Aussi inhospitalier soit-il avec son emplacement et son climat improbables, l’archipel norvégien du Svalbard est une terre d’accueil unique sur la planète, où tout le monde est persona grata à condition de pouvoir subvenir à ses propres besoins.
Ni visa, ni permis de séjour, ni contrôle de l’immigration: pour peu que l’on parvienne à localiser l’endroit sur la carte et qu’on se sente d’attaque pour affronter le froid et l’obscurité des hivers polaires, il suffit de se trouver un emploi pour gagner le droit de vivre sur ces terres reculées de l’océan Arctique. «La seule exigence quand on vient ici, c’est que l’on trouve un moyen de survivre sans être aux crochets de la société», résume Odd Olsen Ingeroed, le gouverneur du territoire.
Le traité international de 1920, qui a placé le Svalbard sous souveraineté norvégienne, prévoit en effet le même droit d’entrée pour les ressortissants des États signataires, un droit en pratique étendu aux citoyens de tous les pays. Quelque 200 étrangers, représentant une vingtaine de nationalités, sont aujourd’hui établis à Longyearbyen, le chef-lieu de l’archipel, sur un total de 1 700 habitants. Sous une latitude de 79 nord, il n’est donc pas rare d’entendre parler anglais, suédois, français, allemand, russe, danois ou... thaï.
«Ici, je gagne bien ma vie et je peux aider ma famille qui est restée au pays. Je leur envoie environ 4000 couronnes (près de 500 euros) tous les mois», explique Apidaj Prinkan, parmi la cinquantaine de Thaïlandais – la principale minorité ethnique ici – à avoir préféré l’Arctique aux tropiques.
Ayant découvert le Svalbard lors d’un séjour touristique, Apidaj Prinkan, qui travaillait jusqu’alors comme cuisinier à Londres, n’a pas hésité longtemps avant de mettre cap vers le Nord.
Outre ses règles d’immigration libérales et un niveau de salaire élevé, l’archipel séduit grâce à un taux d’imposition sur le revenu unique de 15,8%.
En contrepartie, aucune prestation sociale n’y est versée: une personne qui perd son emploi ou est paralysée suite à un accident est contrainte de faire ses valises. Et, sauf rares exceptions, on ne naît pas et on ne meurt pas au Svalbard, faute de structures d’accueil suffisantes pour les femmes enceintes et pour les retraités. Ceux-ci doivent donc se rendre en Norvège continentale pour bénéficier des soins appropriés. Permafrost oblige, on ne peut d’ailleurs pas non plus être enterré ici.
Tout cela façonne une société singulière où le plein-emploi est la règle et où 75% de la population est comprise dans la tranche d’âge des 20-65 ans, contre seulement 50% dans le reste du royaume.
Riche en opportunités, le Svalbard ne doit toutefois pas être perçu comme une terre de la dernière chance, prévient son gouverneur.
«Certains qui ont vu leur demande d’immigration rejetée en Norvège ou en Suède croient qu’ils peuvent trouver refuge ici. Et c’est possible, mais encore faut-il avoir un travail et un logement», souligne M. Ingeroed.
«En général, ces personnes ne sont pas dans cette situation. Elles viennent ici et se retrouvent à l’aéroport sans argent, ayant peut-être utilisé leurs derniers sous pour le billet d’avion. C’est malheureusement une tentative coûteuse et vouée à l’échec», avertit-il.
Il arrive aussi que les candidats à une vie meilleure ne trouvent pas le Svalbard à leur goût, tels ces trois Tanzaniens, embarqués clandestinement à bord d’un cargo et qui, découragés par le climat, ont préféré repartir vers l’Afrique, de leur plein gré.
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Ni visa, ni permis de séjour, ni contrôle de l’immigration: pour peu que l’on parvienne à localiser l’endroit sur la carte et qu’on se sente d’attaque pour affronter le froid et l’obscurité des hivers polaires, il suffit de se trouver un emploi pour gagner le droit de vivre sur ces terres reculées de l’océan Arctique. «La seule exigence quand on vient ici, c’est que l’on trouve un moyen de survivre sans être aux crochets de la société», résume Odd Olsen Ingeroed, le gouverneur du territoire.
Le traité international de 1920, qui a placé le Svalbard sous...