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Actualités - Opinion

HUMEUR Indigestion au-dessus d’une télévision

Une soirée « Absolutely Fabulous »... D’un œil vitreux, je tente de digérer les Golden Globe, cérémonie gratinée hollywoodienne servie toute fumante sur mon plateau télé. 16 heures à LA, l’heure du goûter. Tartines de fond de teint bien épaisses et choucroutes inventives pour robes haute couture chez les dames. Tournicoti, tournicota, Narcisse darling, nous voilà. Fardées, gainées, entraînées et assassines. Apeurées ? Jamais. Au rayon messieurs, il est proposé de fines lamelles d’autobronzant orangé nuance naturelle, de souples liftings ou de gracieuses attitudes très très blassées. Tenue pingouins exigée. Variantes nœuds pas autorisées. En guise de lien entre cette Olympe inaccessible et le bas monde, c’est-à-dire nous, mortels et vulgaires téléspectateurs, un présentateur ricain plein d’humour, faux cul, assure une retransmission live over the channel. Ici, Londres, il est 23h, je crois, je ne sais plus très bien tant je suis perturbée par cette vision extraterrestre. J’ai enlevé le son, je ne supporte pas les questions-réponses nasillardes des invités d’honneur de ce show préfabriqué. Pour ne pas sombrer, j’écoute Gal Costa, déesse brésilienne des années 80... Le mélange est assez cocasse. Trois antidépresseurs et deux verres de vin me permettent à peine de supporter cette séance sado-maso (je prévois deux Lexomil pour la nuit). Toutes ces blondes, brunes, rousses, noires, blanches, grises, vieilles, jeunes (très Politically Correct le cinéma finalement) qui flottent dans du 36, en plein hiver, après les orgies de Noël, sans un gramme de cellulite sur leurs frêles bras nus malgré les flashs à 1 000 volts, c’est vraiment très déprimant pour moi, bon 40, petits vrais seins et peau d’orange à la lueur vacillante d’une bougie et pas encore la trentaine. Franchement, il est temps de zapper avant l’infarctus, le rendez-vous chez le doc-ravalement et un emprunt à la banque. Je ne sais quelle fascination suicidaire m’en empêche. En fait, je traque et me transforme en mégère misogyne. Résultat de ce minutieux travail : 30 silicones tailles variables; 8 végétaliennes ; 76 costumes sur mesure mal coupés; 100 botox (front de 22 ans ayant gagné le record) ; 0 décolorées ou méchées comme on dit aujourd’hui; 6 has-been-never-were; 44 dopés hallucinés; 21 faux diams; 9 morts-vivants; 33 lobotomisés (dont 4 gigolos); une paire d’ongles rongés; 20 paranos; 17 sourires à 10000 dollars l’unité (blanchiment inclus); 12 couples illégitimes; 9 scientologues et une infinité d’yeux mornes... Le calcul des sondages se révèle compliqué, car certains invités se retrouvent dans les diverses catégories, je lègue donc ces chiffres à la postérité. Par contre, je confirme un taux record de blondes/m2 à cette manifestation «ammoniaquée» ainsi qu’une proportion de blancs très eugéniques contre un ratio blacks inférieur à la moyenne nationale... Normal, on leur a balancé leur quota de récompenses il y a deux ans aux Oscars, faut pas abuser. Pas un couple homo non plus. Que de valeurs sûres, a prôné le frais et émoulu gouverneur Schwarzie lors de sa campagne très républicaine... Applaudissements. C’est mon CD. Un concert sur la plage à Bahia, le Brésilien est enthousiaste, il applaudit tout le temps. Oh... un gars en fauteuil roulant sur le devant de la scène ! Relooké par Tom Ford, c’est moins choquant. Savent plus quoi faire à LA pour se donner bonne conscience. Les hommes sont tous en noir. Ils portent le deuil. Cette soirée a dû leur coûter une fortune. Promesses rassurantes aux partenaires moches enfermés au domicile conjugal, prostituées pour se relaxer avant le grand jour, gommages, agents entremetteurs (ex : Tom Cruise-Nicole Kidman, Tom Cruise-Penelope Cruz, Tom Cruise-un éphèbe...) brushing, Viagra, avocats pré et post-nuptiaux, montres accroche-œil et autres accessoires gentiment scandaleux (le plus trash étant les lunettes noires de Jack Nicholson)... Il se dégage de cette petite fête un air de si conviviale antipathie, de si brutal ennui, de si misérable artifice que je finis par presque avoir la larme à l’œil. Je culpabilise. Au fond, ils me font de la peine ces petits joueurs. Il faudrait songer à les aider... Yasmina TRABOULSI * * Yasmina Traboulsi est l’auteur d’une nouvelle, Maria Aparecida, pour laquelle elle a obtenu le prix des jeunes écrivains francophones, et du roman Les enfants de la Place pour lequel elle a reçu, en 2003, le prix du premier roman (éd. Mercure de France).
Une soirée « Absolutely Fabulous »... D’un œil vitreux, je tente de digérer les Golden Globe, cérémonie gratinée hollywoodienne servie toute fumante sur mon plateau télé. 16 heures à LA, l’heure du goûter. Tartines de fond de teint bien épaisses et choucroutes inventives pour robes haute couture chez les dames. Tournicoti, tournicota, Narcisse darling, nous voilà. Fardées, gainées, entraînées et assassines. Apeurées ? Jamais.
Au rayon messieurs, il est proposé de fines lamelles d’autobronzant orangé nuance naturelle, de souples liftings ou de gracieuses attitudes très très blassées. Tenue pingouins exigée. Variantes nœuds pas autorisées.
En guise de lien entre cette Olympe inaccessible et le bas monde, c’est-à-dire nous, mortels et vulgaires téléspectateurs, un présentateur ricain plein...