Un phénomène sans précédent dans le monde du show-business oriental. Audace, érotisme, tabous brisés. Mélange triomphant et explosif. L’image d’abord ; elle est partout reine. Images chocs, multiples et mobiles, véhiculées par des clips de plus en plus extravagants, osés. Des clips où règnent la fureur de vivre et un sentimentalisme sans voiles. On serait tenté de dire presque corsés ! Où le fantasme dépasse la réalité. Et cela, bien entendu, avec un sens de liberté absolu, en contradiction totale avec nos sociétés pudibondes, pourtant régies encore par les traditions et le qu’en-dira-t-on. Et où, sans dérision aucune, l’ultime courage des lolitas en herbe s’arrête aux ourlets de la microjupe ou au jeans ultramoulant à taille basse, avec nombril à l’air…
Pour chanter, aujourd’hui, on n’a même plus besoin d’avoir de la voix, à défaut de l’avoir belle! Les preuves abondent, et même certaines stars de la chanson sont certes belles (plastiques de health club, siliconées, botoxées, de vraies poupées gonflables et souvent bien gonflées) mais, de toute évidence (et souvent de connivence avec le public qui n’est guère dupe mais s’amuse en les portant aux pavois), aphones ! Les synthétiseurs et la caméra qui traquent chaque mouvement du corps et du visage pallient toutes les défaillances. Aujourd’hui, les jeunes premières et les jeunes premiers sont devenus légion, et leur sourire « Colgate ultra bright», leur regard de velours, leur stature impeccablement body-buildée, leur tenue vestimentaire de plus en plus off-off fashion et top model envahissent, par des panneaux énormes, non seulement les murs de notre ville mais aussi notre petit écran. Étoiles montantes, clignotantes ou filantes, le public s’en régale et, pour le business moribond du côté de chez nous, c’est une vitalité enviable et un créneau largement courtisé par une jeunesse guettée par le chômage et le désœuvrement. Une des dernières recrues dans le sérail de la chansonnette est Nelly Makdessi, dont le dernier tube-clip fait un malheur sur les ondes et au petit écran.
Regard menthe à l’eau, lippe boudeuse, chevelure opulente châtain clair à la Salomé volant au vent comme un dessin de Breadsley, taille de guêpe, cuir sadomaso, une fille parfaitement dans le vent et qui change d’allure et de look comme on change de chemise, à chaque clip (elle en est à son sixième). «Poupée de cire, poupée de son», comme le clame France Gall ? Pas tout à fait, car la rencontre avec Nelly Makdessi révèle un autre personnage. Dans ce café bruyant d’Achrafieh, en cet après-midi pluvieux, conversation à bâtons rompus avec une jeune femme frêle et un peu timide, en manteau de peau tannée, toque en fourrure, bottines à talons aiguilles (look glamour de vedette), sagement chaperonnée par son père et qui a commandé une salade verte (ah ! la tyrannie de la minceur... ).
De «Ka’s el-Noujoum»
aux clips
Rien de cette amazone intrépide qui darde l’œil de la caméra avec une insolente et voluptueuse ingénuité. Ne cherchez guère non plus le regard pervenche si séducteur, car ce n’était qu’un effet de lentilles colorées. Mais par contre, le grain de beauté au coin des lèvres (comme Virna Lisi) est bien là, mouche discrète, presque invisible. « Oui, le maquillage fait beaucoup, dit-elle avec un sourire forcé, et je confesse employer tout l’attirail de la séduction, est-ce si mal que ça ? Après tout, je suis une femme… Mais à part le nez refait, tout est bien moi dans ces clips où je change constamment de visage pour les besoins des atmosphères suggérées. Ce n’est pas de la provocation, mais je campe simplement des rôles pour habiller les synopsis qu’on me propose. Il faut être actrice sur les bords pour ces clips. »
Comment l’aventure a-t-elle commencé ? Bien simple, puisqu’au départ il y avait la voix, «ce don de Dieu », souligne-t-elle, et l’amour de la musique en famille (avec deux oncles aux voix de stentor et un père qui jouait de la « tablé », le même qui croquait paisiblement des chips, assis en face, tout au long de l’entretien). Alors forte de ses atouts, Nelly Makdessi emporte haut la main le concours de Ka’s el-Noujoum (La coupe des étoiles) à la LBC, et la voilà lancée dans le firmament des vedettes arabes. Le public l’a acclamée dans des chansons bédouines. Un peu à l’image de Samira Toufic, dont elle admire avec ferveur le style vocal tout en avouant vouloir un jour ressembler, par sa carrière et son succès, à Sabah.
Ses tournées la conduisent de Londres aux USA, en passant par Dubaï, Abou Dhabi, Bahreïn. Si l’aventure a démarré en trombe, Nelly Makdessi a conscience que la voix a elle seule ne suffit pas et la voilà apprenant sagement, et un peu à rebours, ses gammes et son solfège avec Richard Najjar. Faire du cinéma avec un tel physique de vamp ? «Pourquoi pas, répond-elle, mais les propositions ne sont pas encore convaincantes. Entre-temps, je souhaite avoir une meilleure place sur la scène ou dans les festivals. Tels Jarash, Carthage et peut-être Baalbeck.»
Et que dire de cette image sophistiquée qu’elle donne d’elle-même au public ? « Si vous voulez dire que le public me considère “ sexy ”, c’est son problème. J’aime toute personne qui travaille sa personne, son personnage. Pour moi, les accessoires complètent une panoplie de séduction dans le vestimentaire. Je ne vais quand même pas me défigurer pour sortir. » Qui songerait à pareil crime ?
Et quelles seraient les vedettes préférées de Nelly Makdessi ? «Amro Diab et Nawal el-Zoghbi», dit-elle spontanément, révélant par là même son goût des chansons à rythmes. Mais la prochaine étape, pour les fans de celle qui tatoue en toute impunité, toute de cuir vêtue, fouet à la main dans son dernier clip, des biceps, des thorax et des dos nus masculins (look caméléon oblige), sera plus romantique et moins explicite avec une chanson intitulée Ana Wal Leil (Moi et la nuit). Une fois de plus, l’image sera différente. On sait que les murmures de la nuit ont de redoutables charges séductrices. Et sur une musique douce, les rêves auront la voix de Nelly Makdessi.
Edgar DAVIDIAN
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