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Actualités - Chronologie

GROS PLAN - Arrêt sur images L’album photos de Maher Attar

À 40 ans à peine, fêtés le 12 mars dernier, ce jeune photographe a déjà exposé et publié « Témoignages sur 20 ans », un voyage en 60 photographies qui décrit son parcours, du Liban en Iran, d’Afghanistan au Pakistan, ou encore d’Irak au Mali. Des images d’ici et d’ailleurs, en noir et blanc, quelquefois tachées de rouge sang, le sien ou celui des victimes des guerres dans le monde ; et plus souvent en couleurs, la couleur de ses émotions, celles d’un moment dont il a figé l’essentiel. Couleurs enfin d’un monde qui ne cesse de vaciller entre la folie et l’absurde, entre la violence des autres et la tendresse de son regard. Portrait de Maher Attar, avec et sans flash. Lorsqu’il arrive en blazer bleu marine et pantalon gris, Maher Attar ressemble plus à un bel oriental qui aurait réussi dans les affaires qu’à un reporter qui a avalé la poussière des terrains qu’il a couverts et des combats qu’il a immortalisés. Un grand sourire, de grandes mains et un regard aujourd’hui au repos. Le photographe sans son appareil a déposé l’arme, le temps d’une entrevue. Restent toutes ses photos qui sont un peu «le couteau dans la plaie» de notre siècle et dans les siennes, et tous ses souvenirs qui les accompagnent. «Pourquoi vingt ans?» écrit-il en marge de son exposition «Témoignages sur 20 ans», qui eut lieu à Paris, du 3 octobre au 25 novembre 2003. «Une double décennie nécessaire pour tenter, toujours et encore, de capturer un instant du temps, ce temps si cher et si effrayant.» Effrayant, en effet, le spectacle de l’après-guerre, des enfants dans les hôpitaux. Effrayant ce Moyen-Orient qu’il connaît bien, qui est devenu, un peu malgré lui, sa spécialité. Effrayants enfin les malheurs du monde et les malheurs de Maher, aujourd’hui des mésaventures qu’il raconte presque en riant. «J’ai appris la vraie vie et la vraie tendresse dans l’image. Savoir lire une image sans commentaires. Peut-être aussi parce que j’ai vécu le pire et j’ai vu la mort.» Étranges hasards «Je voulais faire des études en business, confie-t-il, la photo, c’était juste un plaisir.» En 1982, lors de l’invasion israélienne, «je me suis retrouvé dans la rue. C’était soit le fusil, soit l’appareil photo. J’ai choisi et je me suis lancé». L’amateur appuie instinctivement sur le déclencheur, «je ne possédais pas de technique», il shoote «en automatique» des accrochages dans la région de Choueifat; il guette, à la recherche du scoop. «Je rêvais d’une image, toujours la même, d’orgues de Staline la nuit. Une photo que je n’ai toujours pas faite.» C’est peut-être en pensant à cette photo que Maher a été touché par un franc-tireur, une balle qui traverse son œil droit, ironie, et va se fracasser dans sa mâchoire. «C’était comme une claque.» Il tombe du deuxième étage où il se trouvait et reste 12 jours dans le coma. Lorsqu’il se réveille, contre toute attente – les médecins crieront au miracle –, il reprend son appareil et part à la chasse aux images. «En 1984, je reçois une deuxième balle d’un franc-tireur qui explose dans ma jambe et me coupe plusieurs veines.» Quatre opérations plus tard et une gangrène évitée de justesse, après huit mois d’hospitalisation et à peine remis sur pieds, c’est le cas de le dire, «j’ai pris la décision finale de faire ce métier». Sa première photo professionnelle, même si techniquement «ce n’était pas du tout bon», demeure dans la mémoire de ceux qui l’ont vue: l’image grise d’une femme et d’un enfant sur béquilles, tous les deux, dans les camps de Sabra et Chatila, en 1985. Maher devient pigiste pour l’agence France-Presse, «correspondant pour le Moyen-Orient». L’année suivante, il est engagé par la grande agence Sygma. Il va y rester jusqu’en 2002. «C’est là que j’ai compris l’importance de l’image.» Pour Sygma, il va couvrir la guerre Iran-Irak, la première guerre du Golfe, le Kurdistan, suivre Arafat en exil, photographier la guerre interchrétienne libanaise et le départ du général Aoun. «C’est alors que j’ai décidé de m’installer à Paris.» Portraits et coulisses «Je commençais à sentir que j’avais beaucoup donné pour la guerre», poursuit-il. Maher se tourne, par moments, comme une parenthèse, une récréation, vers les personnalités de ce monde. Des photos People qui ressemblent plus à du reportage, car, dit-il, «je suis un photographe de rue, j’aime aller vers les autres, saisir le regard». Pour lui, «toute image est un déclic, un message, un instant». Le roi Hussein fera partie de cette galerie de portraits. «Les photos étaient finalement assez ordinaires mais le soir même de mon retour, une dépêche de l’AFP annonçait la maladie du roi». Les plus grands magazines internationaux se les arrachent. En 2001, il se glisse, après six années d’attente, dans les coulisses interdites du Crazy Horse. «Quatre mois durant, j’ai photographié une trentaine de filles, en noir et blanc. Je ne voulais pas être vulgaire, mais plutôt soft.» En 2002, enfin, il fonde sa propre agence, MGA Production. «Je me suis battu parmi 2000 photographes sur la place de Paris pour avoir une signature dans des revues prestigieuses comme Paris-Match, VSD, Life, NewsWeek, Time, Géo ou Figaro Magazine. C’est un honneur pour moi que d’avoir réussi». La large palette des photos de Maher Attar séduit, touche et intrigue en même temps. Aligner côte à côte, page après page, des talibans, des enfants dans la guerre, l’intimité du roi Abdallah ou la femme d’Arafat repassant la keffieh de son mari, les paysages du Mali, Karachi ou encore l’atelier du peintre japonais Morio Matsui relèvent d’une parfaite maîtrise de son métier de photographe. La sensibilité y est présente dans chaque image. Pourtant, il avoue: «À force de voir des spectacles inoubliables, des exécutions, des victimes, des enfants qui attendent la mort dans des hôpitaux en Irak, on devient une machine. Priorité à l’image…» Il conclut, enfin : «Je travaille toujours sur le long terme, j’ai horreur de vieillir, j’ai horreur de la mort. » Carla HENOUD
À 40 ans à peine, fêtés le 12 mars dernier, ce jeune photographe a déjà exposé et publié « Témoignages sur 20 ans », un voyage en 60 photographies qui décrit son parcours, du Liban en Iran, d’Afghanistan au Pakistan, ou encore d’Irak au Mali. Des images d’ici et d’ailleurs, en noir et blanc, quelquefois tachées de rouge sang, le sien ou celui des victimes des guerres dans le monde ; et plus souvent en couleurs, la couleur de ses émotions, celles d’un moment dont il a figé l’essentiel. Couleurs enfin d’un monde qui ne cesse de vaciller entre la folie et l’absurde, entre la violence des autres et la tendresse de son regard. Portrait de Maher Attar, avec et sans flash.
Lorsqu’il arrive en blazer bleu marine et pantalon gris, Maher Attar ressemble plus à un bel oriental qui aurait réussi dans les affaires...