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Actualités - Chronologie

Témoignages de professionnels : le théâtre, plus qu’un métier, une passion

Betty Taoutel a découvert son talent de comédienne alors qu’elle était à l’école, dans le cadre des spectacles auxquels elle participait. « Fascinée par le domaine de la publicité, j’ai décidé de suivre une formation d’audiovisusel, raconte-t-elle. Celle-ci incluait dans la première année du cursus des cours de théâtre, qui ont ravivé en moi ce désir. De leur côté, mes professeurs m’encourageaient implicitement à me lancer dans cette carrière. Et au terme de ma première année universitaire, j’ai réalisé que le théâtre répondait à mes aspirations. C’est ce que j’aimais le plus. » Betty considère que le théâtre est un domaine agréable. « Le travail est lié au plaisir et non au devoir », souligne-t-elle. Il s’agit toutefois d’un domaine qui présente plusieurs inconvénients, principalement une instabilité financière, d’autant que l’acteur ne peut pas vivre dignement de son travail, et affective. « Quand le travail est achevé, j’ai toujours du mal à me détacher de mes amis et même du personnage dont je jouais le rôle, avoue Betty. Je veux garder ce que j’ai vécu, mais je veux aussi m’en débarrasser, car il est terminé, et en fin de compte il s’agissait d’un projet lié à une époque et à un lieu bien précis. En somme, le théâtre est un rapport passionnel de déchirement, d’amour et de désir. Il me fatigue moralement et physiquement aussi. Il ne me reste que des bribes des amis et de la scène. » Il s’agit aussi d’un travail contraignant à plus d’un niveau. Le comédien doit être disponible physiquement malgré tous ses problèmes sociaux, familiaux ou même de santé. « Le public n’est pas responsable de nos problèmes, indique Betty. Il faut que nous gardions cette distance entre notre vie personnelle et le travail, au moment où notre métier repose essentiellement sur les sentiments. De plus, c’est un métier qui nécessite également une disponibilité au niveau de l’emploi du temps. Ce qui est difficile surtout si on est maman. Je vis à l’envers, dans le sens que je vais au travail alors que les autres rentrent du leur. Sans oublier que lorsqu’on est engagé dans un travail, tout doit disparaître, puisqu’il faut s’investir à fond dans ce projet. » Betty, qui a joué dans des feuilletons, avoue préférer le théâtre. « Ma passion, je la vis avec le théâtre, alors que la télévision est une famille que j’aime retrouver de temps à autre, dit-elle. Malheureusement, il s’agit d’un métier qui n’a pas d’avenir. Le gouvernement ne nous subventionne pas, et le public est absent. Nous avons besoin de refaire la culture théâtrale de ce pays. Il faut faire comprendre aux gens que le théâtre culturel peut être amusant. » Les conseils qu’elle donne aux jeunes ? « De ne pas se lancer dans cette carrière s’ils ne sont pas prêts à assumer son aspect passionnel et à cohabiter avec ses hauts et ses bas », répond-elle. « Je ne peux pas non plus les priver de ce bonheur, se ravise-t-elle toutefois, car après tout, être sur scène est l’une des plus belles choses que l’on peut vivre. Et le trac est un sentiment merveilleux à expérimenter. » Un art éphémère Joe Kodeih a découvert sa passion pour le théâtre au terme de sa première année universitaire, lorsqu’il a été obligé de monter sur scène pour présenter un monologue. « Je me suis inscrit à l’université dans le but bien précis de me spécialiser dans l’audiovisuel, indique-t-il. Le cursus universitaire comprenait en première année un cours de théâtre. Je me suis alors vu obligé de monter sur scène. Pour moi, c’était l’horreur. Mais lorsque j’ai passé mon examen, j’ai su que la scène est l’endroit où je voulais être. » Depuis quelque temps, Joe s’est consacré à l’écriture et à la mise en scène. « Au Liban, les spécialisations dans le domaine sont rares, on peut soit être comédien, soit metteur en scène, soit dramaturge, constate-t-il. Mais je suis sûr que ces trois domaines se complètent. Jouer me manque et, au stade actuel, j’ai très envie de rentrer de nouveau en contact avec le public. » Joe estime que le principal avantage du métier est de se lancer dans quelque chose qu’on aime, car, pour lui, le théâtre est une passion. « Alors que les inconvénients sont innombrables, signale-t-il. Il s’agit d’abord d’un métier instable sur le plan pécunier. Il faut trouver un emploi secondaire qui permette d’arrondir ses fins de mois. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs mes collègues se sont dirigés vers l’enseignement. Moi aussi. De plus, il s’agit d’un art qui ne jouit d’aucun support financier officiel ou privé. » Et d’ajouter : « Le théâtre est le seul art éphémère. C’est une mise à nu devant un public. Même les spectacles filmés n’ont pas le même effet que sur scène. C’est un moment unique que l’acteur partage avec son public. » « Le métier m’a choisie » Brossant un tableau pessimiste concernant l’avenir du théâtre, Joe avoue poursuivre dans ce domaine, car « au-delà du métier il s’agit avant tout d’une passion ». « Je conseille aux jeunes qui aimeraient se lancer dans cette carrière de foncer et d’essayer de faire la différence malgré tous les obstacles qu’ils rencontreront. Nous avons beaucoup de talents. Il ne faut pas les perdre face à la débauche. » Samara Nohra s’est lancée dans sa carrière de comédienne depuis environ vingt ans. « C’est un métier qui m’a choisie, raconte-t-elle. Mes parents en fait refusaient catégoriquement l’idée de me voir poursuivre des études scéniques. En faisant le tour des universités, j’ai su par chance qu’à la Voix du Liban on demandait des animatrices de radio. Mes amis m’ont poussée à présenter ma candidature et c’est ainsi que j’ai été engagée. Des semaines plus tard, je rencontre un réalisateur qui me pousse à faire un casting pour la télévision, suite auquel j’ai reçu une bonne proposition de travail. À l’époque, Marwan Najjar recrutait de jeunes talents pour l’un de ses feuilletons. » Samara annonce la nouvelle à sa mère qui était réticente à l’idée et c’est enfin son père qui l’a soutenue et l’a encouragée à se lancer dans le domaine. « Les offres se sont ainsi multipliées et il m’arrivait de travailler sur plusieurs projets à la fois, dans différents médias : télévision, radio, cinéma, théâtre et même dans le doublage », souligne-t-elle. C’était le bon vieux temps. « À présent, le métier ne présente plus que des inconvénients, déplore Samara. Malheureusement, l’art est devenu le métier de ceux qui n’en ont pas et cela nuit à la profession. » Aujourd’hui, les professionnels ne peuvent plus poser leurs conditions concernant la qualité du rôle, du scénario ou de la mise en scène, au risque de se trouver au chômage, d’autant plus que la qualité des travaux proposés laisse à désirer. « Je conseille aux jeunes qui aimeraient se lancer dans l’art dramatique de se spécialiser d’abord dans un domaine qui peut leur assurer une vie décente et de cultiver parallèlement leur passion pour le théâtre, propose Samara. Ainsi, ils ne risqueront pas de tomber dans le piège de la médiocrité. » Car, après tout, l’un des problèmes majeurs demeure, selon Samara, la platitude de la production. « On n’investit pas dans nos jeunes. Nous avons de bons talents, mais il nous manque la bonne production. Car après tout, avec la crise économique que traverse le pays, on ne peut pas demander aux gens d’aller au théâtre. Nous ne pouvons les atteindre vraiment qu’à travers la télévision. Et la télévision rime avec un bon scénario. Si nous réussissons à les accrocher à notre feuilleton télévisé, nous pourrons envisager une suite sur le grand écran ou sur une scène », conclut Samara, précisant qu’elle est l’auteur d’une sit-com qui, elle l’espère, remportera le succès voulu auprès du public. « Je vis la décadence du métier » Takla Chamoun, elle aussi, s’est lancée dans l’art dramatique par pur hasard, après avoir participé, il y a plus de quinze ans, à une pièce de théâtre d’amateurs. « J’ai aimé l’interaction entre ma personnalité et celle du personnage que je jouais, dit-elle. Sur scène, je pouvais exprimer des sentiments et être dans des situations que je ne pouvais pas vivre au quotidien. » Le metteur en scène a décelé chez Takla un talent de comédienne et l’a encouragée à poursuivre dans cette carrière. Ainsi, elle s’est inscrite à l’Institut des beaux-arts pour peaufiner ce talent par des études universitaires. Ayant participé à des spectacles, des feuilletons télévisés et des longs-métrages, ainsi qu’au doublage, Takla déclare avoir une certaine faiblesse pour le théâtre, où elle a commencé. C’est là qu’elle retourne à chaque fois qu’elle sent le besoin de parfaire sa personnalité. « Jouer pour des feuilletons télévisés est facile et si vous n’êtes pas brillant, vous risquez de vous répéter, précise-t-elle. J’aime aussi le cinéma, mais il me fait également peur, car c’est un média qui ne permet pas de mentir. » Joignant sa voix à ses collègues, Takla affirme qu’il s’agit d’une profession instable, qui n’assure pas un profit pécunier ou même moral. « De plus, sur le plan de la célébrité, elle peut nuire au comédien si ce dernier n’a pas les pieds sur terre. Vous savez, nous pouvons devenir célèbre et tomber dans l’oubli à la même vitesse. Ce métier m’a appris à ne pas accorder une grande importance aux prix et à la popularité, d’autant qu’ils sont éphémères. J’ai appris plutôt à me réconcilier avec moi-même et à m’accepter. » Et de mettre en garde contre les attractions de la profession qui risquent de « vous faire perdre vos principes ». « Un autre inconvénient du métier demeure, à mon avis, la possibilité de n’exercer ce don que dans le cadre d’une œuvre, contrairement au peintre ou au musicien qui, eux, peuvent s’abandonner à leur passion, même seuls. Par contre, si je n’ai pas de propositions, je serai frustrée et déprimée. » Quant à l’avenir du métier, Takla considère qu’il est loin d’être prospère ou prometteur. « Je me suis lancée dans ma carrière au moment où le métier commençait à perdre de sa gloire, avoue-t-elle. Il n’existe pas de politique de production concrète, qui d’ailleurs ne rentre pas dans les priorités des responsables des chaînes de télévision. Je vis la décadence du métier. »
Betty Taoutel a découvert son talent de comédienne alors qu’elle était à l’école, dans le cadre des spectacles auxquels elle participait. « Fascinée par le domaine de la publicité, j’ai décidé de suivre une formation d’audiovisusel, raconte-t-elle. Celle-ci incluait dans la première année du cursus des cours de théâtre, qui ont ravivé en moi ce désir. De leur côté, mes professeurs m’encourageaient implicitement à me lancer dans cette carrière. Et au terme de ma première année universitaire, j’ai réalisé que le théâtre répondait à mes aspirations. C’est ce que j’aimais le plus. »
Betty considère que le théâtre est un domaine agréable. « Le travail est lié au plaisir et non au devoir », souligne-t-elle. Il s’agit toutefois d’un domaine qui présente plusieurs inconvénients,...