Les unionistes protestants anti-accords du DUP (Parti unioniste démocratique) avaient remporté 26 sièges hier en fin d’après-midi, soit une poussée de plus de 7 % par rapport aux élections de 1998. Après avoir été nettement distancé, l’UUP de l’ancien Premier ministre David Trimble, majoritaire dans l’ancienne Assemblée, a enregistré une nette remontée dans le courant de la journée et talonnait le DUP avec 24 sièges en fin d’après-midi. Côté catholique, le Sinn Féin nationaliste de Gerry Adams, considéré comme l’aile politique de l’IRA, signataire et fervent défenseur des accords de paix, a également fait une percée avec 23 sièges (+6). Si cette tendance était confirmée, le parti de M. Adams deviendrait ainsi la première formation politique catholique à l’Assemblée.
Le SDLP (sociaux démocrates et travaillistes) de John Hume, fondateur du processus de réconciliation entre catholiques et protestants, marquait le pas, avec seulement 17 sièges, contre 24 dans l’Assemblée sortante. Les Premiers ministres britannique Tony Blair et irlandais Bertie Ahern, coparrains des accords, se sont rencontrés pendant 45 minutes vendredi en milieu de journée à Cardiff (pays de Galles) pour évoquer l’aggravation de la crise du processus de réconciliation dans la province britannique. Les institutions d’Irlande du Nord, nées des accords d’avril 1998, sont déjà suspendues depuis 13 mois, en raison de la perte de confiance entre catholiques et protestants qui y partageaient le pouvoir.
Des négociations entre le secrétaire d’État britannique à l’Irlande du Nord Paul Murphy et les responsables des quatre principaux partis nord-irlandais devraient reprendre dès demain matin, a-t-on appris de source proche du dossier. Si le Sinn Féin devient la première force politique catholique, le Premier ministre adjoint de l’Exécutif local pourrait être Martin McGuinness, un ancien chef de l’IRA. La seule solution pour le DUP est donc la renégociation des accords de paix.
Si les accords de paix semblaient en danger, la classe politique dans son ensemble écartait toutefois l’éventualité d’un retour à la guerre intercommunautaire qui, en 30 ans avant les accords de 1998, a fait plus de 3 500 morts.

