«My tailor is rich» est bien le slogan de la mode masculine pour l’automne-hiver 2004/2005, tant le costume est redevenu une pièce essentielle de la garde-robe, aux dépens du sportswear et de la création pointue, avec des matières luxueuses, une coupe tailleur, mais sans se prendre au sérieux. Tout de suite après la Semaine de la haute couture, les podiums parisiens ont été pris d’assaut par les collections masculines de l’hiver prochain. Pas moins de trente-cinq shows ont eu lieu pendant quatre jours, ainsi qu’une vingtaine de présentations sur rendez-vous, pour une saison marquée par un retour à la rigueur, mais sans sacrifier la décontraction.
Pull et face, chez Rykiel
Sonia Rykiel aussi aime le jacquard retourné pour ses montagnards en goguette à Gstaad ou Megève, toujours chics aux sports d’hiver. En ville, la tenue de rigueur est le costume à rayures tennis de couleur, rouge par exemple. Elle revisite les années 30 avec une veste droite froncée à la taille, idée reprise également chez Vuitton.
De l’audace chez Hermès
Véronique Nichanian est une magicienne qui réussit saison après saison à décontracter encore plus le vestiaire Hermès tout en préservant le caractère exceptionnel de la matière et de l’esprit. Son tour de force de la saison? Des manteaux en veau ciré ou des trench-coats en cerf envers qui passent de loin pour du tissu enduit. Avec elle, l’agneau accueille même un imprimé à carreaux.
L’homme Hermès s’affiche en costume laine et cachemire prince-de-galles bien sûr mais le week-end, il ose le pull extra-large ou à motifs zigzag et même un pull en V décolleté sans rien dessous, un bracelet chaîne au poignet.
De la City à la montagne,
avec Viktor et Rolf
Enfin le duo néerlandais Viktor et Rolf a concocté un vestiaire complet pour cet homme d’affaires qui aime aussi passer du temps à la montagne. Prince-de-galles ou velours sont des valeurs sûres en ville, de même que les carreaux anglais très masculins, à porter en total look ou à dépareiller. Les chemises chic à imprimé fer à cheval ou à double col transformable en un seul, selon qu’il s’agit d’un dîner chic ou d’une fête, laissent la place en altitude à des vestes de chasse réversibles. Le carreau s’efface par exemple pour laisser la vedette à une toile de lin écru.
Virilité chez Boateng
Le tailleur londonien Ozwald Boateng, Britannique d’origine ghanéenne, a l’intention d’ouvrir une boutique à Moscou d’ici à la fin de l’année. Sa collection était donc très russophile et les mannequins portaient tous des toques en astrakan. Pour le reste, l’homme Boateng affiche une élégance virile et raffinée. La coupe est précise, les épaules carrées, les finitions irréprochables jusqu’à la doublure qui réveille par des tons safran les bruns ou les bleus intenses de l’extérieur. Le luxe, pour lui, se situe aussi à l’intérieur du vêtement. Récemment nommé directeur de la création pour Givenchy Homme, sa première collection pour la griffe parisienne sera présentée en juin seulement.
Humeur-couleur chez Paul Smith
Côté costume, Paul Smith connaît son affaire. Mais comme le look banquier triste n’est pas sa tasse de thé, les rayures ne sont pas les mêmes du haut en bas, chemise et cravate comprises. L’important aussi est de montrer sa différence par l’emploi d’une couleur vive, fuchsia ou jaune par exemple, pour contraster avec les gris, kaki et brun. Le velours rouge d’une veste redingote apporte, selon l’humeur, une touche années 70 ou nouvel an chinois, si l’on regarde les éclairages actuels de la tour Eiffel.
Romantisme chez Dries van Noten
Chez le Belge Dries van Noten, la silhouette est habillée, les manteaux sont longs et les vestes des costumes cintrées mais l’ensemble est adouci par des rappels au romantisme allemand dans des revers en soie et ruban, des vestes prussiennes et des tons plus doux, du gris au vert sapin contrastés par des touches de couleurs vives, jaune, pistache, argent, rappel des années pop.
Une représentation
quasi exhaustive
Des petits nouveaux débarquent, comme l’Américain Rick Owens qui présente pour la première fois, sur rendez-vous, une collection masculine, ainsi que le Franco-Suédois Marcel Marongiu. Leur présence à côté des autres ténors des défilés masculins parisiens, de l’Autrichien Helmut Lang au Belge Martin Margiela, du Japonais Yohji Yamamoto à la Française Véronique Nichanian pour Hermès, du Britannique Paul Smith à l’Américain Marc Jacobs pour Louis Vuitton, sans oublier Karl Lagerfeld, donnait un caractère exhaustif à cet événement.
Ambiance punk chez Yamamoto
Le Japonais Yohji Yamamoto, qui fêtait cette saison vingt ans de défilés de mode masculine à Paris, utilise la couleur et notamment le rouge par touche ou en total look pour mieux contraster avec les noirs de manteaux et de vestes aux tombés inimitables à porter la saison prochaine avec des rangers.
L’homme peut s’habiller avec une pointe d’humour ou d’ironie, au gré de ses envies et pas forcément en fonction de son âge. Comme d’habitude, le créateur japonais a mélangé mannequins de tous âges et de toutes tailles, professionnels et non professionnels. Il a appelé cette fois-ci à la rescousse des musiciens dont ceux du groupe de ska britannique Madness, créé en 1979, et du groupe punk français Métal Urbain (1976) qui ont sérieusement revisité la manière de défiler.
L’élégance à la Lang
L’un des meilleurs exemples de cette reconversion est la collection de l’Autrichien Helmut Lang. Cet architecte du vestiaire masculin, qui passait son temps à le déstructurer pour le reconstruire, a opté cette saison pour une silhouette au cordeau, «élégante», dit-il.
L’allure est effectivement impeccable, pardessus et vestes en harmonie avec la chemise et la cravate. Les cachemires et le drap de laine légers respirent le confort. Les détails rappellent cependant l’esprit Lang: des chaînettes passent en quinconce par-dessus une braguette de jeans aux poches très élargies, des empiècements dans les tissus de pantalons assurent un effet contrasté mat/brillant, du satin ivoire vient apporter un peu de luxe à un tee-shirt blanc pour se glisser sous un smoking revisité. L’or vieilli et le bronze en rajoutent le soir pour briser la glace.
Jean-Paul Gaultier, grand absent,
Galliano fait son cirque et Slimane taille à vif…
Cette saison aura été marquée par l’absence de Jean-Paul Gaultier sur les podiums. La collection de ce dernier était visible uniquement en showroom. Gaultier a en effet invoqué un emploi du temps surchargé (haute couture en janvier, première collection femmes pour Hermès en mars, en plus de la sienne) et la volonté, sans doute à partir de mars, de faire défiler sur un même podium hommes et femmes. Après une première collection présentée en toute discrétion, John Galliano renoue avec la lumière et les paillettes pour un défilé qui a eu lieu au Cirque Alexis Gruss. Mais pourquoi signer une collection homme ? «Je ne l’ai pas fait parce que je n’avais rien à me mettre, affirme-t-il à la presse, mais pour répondre à une demande, en plus de correspondre à une évolution naturelle de la griffe John Galliano». Sa cible est a priori vaste: «C’est une ligne pour de vrais hommes. Elle s’adresse aussi bien à Sidney Toledano, le PDG de Dior, qu’au rappeur Eminem», assure-t-il au magazine britannique Arena.
Au menu: des costumes (presque) classiques, des tenues camouflage, du denim, des joggings avec ou sans broderies, des pantalons taillés dans le biais, technique plus habituellement employée pour la femme, des détails lingerie, toujours cachés, une doublure travaillée en ruché pour une veste de smoking.
Sa ligne est aux antipodes de celle d’Hedi Slimane, directeur artistique de Dior Hommes, qui a défilé le dernier jour, et dont le style est plus noir, taillé à vif: «Vous savez, il y a tellement de gens à habiller sur terre», commente Galliano. Des tensions sont apparues dans la maison avec l’arrivée du Français. Il faut dire que Slimane a empiété sur le domaine réservé du Britannique en séduisant aussi les femmes grâce à un vestiaire androgyne.
Les adieux
de Tom Ford
Après Milan, Tom Ford poursuit à Paris sa tournée d’adieu. Le directeur artistique de Gucci et de Yves Saint Laurent Rive Gauche quitte ses fonctions et le groupe italien début avril.
Le Texan clôturera les présentations parisiennes et dévoilera sa dernière collection masculine pour la griffe française, en attendant les présentations féminines, fin février à Milan et début mars à Paris.
Dandysme chez Lagerfeld
Le pantalon jogging chic tente une percée chez Lagerfeld, à porter avec un caban et des chaussures en poulain. Le blouson zippé est en astrakan, tandis que le manteau plus classique accueille cette fourrure sur son revers.
La chemise lurex gris sombre côtoie une autre en soie dévorée orange-jaune. Une veste en cuir surpiquée hésite à sortir avec une paire de bottes d’inspiration motard et des mocassins en daim vert tendre.
Luxe ostentatoire chez Vuitton
Chez Louis Vuitton, le créateur américain Marc Jacobs aligne une longue série de costumes très luxueux en gris anthracite ou noir. Avec des cartables et des attachés-cases en requin ou lézard, le luxe de ces tenues de banquiers ou de golden boys devient ostentatoire. Avec une surveste en laine, un blouson de tweed ou un long manteau écossais gris, l’homme se décontracte un peu.
RUBRIQUE RÉALISÉE PAR FIFI ABOU DIB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats «My tailor is rich» est bien le slogan de la mode masculine pour l’automne-hiver 2004/2005, tant le costume est redevenu une pièce essentielle de la garde-robe, aux dépens du sportswear et de la création pointue, avec des matières luxueuses, une coupe tailleur, mais sans se prendre au sérieux. Tout de suite après la Semaine de la haute couture, les podiums parisiens ont été pris d’assaut par les collections masculines de l’hiver prochain. Pas moins de trente-cinq shows ont eu lieu pendant quatre jours, ainsi qu’une vingtaine de présentations sur rendez-vous, pour une saison marquée par un retour à la rigueur, mais sans sacrifier la décontraction.
Pull et face, chez Rykiel
Sonia Rykiel aussi aime le jacquard retourné pour ses montagnards en goguette à Gstaad ou Megève, toujours chics aux sports d’hiver. En...