Les élections municipales approchent. Pour les jeunes qui ont entre 21 et 25 ans, il s’agit de la première occasion de participer, de mettre en pratique leurs idéaux, de les confronter à la réalité. C’est la première fois qu’en dehors des universités (et encore, tous les établissements universitaires n’ont pas incité leurs étudiants à créer des amicales sur les campus...), ces jeunes peuvent participer à un scrutin, accomplir leur devoir de citoyen à l’échelle nationale. En cela, 2004-2005 constituera un beau baptême du feu, dans la mesure où ces étudiants ou récents diplômés pourront voter d’abord lors des municipales, puis, dans la foulée, lors des législatives.
L’Orient-Le Jour a décidé de demander à quelques-uns de ces jeunes, choisis au hasard, sans aucune considération d’ordre politique – certains ne s’intéressent même pas aux phénomènes politiques et politiciens – s’ils comptent participer aux prochaines municipales, et pourquoi. Les réponses vont à l’encontre de tous les préjugés, toutes les anticipations hâtives. Mais trêve de paroles et place aux réponses des jeunes.
« Oui, je voterai sûrement et pour la liste d’opposition », affirme Charbel Moarbès (DEA en droit à l’USJ-électeur à Hasroun, Liban-Nord). « Je me sens très impliqué et j’accorde une importance particulière à ces élections, parce que c’est la première fois que je vais déposer un bulletin dans l’urne. Il faut que chaque jeune, que chaque étudiant aille voter pour changer l’état de fait », indique-t-il.
Nabil Abou Charaf, avocat stagiaire et ancien président du bureau des étudiants de la faculté de droit (USJ-électeur à Mazraet Kfarzebiane, Kesrouan), indique de son côté : « Oui, je vais voter, pour le principe. Dans les pays comme la Belgique, ceux qui ne participent pas aux élections payent une amende. Il faut que chacun apporte sa pierre à l’édifice. Mieux vaut voter blanc que de ne pas voter du tout. »
Pour Gilles Samaha (Alba-architecture et USJ-relations internationales-électeur à Dlebta, Kesrouan), « il faut aller voter dans le cadre du processus démocratique, pour mettre en place un pouvoir alternatif ». « C’est la première fois que je peux voter. J’aurais voté avant si j’avais pu. Mais c’est peut-être une bonne chose que de commencer par les municipales, parce qu’il est possible de surveiller de près l’action des élus et de demander des comptes. La falsification est plus difficile qu’à l’échelle nationale », souligne-t-il.
Karen Klat (USJ-récente diplômée en droit, travaille dans une agence de publicité-électrice à Beyrouth, Achrafieh) affirme pour sa part qu’elle n’ira pas voter, même si c’est sa première occasion de le faire : « Dans l’absolu, je suis pour le fait d’aller voter. Mais, franchement, je ne sens pas que cela servira à grand-chose. Je pense que les dés sont jetés d’avance et que le problème réside plus au niveau du pouvoir décisionnel que de la capacité à pouvoir changer. Je ne pense pas que dans l’état actuel un changement soit réellement possible. Je ne voterais pas, tout comme je ne voterai pas lors des prochaines législatives. »
Ziad Halwani (électeur à Beyrouth) est le seul du groupe de personnes interrogées à avoir plus de 25 ans : « Je n’irai pas voter. Je ne me sens pas du tout concerné par ce qui se passe. En principe, je devrais l’être, mais tout ce jeu auquel on assiste ne m’intéresse pas. »
Pour Ahmed Haïdar (USJ-récent diplômé en sciences politiques- électeur à Baalbeck), cela ne sert à rien d’aller voter. « Je veux voter, mais, dans la région où je dois accomplir mon devoir, il n’y a pas de choix, il n’existe aucune alternative. C’est le dernier endroit où l’on pourrait changer le fait accompli. Si je pouvais voter à Beyrouth pour modifier le cours des choses, je l’aurais fait. Et encore, depuis le retrait de M. Assem Salam, ce n’est plus tellement évident. J’ai une condition pour voter à Baalbeck : que tout le monde vote blanc. S’il y a plus de votes blancs que de bulletins en faveur des candidats, on aura au moins marqué un point », répond-il.
Jad Skaff (USJ-quatrième année de droit-électeur à Kfar Aqab, Metn-Nord), tient à voter, puisque c’est la première fois qu’il peut le faire. « Je veux user de mon droit constitutionnel, et je considère qu’il est possible de faire la différence. Pourquoi ne pas essayer? C’est toujours mieux que de boycotter ! » précise-t-il.
Selon Hanna Chalhoub (USJ-quatrième année de droit-électeur à Achech, Zghorta), il est possible de « changer quelque chose » en allant voter. « Je pense que je peux changer et faire parvenir mes représentants au conseil municipal. Je vais surtout voter pour les jeunes », dit-il.
Zeina Zerbé (USJ-psychologie-électrice à Dlebta) est toute contente de voter pour la première fois et « elle ne manquera pas d’aller aux urnes » pour élire les personnes qu’elle juge capables de la représenter au conseil municipal. Maya Hélou (USJ-psychologie-électrice à Beyrouth) ne se sent pas concernée par les municipales, mais elle votera quand même pour les personnes qu’elle juge compétentes.
Rania Rafihi (Alba-audiovisuel-électrice à Tripoli) se rendra elle aussi aux urnes pour la première fois, avec une grande motivation et beaucoup d’enthousiasme. « J’ai envie de participer à la vie politique de mon pays. Je ne pense pas que le changement se produira seul, de par lui-même. Il faut agir et il est nécessaire de commencer quelque part », explique-t-elle.
Alain Bernoty (UL-architecture-électeur à Zalka) vote, lui, pour la deuxième fois. Il a eu la chance de participer à la partielle du Metn en 2002 : « Je voterai, même si je ne me sens pas particulièrement concerné. Je ne pense pas que c’est à travers ce moyen que l’on peut vraiment changer les choses. » M. Bernoty ne dit pas s’il avait voté pour Gabriel Murr, député qui a depuis été destitué, ce qui pourrait expliquer ce désenchantement que partagent, du reste, beaucoup de jeunes Libanais...
Autant d’opinions valables, inestimables, révélatrices de cette tension qui déchire les jeunes : il faut s’impliquer, oui, mais pour changer. Et c’est là que le problème se pose, au niveau du changement. Beaucoup de jeunes ne sont plus convaincus que le système est suffisamment légitime, suffisamment « sain » pour permettre au jeu démocratique de se dérouler selon les principes démocratiques et les critères de l’État de droit, et ce même si, paradoxe oblige, ils sont avides de changer, de façonner la vie politique selon leurs aspirations. Il revient plus que jamais au pouvoir de les encourager et de leur rendre confiance en la solidité et l’intégrité du système politique libanais.
Michel HAJJI GEORGIOU
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L’Orient-Le Jour a décidé de demander à quelques-uns de ces jeunes, choisis au hasard, sans aucune considération d’ordre politique...