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Actualités - Opinion

Beaucoup de questions sans réponses

La première phase de l’opération d’échange des prisonniers entre Israël et le Hezbollah a donc été un succès. Sur ce point, tout le monde est d’accord. Mais, dès lors que l’on se pose la question de savoir quel est le prix de l’accord qui a permis à cette opération d’aboutir, les analystes, les diplomates et les milieux politiques se perdent en conjectures et, jusqu’ici, aucune réponse ne peut être considérée comme définitive. Tout d’abord, est-il possible qu’Israël ait pu accepter de procéder à cet échange sans espérer en toucher des dividendes ? Si tel est le cas, on voit mal pourquoi l’État hébreu déciderait d’offrir les prisonniers en cadeau au Hezbollah plutôt qu’à l’État libanais ou à l’Autorité palestinienne, alors même que Tel-Aviv et, à ses côtés, Washington, considèrent la formation intégriste comme étant une organisation terroriste qu’il est impératif de désarmer et, éventuellement, de dissoudre. D’ailleurs, Israël et les États-Unis peuvent-ils encore se permettre de qualifier ainsi le Hezbollah, comme l’avait fait l’ambassadeur américain à Beyrouth, Vincent Battle, à la veille même de l’annonce de l’accord sur l’échange ? Une deuxième hypothèse est soulevée, selon laquelle Israël a conclu l’accord sur l’échange des prisonniers tout simplement parce qu’il y aurait été contraint, de crainte que d’autres ressortissants israéliens ne soient enlevés et du fait de la situation difficile qu’il connaît à l’intérieur. Les tenants de cette hypothèse soulignent en effet que l’État hébreu, qui ne s’est retiré du Liban-Sud que sous la pression de la Résistance, ne comprend que le langage de la force. Mais si cette théorie était vraie, on se demande alors pourquoi Israël s’obstine à refuser de retourner à la table des négociations et continue d’y poser les conditions les plus rédhibitoires, d’autant que la Syrie a fait connaître sa disposition à relancer le processus de paix. On manque aussi bien de certitudes pour ce qui est de déterminer quelle sera la situation à la frontière libano-israélienne après l’échange des prisonniers. Israël a-t-il accepté de s’y engager afin de forcer l’instauration d’une trêve définitive dans cette région, ou bien doit-on considérer qu’il s’agit de deux problèmes différents et par conséquent indépendants l’un de l’autre ? Dans la mesure où les accords sur des échanges de prisonniers entre belligérants interviennent généralement avec la signature de traités de paix et rarement auparavant, on en conclut que lorsqu’un accord dans ce sens intervient à ce stade, c’est précisément dans le but de favoriser un retour à la table des pourparlers et non pour entrer dans une logique de guerre. Mais il existe aussi d’autres interrogations sur les intentions d’Israël dans le cas où la deuxième phase prévue dans le cadre de l’accord sur l’échange de prisonniers, et qui porte notamment sur la libération du seul détenu libanais qui demeure désormais dans les prisons israéliennes, Samir Kantar, en échange d’informations sur le sort de l’aviateur israélien Ron Arad, se soldait par un échec. L’État hébreu en profiterait-il pour provoquer une escalade militaire sur le front libano-syrien ou bien le statu quo serait-il maintenu ? Il reste que la grande question demeure encore et toujours : va-t-on enfin pouvoir remettre le processus de paix sur les rails ? Émile KHOURY

La première phase de l’opération d’échange des prisonniers entre Israël et le Hezbollah a donc été un succès. Sur ce point, tout le monde est d’accord. Mais, dès lors que l’on se pose la question de savoir quel est le prix de l’accord qui a permis à cette opération d’aboutir, les analystes, les diplomates et les milieux politiques se perdent en conjectures et, jusqu’ici, aucune réponse ne peut être considérée comme définitive.
Tout d’abord, est-il possible qu’Israël ait pu accepter de procéder à cet échange sans espérer en toucher des dividendes ? Si tel est le cas, on voit mal pourquoi l’État hébreu déciderait d’offrir les prisonniers en cadeau au Hezbollah plutôt qu’à l’État libanais ou à l’Autorité palestinienne, alors même que Tel-Aviv et, à ses côtés, Washington,...