Par nature, tout projet est porteur de rêve. Mais autour de la présidentielle, il s’en tisse beaucoup. Certains tournent ainsi leurs regards vers l’Amérique. Ne va-t-elle pas dépasser les déclarations de principe, pour intervenir activement contre la reconduction ? Ne mise-t-elle pas sur l’élection d’un nouveau président pour amorcer ce changement de fond qu’elle recommande par rapport au Liban ?
Beaucoup pensent que, réalisme oblige, l’attitude US dépend de l’évolution des rapports avec la Syrie. Autrement dit, du nombre et de la qualité des concessions que Damas accepterait de faire, face aux exigences US.
Un accord éventuel entre grands électeurs devrait produire un déminage du terrain libanais. Dans ce sens que l’on veillerait à y instaurer une stabilité globale, sécuritaire autant que sociopolitique, solide. De manière à ce que le président, ou le pouvoir, puisse gouverner sans peine. Et sans tuteur. Car si la confusion devait continuer à régner, aucun dirigeant, aussi ferme dans son attachement à l’indépendance qu’il soit, ne pourrait se passer de l’appui extérieur. Avec le tribut que cela implique.
À l’intérieur des conditions posées par Washington à Damas, il en est qui se rapportent directement au Liban. Les USA ne considèrent donc pas la présidentielle sous l’angle des personnes. Mais sous celui de savoir quelle serait la position du président par rapport au Hezbollah, à la présence militaire syrienne, à l’arsenal palestinien dans les camps ou au-dehors. Surtout après les récentes actions menées par des organisations radicales, qui ont tiré des obus ou des missiles à travers la frontière libano-israélienne. Le Sud s’échauffe à un moment où les USA y prohibent tout embrasement. Ils se sentent en outre sécuritairement visés. Et ils ont interdit à leur personnel de se rendre dans la région frontalière ou dans la banlieue sud de la capitale. Ils redoutent le Hezbollah, qu’ils classent comme organisation terroriste. Ils en réclament la neutralisation. Et si le prochain pouvoir ne devait pas y veiller, le Liban pourrait rapidement se voir infliger des sanctions comme la Syrie. Et le contrecoup économique, dans une situation déjà grise, pourrait être plus dur pour lui que pour sa voisine.
Toujours selon les mêmes sources, Washington ne se soucie pas de savoir si la Syrie va choisir le prochain président, ou si elle va faire semblant d’en laisser le soin aux Libanais. La seule chose qui compte pour eux c’est que les deux pays se conforment à ses volontés. Il pourrait même, dans ce cas, fermer les yeux sur une reconduction du mandat du président Lahoud. Ayant une partie très serrée à jouer en Irak, après le 30 juin, les Américains ne peuvent pas laisser des brèches béantes sur leurs flancs.
D’autres pôles locaux estiment qu’aux yeux des USA le Liban en tant que tel compte désormais pour zéro. Il ne serait, à leurs yeux, qu’un appendice de la Syrie. De plus, le président libanais ne présente plus grand intérêt depuis que Taëf l’a privé du pouvoir exécutif pour le confier au Conseil des ministres. Qui est lui-même soumis à la ligne tracée par les décideurs extérieurs. Ce n’est donc pas cet état de fait qui interpelle, ou dérange, les USA. D’où la possibilité, selon ces sources, qu’un éventuel accord syro-américain se fasse aux dépens de la souveraineté, de l’autonomie et du libre-arbitre du Liban. En d’autres termes, les USA pourraient renouveler la concession libanaise octroyée à la Syrie.
Mais ce n’est pas l’avis de professionnels pour qui aucune entité n’est négligeable pour les Américains dans une région où ils sont désormais présents militairement. Ils ne peuvent renoncer à leur rôle au Liban, qui reste un bon support pour leurs idées. Ces pôles soulignent que les Américains non seulement souhaitent modifier les donnes, mais aussi qu’ils en ont même besoin. Or, ajoutent-ils, le changement voulu ne peut pas se faire à l’ombre du système en place, qui est aberrant. En d’autres termes, pour parvenir au but, les Américains doivent chercher à faire lever la tutelle imposée au Liban. En commençant par la présidentielle. Pour aboutir à l’établissement d’une vraie démocratie respectueuse des libertés et elle-même libérée de tout joug.
Émile KHOURY
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Beaucoup pensent que, réalisme oblige, l’attitude US dépend de l’évolution des rapports avec la Syrie. Autrement dit, du nombre et de la qualité des concessions que Damas accepterait de faire, face aux exigences US.
Un accord éventuel entre grands électeurs devrait produire un déminage du terrain libanais. Dans ce sens que l’on veillerait à y instaurer une stabilité globale, sécuritaire autant que...