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Actualités - Opinion

MUSIQUE Le retour des morts vivants

Si, de tout temps, on a compilé les œuvres d’artistes disparus, jamais on n’a assisté à une telle systématisation du procédé qu’en cette funèbre rentrée musicale. Jeff Buckley (1966-1997), Édith Piaf (1915-1963), Jacques Brel (1929-1978), Joe Strummer (1952-2002), Johnny Cash (1932-2003), Beatles (1960-1969)… Rarement on aura vécu une rentrée discographique à ce point placée sous le signe de la nécrophilie ! Bien sûr, de tout temps la réédition a fait partie intégrante du jeu commercial. Quoi de plus lucratif que la compilation des succès d’un défunt, agrémentée d’une jolie pochette et soutenue par une campagne publicitaire digne de ce nom? Mais cette année, l’exercice vire à la profanation systématique de sépultures plus ou moins fraîches. Pour un album posthume de Joe Strummer terminé par ses Mescaleros sur les indications du maître, ou la sortie tant attendue en DVD de Quatre garçons dans le vent de Richard Lester, combien de pillages sans scrupule? À commencer par ce pauvre Jeff Buckley qui, bien que disparu il y a six ans, n’en sort pas moins chaque année un ou deux albums, parfois doubles ! Inédits par-ci, live par-là, sous la douche bientôt, tous les prétextes sont bons pour vendre de la «gueule d’ange» aux fans énamourés. Résultat, sa discographie post mortem est quatre fois plus importante que sa production in vivo, et ce ratio risque de suivre encore longtemps une courbe ascendante maintenant que sa propre mère a pris «ses» intérêts en main. Mépris pour la mémoire des artistes Les deux autres grands gagnants de la saison sont Piaf et Brel. Tous deux bénéficient du nec plus ultra en matière de goujaterie artistique: l’exhumation (c’est bien le mot), d’inédits qu’ils avaient jugés indignes en leur temps. Au mépris de tout respect pour la mémoire de ces immenses artistes, deux directeurs de maisons de disques ont jugé, du haut de leur compétence mercantile, que Piaf et Brel avaient eu tort de renier ces morceaux. Moyennant quoi, après dépoussiérage hâtif, ils les ont ajoutés aux compilations en préparation, habillant l’odieuse manœuvre d’un alibi altruiste écœurant : le public a le droit de découvrir à son tour ces chansons somme toutes «honorables». Comprenez: le public a le devoir de cracher une fois de plus au bassinet pour renflouer nos caisses. Toutefois, dans le genre «il fallait oser», la palme revient sans conteste à la reformation des Doors… avec un nouveau chanteur, rassurez-vous! Tournées à la clé, on a ainsi la possibilité de réentendre sur scène les chansons de Jim Morrison jouées par les mêmes, mais chantées par un autre. Karaoké, quand tu nous tiens… Alors, quoi qu’on en dise, je préfère encore sacrifier aux phénomènes de mode et aux groupes éphémères qui les accompagnent, qu’à cette exploitation éhontée de défunts qui n’ont rien demandé à personne et ne demandent qu’à reposer en paix. Maya GHANDOUR HERT
Si, de tout temps, on a compilé les œuvres d’artistes disparus, jamais on n’a assisté à une telle systématisation du procédé qu’en cette funèbre rentrée musicale. Jeff Buckley (1966-1997), Édith Piaf (1915-1963), Jacques Brel (1929-1978), Joe Strummer (1952-2002), Johnny Cash (1932-2003), Beatles (1960-1969)… Rarement on aura vécu une rentrée discographique à ce point placée sous le signe de la nécrophilie ! Bien sûr, de tout temps la réédition a fait partie intégrante du jeu commercial. Quoi de plus lucratif que la compilation des succès d’un défunt, agrémentée d’une jolie pochette et soutenue par une campagne publicitaire digne de ce nom? Mais cette année, l’exercice vire à la profanation systématique de sépultures plus ou moins fraîches. Pour un album posthume de Joe Strummer terminé par ses...