Président de la Banque mondiale et néanmoins grand ami du Liban qu’il visite régulièrement, James Wolfensohn nous a avertis depuis de longues années : le navire bat de l’aile, si l’on nous passe cette figure aéronautique. Solennellement, il a adjuré les dirigeants libanais de cesser leurs querelles. Et de prendre des mesures de sauvetage bien déterminées, comme la compression des dépenses, la réduction du déficit budgétaire et de la dette publique.
Mais ces conseils pressants, urgents même, sont tombés dans l’oreille d’un sourd. Les choses ont été de mal en pis. Les appels à l’épuration administrative, ou autre, se répètent. L’on parle beaucoup (en l’air) de combattre la corruption et d’appliquer la loi. Sans jamais rien de concret. La réforme est devenue une antienne, une nouba, suivant la formule lancée jadis par l’ancien ministre Michel Eddé. Qui avait vu juste en prédisant que l’opération se terminerait en échange d’accusations de torpillage, ou de blocage, entre les camps concernés.
Il y a encore pire. Car très souvent s’il y a lutte ce n’est pas contre la corruption, mais contre la probité. La loi sur l’enrichissement illicite, du fait même qu’elle n’est pas appliquée, couvre les prévarications. Le patriarche Sfeir relève dès lors que « les dettes nous accablent, les entraves politiques nous ligotent et les scandales financiers nous poursuivent ».
Tous les indicateurs sont au rouge. Le Liban semble voué à une bien dure année économique, si le pouvoir ne se ressaisit pas. Les échéances électorales risquent en effet de peser lourd dans la balance. Surtout si elles devaient faire renaître de leurs cendres les disputes entre les dirigeants. Qui n’arriveraient pas à s’entendre sur les traitements économiques ou financiers à adopter. Le Front national de la réforme a voulu soulever à la Chambre le dossier sulfureux du cellulaire. Pour que l’opinion y voie plus clair dans ce secteur juteux, qui est au centre depuis quatre ans de mises en cause réciproques entre responsables. Mais, objectivement, quels débats pourraient jamais, dans un cirque dont les artistes se neutralisent réciproquement par des accusations, mettre la population en mesure de juger ?
Certains professionnels estiment qu’il y a quand même aujourd’hui une possibilité de tenir un premier bout de la pelote de la corruption, pour combattre ce fléau. Ou bien, disent-ils, il se confirme que le dossier du cellulaire dégage des relents putrides produits par nombre de magouilles anciennement effectuées au détriment du Trésor comme du citoyen. Ou bien il se trouve homologué comme vide de toute noirceur. Ce qui autoriserait toutes les compagnies concernées à présenter leurs offres, la tête haute. L’intérêt du pays commande en tout cas que l’on sache à quoi s’en tenir.
Globalement, comme le proclame le message patriarcal du carême, une nation ne peut exister sans transparence entre la population et le pouvoir. Ce qui signifie, précise Mgr Sfeir, que tout ce que l’on entend au sujet de pots-de-vin, de fraude, de mensonges, de corruption et de scandale nécessite une enquête, suivie éventuellement de prison pour les coupables qui auraient été démasqués.
Le pouvoir va-t-il donner acte en prenant des mesures tangibles? Va-t-il comparer leurs avoirs avec leurs déclarations de patrimoine, en vertu de la loi sur l’enrichissement illicite?
Certains des professionnels cités soutiennent que les vents soufflent, mondialement, en faveur de l’épuration. Parce qu’à leur avis, les USA, devenus unique superpuissance planétaire, n’ont plus tellement besoin de maintenir en place des régimes établis par la force. Ils préfèrent traiter avec des régimes démocratiques, aux mains propres, respectant les droits de l’homme, soucieux de développement économique, dont de salubrité financière. En d’autres termes, le combat contre la corruption, qui enrichit une minorité de profiteurs et appauvrit les peuples, devient l’idéologie des temps modernes.
Émile KHOURY
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Président de la Banque mondiale et néanmoins grand ami du Liban qu’il visite régulièrement, James Wolfensohn nous a avertis depuis de longues années : le navire bat de l’aile, si l’on nous passe cette figure aéronautique. Solennellement, il a adjuré les dirigeants libanais de cesser leurs querelles. Et de prendre des mesures de sauvetage bien déterminées, comme la compression des dépenses, la réduction du déficit budgétaire et de la dette publique.
Mais ces conseils pressants, urgents même, sont tombés dans l’oreille d’un sourd. Les choses ont été de mal en pis. Les appels à l’épuration administrative, ou autre, se répètent. L’on parle beaucoup (en l’air) de combattre la corruption et d’appliquer la loi. Sans jamais rien de concret. La réforme est devenue une antienne, une nouba, suivant la...