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Actualités - Opinion

TRIBUNE La «feuille de route économique» du Liban

Par Fouad KHOURY-HÉLOU Il est clair que le Liban se situe aujourd’hui à un tournant : la fin de la reconstruction et le début du rattrapage économique. Dans cette phase, le Liban doit gérer le problème de la dette publique tout en accélérant sa croissance économique. Deux enjeux principaux, mais qui, en réalité, ne forment qu’un enjeu unique : celui de la croissance. Le problème de la dette se résume en une équation bien connue qui lie la dette publique, le PIB, le taux de croissance et le taux d’intérêt. C’est cette équation que doivent surveiller les pouvoirs publics. Que peuvent-ils faire pour améliorer les choses ? Beaucoup a été déjà fait pour réduire les taux d’intérêt sur la dette, et on pourra encore les baisser d’un point environ. La marge de manœuvre sur les taux est donc faible, et cela relativise beaucoup la polémique actuelle sur le swap. De même, la marge de manœuvre fiscale (recettes et dépenses) est limitée pour diverses raisons. Les autorités doivent agir ailleurs. Le vrai enjeu est d’accélérer le taux de croissance du PIB, ce qui permettrait simultanément de stabiliser le ratio dette publique sur PIB. Comment accélérer la croissance? Constatons d’abord que notre économie est en surcapacité : elle n’utilise pas assez ses ressources matérielles, financières et humaines. Trop d’argent dort dans les banques, trop de gens compétents ne travaillent pas assez, l’aéroport peut accueillir plus de monde et les industries fonctionnent au ralenti. En langage économique, nous sommes en deçà de l’optimum au sens de Pareto. Le mouvement vers cet optimum permettrait d’augmenter le PIB de 25 % à 50 %. Comment les autorités peuvent-elles agir en ce sens ? Les théoriciens de la demande diraient qu’il faut que l’État dépense plus et pousse les gens à consommer. Dans le contexte actuel, ce n’est pas possible. D’un autre côté, la théorie de l’offre suggérerait de soutenir une relance par l’investissement, en réduisant les coûts excessifs qui entravent celui-ci. Parmi ces surcoûts, on cite souvent les taux d’intérêt élevés des crédits au secteur privé, le coût de l’énergie et des télécommunications, la corruption, la lenteur de l’administration publique et celle de la justice. Ces raisons ne sont pas suffisantes : il y a des pays qui présentent des obstacles comparables, et pourtant ils connaissent des taux de croissance supérieurs au nôtre. Le vrai problème est dans la perception actuelle du Liban par les investisseurs. Malgré ses faiblesses, le Liban est relativement stable et plutôt bien géré, il dispose de ressources financières et humaines abondantes et d’une infrastructure correcte. Pourtant, il nous manque... la « respectabilité». Un «feu vert». Pour cela, il est indispensable que le Liban commence à être perçu par les organismes internationaux, les gouvernements et in fine les investisseurs étrangers et libanais comme un endroit où règne un niveau acceptable de bonne gouvernance. On sait ce qu’il faut faire : réformes, privatisations, etc. Mais il faut avant cela établir un compromis national qui soit validé par nos partenaires régionaux et internationaux. Ce sera le vrai défi du prochain régime, quel qu’il soit : mettre en place la « feuille de route économique » du Liban dans un Moyen-Orient en mutation.
Par Fouad KHOURY-HÉLOU

Il est clair que le Liban se situe aujourd’hui à un tournant : la fin de la reconstruction et le début du rattrapage économique. Dans cette phase, le Liban doit gérer le problème de la dette publique tout en accélérant sa croissance économique. Deux enjeux principaux, mais qui, en réalité, ne forment qu’un enjeu unique : celui de la croissance.
Le problème de la dette se résume en une équation bien connue qui lie la dette publique, le PIB, le taux de croissance et le taux d’intérêt. C’est cette équation que doivent surveiller les pouvoirs publics.
Que peuvent-ils faire pour améliorer les choses ? Beaucoup a été déjà fait pour réduire les taux d’intérêt sur la dette, et on pourra encore les baisser d’un point environ. La marge de manœuvre sur les taux est donc faible, et...