Les déclarations d’intention d’Ariel Sharon doivent-elles être prises au sérieux ? Tout en avouant devoir y réagir comme si elles l’étaient, on pense à Beyrouth qu’il s’agit là d’ouvertures de pure forme et qu’objectivement, Israël n’a pas l’intention – et n’a pas intérêt, selon sa logique à lui – de parvenir à un accord de paix, que ce soit avec l’Autorité palestinienne ou avec la Syrie.
Selon une source diplomatique informée, l’attachement d’Israël au principe de « la sécurité avant la paix » prouve amplement que l’État hébreu ne désire pas la paix. S’il la désirait vraiment, il envisagerait pour son adversaire une option valable, et il lui aménagerait autre chose qu’un accord de capitulation. Or le gouvernement israélien refuse de s’engager dans des pourparlers de paix avec l’Autorité palestinienne avant l’arrêt des actes de violence et le démantèlement des organisations qui les planifient, notamment le Hamas et le Jihad islamique. Car selon les sophismes de l’État hébreu, la relance des pourparlers demeure menacée à tout instant par la reprise des attentats qui obligerait Israël à riposter.
Suivant la même logique, si les pourparlers avec la Syrie ne reprennent pas, ce n’est pas vraiment en raison des divergences sur le point à partir duquel ces négociations doivent se poursuivre, mais du fait de l’exigence d’un démantèlement préalable du Hezbollah.
Tout se passe en fait comme si Israël exigeait, avant d’engager des pourparlers de paix, d’obtenir ce que ces pourparlers devraient lui assurer. Ainsi, l’État hébreu cherche à désarmer ses adversaires palestiniens et syriens et à les dépouiller de toute capacité de faire pression sur lui avant de s’asseoir à la table de négociations, alors que lui-même continue à détenir tous ses pouvoirs militaires.
Or il est évident que si Israël parvient vraiment à obtenir des Arabes la sécurité avant la paix, il serait ensuite capable de leur dicter ses propres conditions pour une paix qui serait, il faut bien le craindre, une capitulation.
Gagner du temps
Faute d’imposer la sécurité, ce qu’Israël cherche vraisemblablement à faire, c’est gagner du temps selon le principe cher à Henry Kissinger : le temps en échange de la paix. En d’autres termes : faute de paix, gagnons du temps, aiguisons les contradictions au sein du camp palestinien, profitons des pressions américaines sur la Syrie, affaiblissons autant que possible ces deux camps, réduisons-les à telle extrémité qu’ils finissent pas accepter la capitulation.
C’est la politique suivie par Israël depuis Madrid, car l’État hébreu estime que le temps joue en sa faveur et que, en échange de pertes humaines, démographiques et économiques limitées, le temps lui permet de renforcer considérablement ses capacités policières, sécuritaires et militaires, contrairement à ses adversaires, qui en sont encore à se battre à mains nues et avec des pierres, contre les chars israéliens.
La mise en œuvre d’une telle politique est d’autant plus séduisante aux yeux de Tel-Aviv qu’elle jouit à l’heure actuelle de circonstances extrêmement favorables, à moins d’un an de l’élection présidentielle américaine (novembre 2004). D’ici là en effet, la capacité de l’Administration américaine de s’opposer à une logique de force que mettrait en œuvre Ariel Sharon demeure limitée, en raison de considérations électorales internes. C’est donc l’occasion rêvée pour le Premier ministre israélien de poursuivre la construction du « mur de sécurité » ou de renforcer les colonies de peuplement, y compris dans le Golan occupé.
Et la source diplomatique de conclure, reflétant ainsi les vues de Beyrouth : la seule issue à la situation actuelle est une solution imposée par les États-Unis. Mais Washington veut-il imposer sa solution et, s’il le veut, le peut-il ? Inversement, Washington peut-il imposer sa solution, et s’il le peut, le veut-il ?
Émile KHOURY
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Selon une source diplomatique informée, l’attachement d’Israël au principe de « la sécurité avant la paix » prouve amplement que l’État hébreu ne désire pas la paix. S’il la désirait vraiment, il envisagerait pour son adversaire une option valable, et il lui aménagerait autre chose qu’un accord de capitulation. Or le gouvernement israélien refuse de s’engager dans des pourparlers de paix...