pris dans la spirale de la politique politicienne du confessionnalisme. « Il s’agit d’une véritable occupation de la ligue. Ils nous ont fait entrer de plain-pied dans les querelles entre les présidents », dit-il. Et, en effet, depuis quelques jours, les négociations achoppent sur des considérations de toutes sortes, ce qui a déjà abouti au report de l’élection une première fois pour défaut de quorum. Ce que plusieurs déplorent surtout, c’est le niveau du débat au sein de la ligue, notamment dans le cadre de ces élections. Aux dires de certains, anciens responsables au sein de la ligue, la politique politicienne a investi cette instance à un point tel qu’il n’y a désormais plus rien à faire, et que la dimension académique et l’action syndicale des professeurs sont remises en question.
Mais que s’est-il passé dans le cadre de ces élections? Beaucoup de combines électorales et de contrevérités, à en croire les témoignages des uns et des autres. Des alliances politiques, des contre-alliances, un jeu habile du parti Kataëb qui chercherait à monopoliser les voix chrétiennes, et qui se retrouve avec Amal et le Parti syrien national social sur un même candidat, Georges Sadaka, face à un candidat connu pour son intégrité et appuyé par le Courant du futur, Hamid Hakam.
Pour M. Khalifé, le tableau est clair comme de l’eau de roche: la Ligue des enseignants fait face, d’ordinaire, à la politique du pouvoir, et elle a, en plus, des revendications à satisfaire, en tant que maillon de la société civile. Aussi le pouvoir cherche-t-il selon lui à « paralyser la Ligue des enseignants et à la couler, dans le cadre de son entreprise visant à annihiler la société civile et à la phagocyter ».
L’objectif, pour Issam Khalifé, est de « sauver la Ligue des enseignants ». S’il s’oppose actuellement, avec d’autres professeurs, à l’emprise des services de renseignements sur l’instance, il ne veut pas non plus contribuer involontairement, indirectement à sa désagrégation.
Il reste que la position de M. Khalifé est jugée trop souple, pour ceux qui, complètement dégoûtés de ce qui est en train de se produire, sonnent déjà, plein d’amertume, le glas de la ligue. Selon les tenants de cette théorie, il est déjà trop tard, il n’y a plus rien à faire. La petite politique a investi la dynamique syndicale que représentait la Ligue. Un scénario similaire, disent-ils, à celui qui a mené, il n’y a pas très longtemps, à la déconstruction de la CGTL qui est désormais contrôlée par les partis politiques au pouvoir.
Michel HAJJI GEORGIOU
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