Une nouvelle pièce de Jean Genet, Les nègres, est transposée à l’opéra par le compositeur français Michaël Levinas et sa création est fixée, à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 30 janvier 2004, par et à l’Opéra de Lyon, en coproduction avec le Grand-théâtre de Genève qui le présentera du 17 avril au 4 mai.
Ces Nègres viennent après trois autres ouvrages lyriques: Le condamné à mort du Français Philippe Capdenat et Le balcon du Hongrois Peter Eotvos (créés tous deux l’été 2002), et Les bonnes du Suédois Peter Bengston qui date de 1994 et qui est monté cette saison en France à l’Opéra de Nantes du 30 mars au 4 avril.
Les nègres sont, après La conférence des oiseaux et Go-Gol (le manteau), le troisième opéra de Michaël Levinas qui en a écrit le livret, «une version resserrée d’une mascarade à la fois tragique et grotesque», dit-il.
«J’ai défini, précise-t-il, une organisation du temps basée sur plusieurs strates qui se déroulent simultanément. Il y a l’action même, un simulacre: tous les soirs des Noirs composent une cour fantasque à la manière des Blancs, jugent et tuent une Blanche. Il y a aussi des scènes de transe et des chants poétiques. Lors de la dernière scène, ajoute-t-il, on découvre une vraie mise à mort dans les coulisses : un Noir a trahi ses frères ». Comme dans la pièce, on ne sait vraiment jamais si l’on est dans la réalité ou dans le simulacre.
Jean Genet a conçu son œuvre dans le contexte anticolonialiste des années 60 et des révoltes noires aux États-Unis et il avait alors bien indiqué: «Cette pièce est écrite non pour les Noirs, mais contre les Blancs, j’y manifesterai encore le ressentiment d’un homme qui fut condamné à l’humiliation et au désespoir.»
«Pourtant, constate le compositeur, notre époque rejoue le drame du racisme. Ces Nègres voient s’imposer, dans le désespoir, l’amour et la croyance en une certaine forme de religiosité, paradoxe sublime d’un Genet qui se veut pourtant iconoclaste ».
L’orchestre de Levinas qui, à Lyon et à Genève, sera sous la direction de l’Allemand Bernhard Kontarsky, est composé de cordes, de percussions, de quelques cuivres, de cinq claviers électroniques, de trois flûtes, de trois clarinettes et d’un piano. Il y a aussi des langages tambourinés (propres à la transe), des moments de langue française avec de la percussion réalisés grâce aux techniques électroniques et informatiques de l’Ircam. L’ensemble vise à constituer une vaste polyphonie souvent destinée au chœur qui tient compte de l’écriture du dramaturge. La distribution est composée de voix noires, grandes et sombres. «Les actions chantées sont liées aux mouvements de la danse», précise Levinas.
Stanislas Nordey, qui a déjà monté la création du Balcon de Peter Eotvos au Festival d’Aix-en-Provence, signe la mise en scène des Nègres, décors d’Emmanuel Clolus et costumes de Raoul Fernandez.
Pour lui, Genet ne peut être joué que par des amateurs ou par des monstres. «Or les chanteurs lyriques sont un peu des monstres, affirme-t-il. Ils développent donc une dimension supplémentaire, ce qui fait que l’art lyrique est une réponse très juste à son écriture et à sa poésie».
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Ces Nègres viennent après trois autres ouvrages lyriques: Le condamné à mort du Français Philippe Capdenat et Le balcon du Hongrois Peter Eotvos (créés tous deux l’été 2002), et Les bonnes du Suédois Peter Bengston qui date de 1994 et qui est monté cette saison en France à l’Opéra de Nantes du 30 mars au 4 avril.
Les nègres sont, après La conférence des oiseaux et Go-Gol (le manteau), le troisième opéra de Michaël Levinas qui en a écrit le livret, «une version resserrée d’une...